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[Présent - Solo] Faucher les Tournesols.
Sheerin Lester
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Jeu 27 Juin 2019 - 9:36
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"Le temps passe et la mort vient."

Faucher les tournesols.



-Récapitulons. Même si le boss de Neaverson et de Morgan veut possiblement encore vous la mettre, vous prévoyez de faire tomber Gisèle et donc, hypothétiquement, d'entrer en guerre ouverte avec elle. Vous n'êtes que deux, trois si on compte Liu, cinq en nous comptant également, en omettant que nous devons veiller sur tes commerces. On ne va pas compter Gab...
-Je ne vous paye pas pour me paraphraser.
-C'est pas comme si tu nous payais beaucoup non p...
-Hum hum. D'accord, admettons que ça fonctionne. Tu as conscience que vous avez besoin d'alliés, non ?
-C'est pour ça que je vous en parle.
-Bon. Dans ce cas, je ne vois que trois profils susceptibles de t'intéresser. Jon, dit "le Fourbe", Laios, dit "l'Inculte", et Drugdil Eur.
-Dit "le Sac à merde", je présume ?
-De... hein ? Non, non, dit rien du tout...
-Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu veux me parler des pires ratés de cette putain d'île ?
-D'accord, ils sont spéciaux, mais... Tu vois quelqu'un d'autre pour s'en prendre à Gisèle ? Si t'as un nom, je suis curieuse de l'entendre. Sois réaliste. Vous n'avez pas encore suffisamment de réputation pour attirer l’œil des pontes de la Guilde Marchande, et vous n'avez pas suffisamment d'influence pour la détrôner par vous-mêmes. Vous devez recourir à une aide extérieure et, si possible, à quelqu'un de suffisamment taré pour être absolument certains qu'il ne vous plantera pas un couteau dans le dos à la première occasion. Parmi tous les ennemis plus ou moins officiellement déclarés de Gisèle, ils sont les seuls qui accepteront de vous prendre au sérieux. Crois-moi. Si ça ne te convient pas, va demander à Gab, mais je suis convaincue que sa réponse ne différera pas de la mienne.
-Tiens... D'ailleurs, il est où, Gab ?
-Il décuve dans la chambre de Josh'. Ils ont fait un concours de shooters hier.
-Qui a gagné ?
-La tequila.

D'un geste nonchalant, Lester frappa le bord de sa pipe contre un cendrier, laissant le tabac consumé qui y séjournait chuter misérablement vers les mégots entassés. La fumée imbibait l'arrière-salle crasseuse de leur boutique et principal gagne-pain, tandis que les clients se relayaient à l'avant afin de mettre la main sur des produits de qualité, acheminés jusqu'ici par la célèbre et incontournable Gisèle. C'était ça, qui emmerdait le Roi du Sable, principalement : cette pute se rendait indispensable. Elle était leur principale fournisseuse, et risquait de ne pas accepter sans piper mot de concurrence en la matière, considérant qu'elle leur avait permis de récupérer le commerce de Mickey après qu'ils l'eurent liquidé. Du coup, ils tournaient en rond et étaient limités quant à l'évolution de leur petite affaire. S'ils la doublaient, elle risquait simplement de couper l'approvisionnement afin de les laisser dépérir... Trader était grand et plein de désaxés, mais il n'y avait pas suffisamment de places pour des rivaux en matière de vente de drogue. Il fallait un requin, despotique et autoritaire, de nature à régner sans partage, et quelques petites frappes moins conséquentes pour créer une porte d'entrée dans ce monde lugubre. Et il voulait devenir ce requin, le plus vite possible. Trader commençait à l'ennuyer. Cela faisait plusieurs semaines que lui et l'aveugle avaient pu mettre la main sur les esclaves qu'ils faisaient désormais tapiner à deux pâtés de maison de là... Et depuis, pas l'ombre d'une péripétie à se mettre sous la dent. La Guilde Marchande semblait les tenir à l’œil, plus ou moins distraitement, mais le Sheerin imaginait sans peine que tant qu'aucune affaire sombre ne menaçait l'intégrité de leur sacro-sainte structure commerciale, les maîtres de Trader accepteraient de les laisser vaquer à quelques crapuleuses occupations... Ouais. Il avait mûrement réfléchi, et il ne voyait pas d'autre issue à ce bourbier lassant. Il devait butter Gisèle.

Il avait donc convoqué Nomi et Shi dans l'arrière sale, afin d'en discuter avec elles deux. Elles étaient des mercenaires ayant longtemps travaillé pour Mickey, l'ancien collaborateur de Gisèle. Elles la connaissaient, et connaissaient aussi ses rivaux, ses ennemis. Liu aurait pu apporter sa pierre à l'édifice... S'il n'avait pas été muet. Or, le Dealer ne se sentait pas la patience de lui laisser une ardoise en attendant qu'il daigne écrire quelques informations d'une importance relative. Il voulait de l'action, ici et maintenant, même s'il savait pertinemment que l'empressement ne lui serait pas forcément profitable : voilà pourquoi la proposition de Nomi, après moult réflexions, lui convenait plutôt pas mal. Non sans un grognement bestial, qui rendit à sa trogne patibulaire des allures d'ogre, le mafieux quitta son siège en entraînant derrière lui son manteau ample : il fit deux pas, évitant les pipes à crack et autres bangs qui gisaient à même le sol, puis tournoya pour planter son regard dans celui des jumelles qui tressaillirent, toujours relativement terrifiées par l'inhumanité assumée de leur désormais employeur.

-Très bien. Vous allez rester ici. Je vais prendre Liu, et on va aller visiter l'un de ces trois tocards pour voir ce qu'on peut en tirer. Jon le Fourbe, Laïos l'Inculte... Drugdil Eur. J'imagine qu'ils ne seront pas difficiles à trouver.
-Quoi ? Liu ? Non ! Prends l'autre camé à la place, Liu doit rester ici pour...
-Protéger la boutique ? Vous baiser sauvagement ? T'en fais pas, gamine, je te ramènerai ton étalon en un seul morceau. Mais tu ferais bien de faire ton travail toi-même : Liu est responsable ici. Les gardes, se sont vous.
-Va... Va chier, Lester !

L'avant-bras droit du maudit explosa en un tourbillon de grains de sable et, Shi, consciente du fait qu'elle avait dépassé les bornes, tenta de se soustraire à l'emprise de son patron, sans grand succès, en réalisant d'urgence un bond en arrière. Cela n'empêcha pas la poigne du logia de l'attraper par la gorge pour finalement la plaquer violemment contre un mur, à un ou deux pas de là : elle suffoqua, tentant vainement d'insinuer ses propres doigts au sein de l'emprise mortelle du Sheerin afin de récupérer une bouffée d'air frais, et elle entendit distinctement la voix grave et traînante du maudit résonner tandis que sa tête commençait à lui tourner.

-Attention, jeune fille. Je t'aime bien, mais sois prudente. Si tu m'es plus désagréable qu'utile, il se pourrait bien que ta longévité s'en voit drastiquement revue à la baisse. Est-ce clair ?
-Elle... Elle a compris, Lester ! Laisse-la !

Un nouveau grognement fut émis, et la main se dissipa dans un nuage de sable avant de s'en revenir à son propriétaire qui, déjà, s'en retournait à la porte qu'il franchissait alors sans jeter le moindre regard à la gamine qui suffoquait péniblement. Il n'était pas le genre d'employeur qui tolérait éternellement l'indiscipline et, malheureusement pour leur propre bien, ces deux mercenaires avait la langue trop bien pendue pour éviter éternellement de se confronter à son courroux. Ce n'était pas la première fois qu'il empoignait Shi de la sorte, et Nomi commençait à croire qu'il s'agissait là d'un jeu entre eux : la jeune femme tentait à chaque fois vainement de se soustraire à la menace qu'il incarnait... Et il lui montrait, implacable au possible, qu'il était illusoire d'essayer de lui échapper lorsqu'il était agacé. Avec un soupir las, la jeune fille s'agenouilla au chevet de sa jumelle tandis que le Roi du Sable franchissait le pas de la porte en sifflant puissamment, et en interpellant l'un des criminels qui se trouvait à l'avant de la boutique, auprès du vendeur qui conseillait un client égaré en produits tous plus toxiques les uns que les autres.

-Liu ? Bouge-toi, et suis-moi. Ah, gamin. Si un tocard fait du zèle, hésite pas à aller réveiller Josh', surtout si les deux gourdes n'arrivent pas à régler la situation. Josh' le fera. Nous, on a une course à faire.
-Bien, patron !
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Mar 2 Juil 2019 - 16:35


"Le temps passe et la mort vient."

Faucher les tournesols.



Trader. Cette putain de ville. Plus il la parcourait, plus il la connaissait, et plus elle le répugnait viscéralement. Pourtant, il était tout ce qu'il pourrait jamais espérer trouver : un agrégat de commerces et de richissimes propriétaires aux grandes vertus timides, voire absentes, un tissu de décideurs politiques véreux et aveugles aux incartades que leurs partenaires économiques prolifiques réalisaient à tout va, et un entrelacs de stupre, de crimes, de sang. En somme, tout ce qui pouvait d'une manière ou d'une autre lui sourire, et lui permettre de se livrer à sa condition sordide de Dealer l'esprit tranquille. Cette sérénité, toutefois, avait tendance à le lasser grandement. Il avait toute sa vie durant mouillé dans le crime et la violence, tant et si bien que la monotonie l'harassait plus que de raison. Il n'envisageait pas de vieillir quiètement, dans une maison trop belle et trop pure, encadré par une famille douce et aimante. Ce n'était pas lui et ce ne serait probablement jamais lui : il était né dans le foutre, avait grandi dans la cyprine, mûri dans le sang, et mourrait dans une explosion fantastique de ces trois fluides, à n'en pas douter. Il n'était pas un hors-la-loi attaché à la notion pure et brute de richesse et de niveau de vie confortable, oh que non... Ce qui le passionnait, c'était la domination sans partage. Une domination qu'il ne pouvait pas exercer aisément sur Trader, où la Guilde Marchande régnait sans partage et où le Gouvernement Mondial lui-même peinait à s'incruster. Tant qu'il ne disposait pas d'une force de frappe et d'une influence susceptibles de nourrir ses ambitions finales, il devait se contenter de demeurer faussement humble, calculateur et prévoyant. Et c'était précisément pour cela qu'il exécrait Trader. Bien sûr, il était homme pragmatique et ingénieux, plus intelligent que la moyenne sans nul doute... Plus prudent et plus patient, également. Mais tout cela ne l'irritait que davantage encore : parce qu'il était conscient de son impuissance, tout en sachant qu'il méritait de trôner en maître au-dessus de tout ce qu'il était en mesure de contempler ici bas. Voilà pourquoi lui et Liu marchaient actuellement dans les ruelles poussiéreuses de ce bordel gigantesque : parce qu'il avait un besoin vital, celui de gravir les échelons, mais qu'il n'y parviendrait pas en appliquant la méthode Joshua et en fonçant dans le tas. La poudre parlerait bien assez tôt... Pour l'heure, elle devait demeurer aux abonnés absents.

-Tu ne sais pas ce qu'on vient faire ici, non ? Je vais te le dire. On vient chercher un gars. Laïos l'Inculte. Un comique qui pourrait apparemment nous aider à porter un coup sévère à Gisèle. Parce que ouais, c'est notre objectif sur le moyen-terme : choper cette sale garce, l'étriper, et récupérer l'intégralité de ses affaires afin de jouir de ses profits à sa place.

Là-dessus, le mafieux attrapa sa pipe tout en continuant à marcher et y fourra une pincée de tabac, qu'il enflamma aussi sec. Une inspiration profonde lui permit de tirer profit d'une bouffée relaxante, et il marqua un arrêt momentané, déposant son regard sur le muet qui ne tarda guère à le lui rendre, les lèvres scellées et apparemment incapables de se décoller. Lester avait toujours cru qu'on lui avait autrefois arraché la langue : par moment, néanmoins, il se demandait si ce noiraud taciturne n'avait pas tout simplement été frappé par une invalidité subite au niveau de sa cavité buccale, l'empêchant de ce fait d'ouvrir sa mâchoire ou d'esquisser un sourire... Le regard froid du Sheerin se planta dans celui de son interlocuteur, lequel le lui rendit bien : puis le patron des Connards avança d'un pas pour se rapprocher généreusement de son sous-fifre, qu'il continua à toiser d'un air mauvais, qui aurait pu faire frémir le plus robuste des soldats de South Blue s'ils s'étaient alors trouvés en lieu et place de Liu l'estropié.

-Mais, dis-moi... C'était pas ta patronne, à l'origine, cette pute ? Je crois bien que si... Elle t'a offert à nous comme cadeau de bienvenue... Mais qui nous dit que t'es bel et bien là pour nous rendre service ? Réfléchis-y dix secondes, mon grand... On débarque de nulle part, et on flingue Mickey. Ta patronne surgit, consent à nous abandonner le commerce du gros porc si on continue à bosser avec elle, et elle t'offre à nous, pour preuve de bonne foi. Soit elle est conne, soit elle est finaude et elle t'a ordonné de veiller sur nous pour nous empêcher de la doubler. Tu trouves pas que ça se tient ?

Les paupières de Liu se plissèrent imperceptiblement et le Sheerin, de son côté, se contenta de ricaner face à l'inexpressibilité de ce grand taré. Eut-il risqué de prendre une balle entre les deux yeux qu'il aurait continué de le mirer avec son air de parfait attardé... D'un autre côté, l'homme aux dreadlocks savait pertinemment, en entamant cette litanie, qu'elle ne le mènerait nulle part. L'estropié était un parfait homme de main, qui n'était pas payé pour réfléchir et qui, par conséquent, ne réfléchissait pas. Il s'arrêtait aux baffes qu'il devait distribuer de temps à autres et, malgré ses railleries, le Roi du Sable n'était même pas certain qu'il soit pourvu d'attributs masculins fonctionnels. C'était un automate, un homme brisé par la violence d'autrui, qui s'était naturellement débranché pour éviter de souffrir davantage. Un blasé, dans le sens le plus pur du terme, qui se fichait de vivre ou de mourir et qui se contentait de faire ce qu'on lui disait de faire. A qui sa fidélité allait-elle ? A Gisèle, sa première patronne, ou à Lester et à Joshua, ces outsiders qui, des semaines auparavant, débarquaient de nulle part et qui, désormais, étaient assis sur plusieurs centaines de millions de berrys ? Petit-à-petit, ce duo incongru marquait les esprits, cela allait sans dire : de plus, la Guilde Marchande commençait à les tenir à l’œil, manifestement plus au fait de leurs activités illicites qu'ils n'auraient pu le vouloir. Où cela allait-il bien pouvoir les mener ? La réponse était simple. Soit ils réussissaient à détrôner Gisèle suffisamment rapidement pour s'octroyer les commerces et le poids de cette dinde, se rendant par la même quasiment intouchables... Soit ils s'enlisaient dans leur situation actuelle de parfaits larbins, et finiraient par être remplacés comme tous les autres pions qui abandonnaient l'idée de tirer leur épingle du jeu qu'ils formaient pourtant eux-mêmes. Transcender leur nature actuelle, c'était ça, l'esprit, le but, le saint Graal : et ils allaient faire tout ce qu'ils devaient faire pour y parvenir... Y compris liquider les leurs, si ces derniers étaient trop peu fiables.

-Je ne sais pas ce que tu pourrais m'apporter... Mais ce que je sais en revanche, c'est ce que tu pourrais me coûter. Si tu décidais de retourner ta veste et d'annoncer nos intentions à Gisèle avant qu'on ne soit totalement prêts... Ouais, elle aurait sans doute les moyens de nous supprimer. Et ce assez rapidement pour qu'on n'ait même pas l'opportunité de menacer son Empire. Tu comprends, hein ? C'est largement plus rentable, pour moi, de te liquider ici et maintenant...

La main du logia se leva avec une lenteur indicible pour finalement s'arrêter à un cheveu du visage de Liu, qu'elle menaça d'agripper d'une seconde à l'autre. L'estropié ne le savait que trop bien : laisser cette main l'empoigner, cela revenait à signer sa propre mort. Il était suffisamment adroit, alerte et véloce pour y échapper, au moins une première fois. Il ne manquait pas d'options de fuite, en l'état : la ruelle était spacieuse, plus que certains passages tortueux des bas-fonds de ces dédales de foutoir, et était actuellement parfaitement vide, ce qui pouvait lui permettre de prendre la tangente en un claquement de doigts s'il en éprouvait le besoin. Pourtant ? Il ne bougea pas. Il ne fut même pas tenté à cette idée : ses yeux ne clignèrent pas, son buste ne se souleva pas et ses genoux ne fléchirent pas, pas même une seule seconde durant. Il demeura là, acceptant le sort que son maître lui réservait sans chercher à s'y soustraire... Pareil face à la mort qu'il l'avait été face à la vie. Finalement, un ricanement rauque s'extirpa des lèvres entrouvertes du Dealer, qui abaissa son bras et reprit sa marche en ponctuant ces gestes de quelques syllabes traînantes et basses.

-Tu peux encore m'être utile pour le moment... Je l'espère pour toi, à tout le moins.

Laïos l'Inculte les attendait. Il était leur premier contact.
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Mar 9 Juil 2019 - 10:29


"Le temps passe et la mort vient."

Faucher les tournesols.



-Notre boss est prêt à vous rencontrer à l'intérieur. Suivez-moi.

On leur avait préparé un joli comité d'accueil... En plus, bien sûr, de leur retirer leurs armes momentanément. Il ne faisait pas bon être paranoïaque lorsqu'on tentait de se faire des alliés dans le monde du commerce noir de Trader : en règle générale, les indices concernant une trahison à venir pullulaient... De gré ou par maladresse. En l'occurrence, Lester ne se rongeait pas forcément les sangs. Joshua était resté à la boutique et il était très ironiquement une source d'ennuis probables de moins. Il imaginait mal Liu verser dans l'excès de zèle, même si le muet était envers et contre tout un larron à surveiller de très près, comme en témoignait leur précédente discussion à sens unique... En revanche, le maudit des armes aurait pu être tenté de dézinguer le moindre de leurs hôtes si un mot de travers leur avait été destiné. Si Lester souffrait d'un ego disproportionné, il n'oubliait pas qu'en matière d'opportunisme, un affront enduré dans le silence était parfois plus fructueux qu'une crise de nerfs destinée à se faire respecter. L'objectif aujourd'hui était de trouver un allié digne de ce nom et relativement fiable afin de s'en prendre à Gisèle et de l'amener plus bas que terre, pas de garantir la grandeur de leurs noms et de leurs honneurs. Aussi ne prêta-t-il pas l'ombre d'une attention aux indices qui semblaient présager d'un traquenard plus ou moins imminent, à l'instar des hommes lourdement armés qui gardaient la bâtisse dans laquelle ils venaient de pénétrer. De toute manière, Liu n'était pas la moitié d'un manche et savait se défendre correctement, y compris lorsqu'il était privé de sa liberté de mouvements... Quant à lui, le Sheerin, son atout principal résidait sans nul doute dans l'usage de son fruit du démon, qu'il conservait quasiment secret, dont son ennemi n'avait pas pu entendre parler et qui lui conférait un avantage stratégique hors norme grâce à l'effet de surprise qu'il pouvait aisément générer chez ses opposants. Même sur Trader, il était rare qu'un logia se balade incognito... Les Seas Blues étaient un paradis de quiétude pour l'immense partie de ses habitants, et ce type de pouvoirs cataclysmiques se focalisaient bien plus souvent sur Grand Line ou le Nouveau Monde, où les enjeux étaient naturellement plus imposants que sur des océans majoritairement dirigés avec poigne par le Gouvernement Mondial.

Leurs pas les guidèrent bientôt jusqu'aux montants de deux portes finement ouvragées, qui furent ouvertes à leur approche par deux types en costard muets comme des Liu... avec une langue en plus, a priori, puisqu'ils annoncèrent tout de même leur arrivée une fois lesdites portes béantes. Les deux invités pénétrèrent sans se presser, et l'homme aux dreadlocks déposa un regard apathique sur le mobilier trop propre et trop blanc qui l'éblouissait. Finalement, il fit une omission volontaire de la majorité des silhouettes qui se dessinaient là, pour l'essentiel des hommes en costume armés qui déguerpirent au premier signe de Laïos les y invitant, et se contenta plutôt de lorgner du côté de celui qui se présenta en premier et de l'espèce de montagne de chair qui le secondait, légèrement en retrait.

[Présent - Solo] Faucher les Tournesols. Acd37811[Présent - Solo] Faucher les Tournesols. Vauthr10

-Sheerin Lester. Le petit nouveau parmi les barons de la pègre. Je ne m'attendais pas à vous voir venir ici.
-Je ne m'attendais pas à venir non plus.

Le Roi du Sable grogna sa réponse, puis déposa un regard lassé sur le tas de chair qui se trouvait dans le dos de Laïos. Il ne pipa mot, mais son dégoût sembla transparaître si franchement que son hôte se sentit obligé de rajouter quelques mots avant de lui désigner un fauteuil de cuir luxueux afin qu'il y prenne place, dans l'optique de commencer leurs pourparlers dans les meilleures conditions possibles.

-Le voir me dégoûte aussi très fortement, mais il est un garde-du-corps efficace. Comme vous vous êtes permis de venir accompagné, j'ai jugé qu'il était plus sain de nous mettre sur un pied d'égalité. N'y voyez aucune malice ou facétie : simplement une envie d'asseoir notre équité quant aux tractations à venir. Mais asseyez-vous donc. Vous prendrez bien quelque chose ? Du whisky, du cognac ? J'ai de merveilleuses bouteilles dans ma cave personnelle.
-Non merci. Je ne suis pas venu pour ça. Malheureusement.

L'idée de traverser tout Trader pour venir se mettre une murge lui déplaisait moins que celle de devoir se taper ce genre d'interactions marchandes et nauséabondes. Pourtant, c'était ce type de dialogues qu'il allait devoir privilégier, à l'avenir, s'il espérait avoir une chance maigrelette d'un jour intégrer la Guilde Marchande. En l'occurrence, il savait que son interlocuteur était un vendeur d'alcool pour le moins reconnu. Il ne figurait pas officiellement parmi les membres de la Guilde, bien sûr, mais il n'en était pas moins relativement influent parmi les commerçants borderlines, à savoir ceux qui se salissaient les mains sans la moindre hésitation si cela leur permettait de multiplier les gains. Le Sheerin se contenta dans tous les cas de se laisser choir dans le fauteuil qu'on lui indiquait, tandis que Liu prenait paisiblement place derrière lui, mains croisées dans le dos. Laïos imita Lester, et son gros lard de garde s'avança d'un air pataud avant de se stabiliser en salivant densément, son regard porcin s'étant déposé sur la table basse où trônaient des mignardises et des biscuits apéritifs en tout genre. Le mafieux leur décerna une attention bien moindre et il se focalisa plutôt sur l'Inculte, souhaitant mener ces tractations à bien au plus vite.

-Je vais être bref. Je veux...
-Tuer Gisèle. Je le sais. Je ne suis pas un inculte.

Les yeux de Lester se plissèrent tandis qu'il essayait de lire au travers de l'impertinence affichée de son interlocuteur. Quel fameux tour de passe-passe se jouait devant lui ? Un instant de réflexion fut toutefois suffisant pour que le logia du sable comprenne qu'il n'y avait rien de spectaculaire dans cette prétendue clairvoyance. Jusqu'à présent, lui et Joshua jouaient sur un terrain au sein duquel Gisèle régnait en maître absolue. Il allait sans dire que s'ils voulaient continuer à gravir les échelons, ils n'avaient que deux opportunités : aller établir leurs commerces sur une autre île, où la concurrence se ferait moins âpre, ou bien parvenir à détrôner cette gourde. Considérant les efforts qu'ils avaient déployé jusqu'à présent dans l'optique d'agrandir leurs rendements et leurs économies, il aurait été très étrange qu'ils décident finalement de tourner les talons pour s'en aller vivre ailleurs... En somme, il s'agissait probablement là d'une simple déduction, banale au possible, appuyée par une tournure de phrase censée la rendre évidente et indubitable. Si l'envie de mentir titilla franchement le Sheerin, juste pour voir comment son interlocuteur serait en mesure de rebondir s'il s'avérait qu'il s'était finalement trompé, il ne se risqua pas à ce type de malice et se contenta d'acquiescer d'un air grave. Son interlocuteur souffla bruyamment, l'air incommodé, ou ennuyé, et répondit à côté de la plaque avec un dépit manifeste.

-Votre associé habituel... Joshua, c'est bien cela ? Pourquoi n'est-il pas présent ?
-Josh' ? Il décuve dans un coin de notre arrière boutique. Et il la surveille, accessoirement.
-Quel dommage. Sa présence aurait été tellement plus souhaitable que celle d'un ancien laquais de Gisèle... Vous le savez, n'est-ce pas ? Liu était autrefois le parfait petit chien de votre cible.
-Je le sais. Et, pour parler franchement, l'obédience de mes subordonnés ne vous regarde pas.
-N'insultez pas votre intelligence. Vous voulez me demander de m'impliquer dans des intrigues visant à détrôner Gisèle elle-même. Si vos subordonnés nous trahissent, je serai dans une position aussi inconfortable que vous. Mes hommes de main sont certes compétents, mais j'ai peine à croire qu'ils puissent l'emporter dans une guerre ouverte face à brutes de l'autre salo... de votre cible.

Se langue avait fourché. Et elle venait de donner une information capitale au Roi du Sable. Pour une raison ou pour une autre, Laïos ne semblait effectivement pas supporter Gisèle... De quoi le rassurer quant à la fiabilité des deux mercenaires qu'il embauchait pour sécuriser ses commerces. Grâce à ce renseignement, il pouvait partir du principe que Drugdil Eur et Jon le Fourbe étaient eux aussi relativement fiables, au moins sur cet aspect-ci de l'affaire. En revanche, le dialogue qu'il entretenait actuellement commençait à prendre une tournure qui lui déplaisait au plus haut point. Manifestement, ce type en savait beaucoup... Beaucoup trop, même. Il connaissait Joshua, et savait que jusqu'à présent, lui et le criminel aux dreadlocks avaient généralement agis de concert. Il connaissait également Liu, de réputation manifestement, et savait qu'il n'était pas forcément le contact le plus sécuritaire lorsqu'il s'agissait de s'en prendre à l'autre pétasse. En somme, il venait de supprimer leur égalité initiale au profit d'un rapport dominant - dominé : Lester était effectivement dans une position précaire puisqu'il ne pouvait plus rien exigé. Ce genre de surprises ne lui plaisait qu'à moitié... Néanmoins, ce fut le paradoxe saisissant entre le titre et le comportement de Laïos qui le désarçonnèrent le plus. "L'Inculte". Il l'avait souligné de lui-même : il n'avait, en l'état, manifestement rien d'un inculte. Pourquoi ce surnom, dès lors ? Ou plutôt... Pourquoi ce comportement ? Se sentait-il obligé de paraître savant, autant que possible, afin d'effacer petit-à-petit la réputation déplorable qui le précédait ? C'était sans doute cela, oui... Sans doute. Si tel était le cas, alors il y avait une chance pour que Laïos soit encore relativement manipulable : peut-être n'avait-il travaillé le sujet qu'en surface.

-Mais discutons des termes. Pourquoi devrais-je vous aider ? J'imagine que vous souhaitez récolter la majeure partie de son cartel de drogue... Qu'aurais-je, moi, à me mettre sous la main ? Considérant les risques que j'encours, de surcroît, lorsque je constate que vous avez tant de mal à vous entourer convenablement.
-Gisèle doit jouir d'une fortune personnelle colossale. Elle sera votre, dans son intégralité. Je ne ferai que récupérer ses biens, et plus précisément ses commerces. Le reste, du moindre de ses berrys à ses possessions diverses, esclaves, bijoux... Tout cela vous reviendra.
-Intéressant.

Menteur. Ce fut le premier mot qui traversa l'esprit du Roi du Sable, lorsque Laïos lui offrit cette réponse. Il mentait, c'était assez évident : entre sa moue déconfite et son ton lassé, il ne s'en cachait même probablement même pas. Laïos l'Inculte ne semblait pas mériter son surnom : si Lester avait dû lui en choisir un, ici et maintenant, il aurait fort probablement décidé de le nommer "Laïos la sale merde"... Ou, en des termes plus reluisants, "Laïos l'avare". Que voulait-il en plus des possessions de cette immonde greluche ? Il était évidemment hors de question que le Sheerin lui lâche le moindre des commerces de cette pétasse : il ne voulait pas se débarrasser d'elle pour avoir à souffrir d'une autre concurrence. Il aurait déjà suffisamment à faire avec les petites frappes résiduelles qu'il lui faudrait encore éliminer afin d'obtenir une hégémonie impeccable... Néanmoins, le mafieux comprit promptement qu'il faisait fausse route et regardait actuellement dans la mauvaise direction : l'air sournois de Laïos le lui confirma une seconde avant que la proposition soit finalement formulée.

-J'ai entendu dire que vous aviez ouvert un second établissement. Une maison de plaisir relativement... juteuse. Offrez-la moi, en guise de gratitude, en plus des possessions de Gisèle. J'y établirai un point vente concernant mon alcool, et je m'assurerai de transformer ce lieu de débauche quelconque en un bordel haut de gamme...

Succubus' Lair. Ce sac à foutre voulait Succubus' Lair. Cette bâtisse dépravée rapportait à Lester un petit peu plus que son Djinn's Lair, son commerce de vente de drogue... De surcroît, c'était à Succubus que se trouvaient les esclaves que lui et Joshua avaient disputé sur le navire pirate, dans une bataille pour le moins âpre et sévèrement disputée. Aux yeux de Lester, une telle proposition était évidemment inacceptable... Et cela, son interlocuteur semblait l'ignorer. Celui-là jubilait comme un démon, l'air niais, et le Sheerin comprit bien vite d'où son surnom provenait. Laïos savait des choses : mais il voyait le savoir comme une série de données à ingurgiter et à régurgiter méthodiquement. Il n'apprenait rien grâce à son savoir, il ne tirait pas la moindre leçon et n'usait pas de sa culture afin de grandir. Il agissait comme un singe savant, en vérité : simplet et benêt, mais doté de connaissances inestimables et sérieusement mises en évidence. Ce type n'était pas un partenaire de travail adéquat. Finalement, face à son regard aussi surpris que déstabilisé, le maudit du sable se redressa et quitta son siège dans un mouvement lent et las, tira sa pipe de son long manteau, y fourra une pincée de tabac et l'alluma pour finalement s'abreuver d'une généreuse bouffée d'air vicié, qu'il ponctua avec un ton froid et une désillusion palpable.

-Vous avez tout faux, très cher. Ce n'est pas que j'abhorre les gros parce qu'ils me répugnent. J'abhorre les gros parce qu'à chaque fois que je les croise, faut que je les butte. C'est plus fort que moi. Le destin, tout ça...
-Que... Gros tas, tue-les !
-Pa... tron... bien... Pa...tron...

Et soudain le tas de graisse s'anima, trop véloce et trop réactif pour que cela soit cohérent avec son enveloppe charnelle empâtée. Ce bougre n'avait strictement rien à voir avec Mickey, l'obèse que Lester avait vidé de toute substance liquide afin de s'arroger son comptoir de drogue : il était cent fois plus dangereux. Alors que Laïos reculait précautionneusement sans fuir pour autant, comme s'il voulait assister à la déchéance du Roi du Sable par l'entremise de ses propres mirettes, son garde monumental renversa un fauteuil et se jeta sur le mafieux, menaçant de le fracasser un coup d'épaule en plein visage. Pour l'heure, ne sachant pas s'ils étaient observés, le logia préféra miser sur la sécurité et se contenta de se jeter sur le côté avant de se redresser dans une roulade habile, conservant par la même son intangibilité secrète. Malheureusement, il n'avait ni son couteau, ni son pistolet, et ne se voyait pas triompher d'une telle bête de foire grâce à ses propres poings... En revanche, Liu, même s'il avait également été dépossédé de son attirail habituel, à savoir une machette et une serpe, avait peut-être davantage de chances que lui d'y parvenir. Il s'y essaya, en tout cas, à partir du moment où son boss fut pris pour cible : il usa du dossier du fauteuil sur lequel le Sheerin avait pris place comme d'un appui grâce auquel il se jeta en plein sur le visage du gros lard. Il lui offrit un coup de genou virulent en plein nez, et le jeta à terre sans la moindre difficulté avant de se réceptionner lui-même agilement, conservant son regard rivé sur la montagne de graisse qui peinait désormais à se redresser.

-Bon... Bah si tu gères le gros tas, j'm'occupe de Laïos.
-Espèce de... Fumier ! GARDES ! GARDES, VITE !
-Pa... tron... Moi... Coin... cé... Pa... tron...

Il était rapide... mais semblait souffrir d'un équilibre approximatif, logique considérant son embonpoint. Tandis que le muet se rapprochait de l'obèse gesticulant pour s'occuper de son cas, Lester fit quant à lui volte-face et planta son regard dans celui du gamin qui braillait, lequel tira immédiatement deux couteaux aux allures de hachoir de sa ceinture, qu'il tenait précautionneusement planqués jusque-là. L'homme aux dreadlocks se mit en garde avec un sourire amusé, constatant qu'il n'aurait peut-être même pas à s'en retourner chercher ses armes pour avoir du répondant, et l'Inculte lui jeta quelques injures au visage avec une rage apparente.

-Comment osez-vous venir chez moi pour tenter de me nuire ? Gisèle n'était pas votre véritable cible, c'est ça ? C'est moi que vous vouliez voir tomber ? C'est elle qui vous envoie ? Fils de chien !
-Putain. Après Laïos l'Inculte, j'vous présente Laïos le parano.
-Ne m'appelle pas comme ça, enfoiré !

Laïos se rua dans sa direction, couteaux en évidence, et Lester l'imita : ils se jetèrent l'un sur l'autre avec fougue, mais ce fut son opposant qui leva évidemment la main en premier. Un hachoir menaça de lui entailler la jugulaire d'entrée de jeu, mais le maudit y échappa en se recroquevillant sur lui-même soudainement. Il distribua finalement le premier coup, en serrant le poing et en l'enfonçant sèchement dans l'abdomen de son assaillant. Ce dernier toussa, mais tint bon et essaya de lui fendre le crâne d'un geste vertical. Un échec, une fois de plus : le Roi du Sable démontra toute l'étendue de ses capacités combatives en anticipant cette offensive et en la bloquant d'un simple coup dans l'avant-bras. Une fois la seconde lame de l'ennemi repoussée, le Roi du cartel se redressa et surplomba de sa stature avantageuse le physique chétif de son ennemi. Il lui mit une claque, sonnante et vibrante, puis un nouveau coup de genou en plein abdomen. En proie à l'énergie du désespoir, Laïos tenta de lui taillader le biceps droit : il se contenta de pivoter sur lui-même, laissant ce simulacre d'estoc passer dans le vide, et enchaîna avec un coup de poing au niveau des côtes flottantes, produisant de fait un craquement fort désagréable à ses oreilles, avant d'empoigner le bras tendu de l'Inculte pour le lui briser au niveau du coude. Un hurlement endolori quitta les lèvres béantes du pauvre hère, qui fut repoussé et jeté au sol d'un autre coup de pied, en plein buste cette fois-ci, lequel lui coupa le souffle et le désarma définitivement. Le pauvre marchand de pinard, brisé et suffoquant, se recroquevilla en gémissant et en se tenant le bras tandis que le Sheerin n'avait qu'à se baisser pour ramasser l'un des deux couteaux.

-Pa... TROOOOOOOOOOOOOON !

Le hurlement fougueux de la grosse chose allongée décontenança Lester, qui fit volte face juste à temps pour voir Liu se faire empoigner par la cheville et se faire balancer sans le moindre ménagement contre un mur proche, renversant une commode au passage et activant un lecteur de tone dial qui s'y trouvait alors.


L'obèse se redressa aussi sec et, bien évidemment, se jeta à la rencontre du maudit du sable, dans l'optique de venger l'affront dont son maître avait fait l'objet... Et il y parvint, étonnamment. Lester opta pour la tangibilité et le mal de crâne : il n'avait toujours pas avancé quant à la surveillance dont ils faisaient possiblement les frais, et il se contenta donc de demeurer en chair et en os tandis que l'immonde tas de graisse démontrait une vélocité assommante. Le coup de poing du gros tas le cueillit en plein ventre et lui offrit une séance de rouler-bouler désagréable, durant laquelle il fit de son mieux pour conserver son couteau en main. Une fois ce petit tour de manège gratuit achevé, il se redressa à la hâte et se jeta sur le côté, évitant de justesse un coup de pied descendant menaçant de lui éclater le crâne sans sommation, mais ne fut pas assez rapide pour se dérober pleinement lorsqu'une main agrippa le bout de son long manteau. Il se sentit tiré en arrière et le gros lard se mit à tournoyer sur lui-même, entraînant le Sheerin dans un tournoiement de plus en plus vif, avant de le relâcher brutalement, l'envoyant traverser deux murs et répandre des tonnes de débris dans les pièces alentours. Ce fut à cet instant que Liu l'estropié décida enfin d'intervenir : à nouveau sur ses pieds, il s'empara d'un chandelier et se rua dans la direction du garde obèse, parvenant avec un certain héroïsme à lui planter cette lance incongrue dans la cuisse droite. Il n'en subit pas moins un revers de la main nonchalant, comme si le tas d'immondices se contentait de chasser un moustique, et traversa une fois de plus la pièce en s'encastrant dans un mur proche, retombant lourdement au sol à nouveau désarmé.

De son côté, le logia n'eut pas le temps de repartir à l'assaut de ce tas de chair trop rapide qu'il constata être encerclé par une foule d'hommes en costume armés, lesquels étaient garnis de nunchakus, de bâtons, d'épées et de haches. Il jura et constata qu'il avait envers et contre tout lâché le couteau dont il s'était emparé, probablement dans la série de chocs endurés : il se contenta donc de laisser venir à lui le premier opposant, un type armé d'un bâton qui tenta sa chance par le biais d'un coup horizontal. Le logia se contenta d'empoigner son arme, de tirer subitement dessus afin d'attirer son adversaire à lui, et de cueillir ce dernier d'un coup de genou en plein dans le menton. Il le jeta ensuite sur le côté et récupéra son arme, la faisant tournoyer dans l'une de ses mains avant de se souvenir qu'il ne savait pas s'en servir convenablement : il se contenta donc de la balancer sur un pauvre hère armé d'une hache, qui mangea l'un de ses chicots à en croire le bruit sourd qui fut provoqué par la rencontre entre l'arme et la mâchoire. L'un des gars au nunchaku se rua dans sa direction afin de profiter de son désarmement manifeste, et se heurta à un échec désopilant lorsque le logia se contenta de tirer le tapis qui se trouvait à ses pieds pour provoquer la chute de l'artiste martial au style tapageur et visuel.

-Tu devrais passer plus de temps à réviser tes classiques et un peu moins à frimer, toi.

Un type à l'épée tenta de le transpercer en se jetant dans son dos : le Roi du sable l'anticipa et lui jeta le tapis au visage, masquant temporairement sa vue et provoquant un geste de recul mécanique, qu'il rendit fructueux lorsqu'il offrit à son assaillant un coup de pied en plein dans les parties génitales.

-Bon, si c'est tout ce que vous av...

Des bruits de pas terriblement lourds en provenance de la pièce où ils échangeaient autrefois si calmement lui provoquèrent instantanément quelques sueurs froides : il fit volte face mais ne parvint pas à esquiver le coup de coude qui lui était destiné, lequel l'expédia traverser un mur supplémentaire. Sonné, il n'eut pas l'occasion de se redresser qu'on l'attrapait par la gorge, qu'on le jetait en l'air et qu'on le réceptionnait d'un nouveau coup en plein flanc. Il cracha quelques gouttes de sang en se réceptionnant pour le moins maladroitement dans une armoire, qui s'effondra sous la force du coup, et il sentit qu'on l'entraînait en le tirant par le pied lorsqu'il eut la présence d'esprit de placer ses avants-bras en bouclier, devant son buste. Il bloqua ainsi un premier coup de poing, non sans ressentir toutefois une douleur dingue là où le poing porta, et il sentit un second choc ramener ses membres sur le côté avant de craindre que le troisième ne soit le dernier.

-N... Non ! Ne fais pas ça ! Laisse-le partir, gros tas !

Le Roi du Sable cracha un mélange de salive et de sang et, hébété, se redressa péniblement tandis qu'on le relâchait. L'obèse venait de faire volte-face, et le logia put aisément voir ce qu'il surveillait à présent : Liu avait eu la présence d'esprit de prendre Laïos en otage... Il le tenait par le col, et avait apposé sur sa gorge le tranchant éclatant de l'une de ses deux lames. Personne n'osait s'approcher : ni les hommes de main que le Sheerin avait cueillit sèchement, ni le gros obèse qui regardait son patron avec bêtise. Tous demeuraient aussi inanimés qu'inattentifs : plus aucun ne lorgnait du côté de Lester. Et c'était tout ce dont il avait besoin, dans le fond : il se redressa aussi prestement et discrètement qu'il le pouvait afin d'apposer sa main droite sur la cuisse monumentale du char d'assaut l'ayant malmené. Il n'eut alors guère plus qu'à utiliser Deshidratar, masqué par la condition avantageuse de cet immense tas de chair. Personne ne le remarqua, et on ne fit attention à eux qu'à compté du moment où le garde obèse chutait lourdement, inconscient et vidé de toute substance aqueuse. On le lorgna avec incrédulité tandis que Liu hachait la gorge de Laïos, impitoyable : finalement, Lester signa la fin des autres gardes lorsqu'il prononça une série de mots désabusés en s'essuyant la bouche avec dégoût, dépité d'avoir été si malmené par un ennemi aussi massif.

-On ne laisse aucun témoin, Liu. J'ai bien dit aucun. Et aucun mot à qui que ce soit concernant ce qu'il vient de se pass... ah, ouais, t'es muet, c'est vrai.

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Mar 9 Juil 2019 - 19:05


"Le temps passe et la mort vient."

Faucher les tournesols.



-Ben putain... Ils manqueront pas à grand monde. Bon, on décarre avant que les mercenaires rappliquent pour comprendre ce qu'il s'est passé ici.

Lester fit demi-tour et s'éloigna de la boutique de laquelle s'élevait déjà un épais volute du fumée, Liu sur les talons, les mains dans les poches et l'air frustré. Ce petit de Laïos n'avait été rien d'autre qu'une perte de temps, et leur élimination à lui et à ses sbires lui avait coûté cher... Quelques os sans doute fêlés, tellement d'hématomes qu'il aurait eu toutes les peines du monde à les dénombrer, et bien d'autres lésions dont il n'aurait certainement conscience qu'en rentrant filer sous une douche bien méritée. Heureusement que le muet avait été là... Même si, ultimement, le logia avait toujours l'atout intangible à faire valoir, il préférait y recourir le moins possible afin que son pouvoir ne filtre pas trop. Bien sûr, à compté du moment où Laïos et sa grosse butte ventripotente avaient été exterminés, il ne s'était plus franchement retenu, tant il avait été lassé par leur résistance farouche : d'autant plus qu'il savait pertinemment que nul n'en réchapperait vivant, et que le bâtiment tout entier était destiné à disparaître dans l'enfer d'un incendie, ses hypothétiques systèmes de surveillance avec. La Guilde Marchande n'était pas la police la plus scrupuleuse et la plus attentive, sans nul doute. Ils jouissaient même d'une tolérance considérable, a fortiori si on la comparait avec la patience pour le moins limitée des forces de la Marine... Mais ils n'aimaient pas que d'honnêtes commerçants, ce qu'était Laïos à l'origine, aient à craindre pour leur propre sécurité. Après tout, ce n'était pas bon pour les investissements étrangers... Il fallait conserver l'attractivité de Trader impeccable, vaille que vaille. Déjà que leurs relations tendues avec le Gouvernement Mondial ne facilitaient pas l'arrivée de nouveaux acteurs économiques forts, si leurs contacts commençaient à croire que cette île était un terreau fertile pour bien des crapules, il allait sans dire qu'ils n'allaient pas tarder à la déserter au profit de Pucci ou de San Faldo.

Du coup, la Guilde Marchande, si elle apprenait qu'une petite frappe baignant dans le commerce de la drogue n'arrêtait pas de causer du grabuge, risquait fort de lui chier dans les pompes et de tout faire pour le foutre en taule, une bonne fois pour toutes. Il n'avait pas encore suffisamment de contacts et d'alliés pour se permettre de se la jouer intouchable : ce genre de faux pas seraient immanquablement synonymes d'une fin de carrière prématurée tant qu'il n'avait pas de quoi conserver ses exactions impunies. Et cela allait prendre son temps, à en croire le problème épineux que lui posait Gisèle... Il ne pouvait pas l'éliminer seule, parce qu'elle possédait elle-même trop d'alliés et de sous-fifres. Et ceux qui étaient susceptibles de l'aider risquaient de ne pas accepter en un claquement de doigts, à l'instar de Laïos. Alors, que faire ? Remettre à plus tard cette sinistre histoire d'assassinat, et tenter de faire fleurir les commerces qu'il possédait déjà ? D'investir dans d'autres secteurs, afin de gagner en influence petit-à-petit, pour éventuellement finir par se faire une place au sein de la Guilde Marchande elle-même ? Utiliser argent et influence pour débaucher des mercenaires et les envoyer sur la petite gueule de cette truie était une option viable, mais il devait avant toute autre chose estimer la fortune personnelle de cette greluche précisément. S'il s'avérait qu'elle était plus riche que lui, ce qui était fort plausible en l'état, alors elle risquait de récupérer à son compte les assassins véreux qu'il pourrait tenter de lui envoyer... Et il aurait à ce titre tout faux. Un soupir quitta ses lèvres tandis qu'il songeait que Trader avait bien changé, depuis le temps de son enfance : ou peut-être était-ce simplement lui qui, prenant du galon, avait également appris à se compliquer l'existence. Autrefois, il n'avait besoin que d'une ou deux droites bien placées afin d'atteindre ses objectifs... Maintenant, la force brute semblait aussi archaïque qu'inefficace.

-En tout cas... T'auras montré que tu pouvais être utile, l'estropié.

Il jeta un regard en coin à son acolyte, lequel progressait sereinement à ses côtés. D'eux deux, c'était même lui qui s'en était tiré le plus aisément, et qui avait enduré le moins de blessures incommodantes... Principalement parce que le gros tas s'était jeté sur Lester avec une véhémence disproportionnée, bien sûr, mais aussi et surtout parce qu'il avait prouvé qu'il avait l'habitude de ce type d'exercices et qu'il disposait d'un sang froid à toute épreuve. L'homme aux dreadlocks songea que cela faisait en tout cas un argument de poids dans la balance quant à l'obédience hypothétiquement douteuse de son subordonné : s'il avait réellement été du côté de Gisèle, il aurait profité de cette opportunité pour tenter de lui nuire une bonne fois pour toute... Laisser s'enfuir une taupe par mégarde, à titre d'exemple, aurait permis d'alerter la gourdasse du danger qu'elle courrait sans qu'il n'ait lui-même à se salir les mains et à mettre sa couverture en danger. Dans le fond, Lester se doutait depuis le début que Liu était probablement fiable, mais il avait préféré le confronter afin de s'en assurer... Et il allait sans dire que ses attentes n'avaient pas été déçues. Il fut pris dans un éclat de rire rauque et fit de son mieux pour éviter de penser à la douleur qui lui saisissait les côtes avant de grogner une injure de plus, pourtant moins véhémente qu'à l'accoutumée.

-Ouais. Y a pas à dire, t'es un foutu psychopathe. Pauvre taré.
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Ven 19 Juil 2019 - 18:59


"Le temps passe et la mort vient."

Faucher les tournesols.



La boutique était déjà en vue... Et une fois de plus, Lester rentrait bredouille. Laïos l'inculte n'avait pas pu se montrer un allié digne de confiance et d'estime. Trop prétentieux, trop arrogant, trop impulsif, il avait prouvé au Roi du Sable qu'il n'était pas suffisamment fiable pour se lancer à ses côtés dans une guerre ouverte à l'encontre de cette frappadingue de Gisèle. Les risques étaient trop grands si leurs alliés n'étaient pas fiables... Et, en fin de compte, le mafieux se demandait d'ores et déjà s'il n'était pas beaucoup plus intelligent de remettre à plus tard ce conflit naissant. Ses ambitions l'empêcheraient certes tôt ou tard de demeurer fidèlement à son service mais, pour l'heure, il manquait cruellement de main d'oeuvre et de soutiens compétents, susceptibles de lui assurer une certaine facilité à concrétiser cet objectif encore trop lointain, trop intangible... Se résoudre à recourir à un allié, c'était la seule manière d'assurer ses arrières dignement, mais tant que ceux avec qui il s'entretenait se montraient aussi obtus et entêtés, il allait sans dire qu'il allait faire chou blanc. Il ne voulait pas d'un second Joshua, le premier étant déjà suffisamment pénible à canaliser. Une simple étourderie pouvait leur coûter cher, considérant le fait que Gisèle disposait encore d'une armada et d'une influence assez conséquentes pour les annihiler en un claquement de doigts. Il ne fallait rien, strictement rien laisser au hasard... Or, recourir à des inconnus afin d'avancer vers un même but, c'était déjà s'en remettre au hasard, à la chance, au destin. Puisqu'il était incapable de lire dans les pensées de ses interlocuteurs, pouvoir qui aurait pu s'avérer très pratique au demeurant, il lui fallait indéniablement trouver d'autres garanties, d'autres certitudes sur lesquelles fonder ses plans. Il ne pouvait pas s'engager dans une lutte sanglante s'il n'était pas convaincu de pouvoir adresser à ses subalternes et à ses collègues une confiance aveugle... En somme, il commençait d'ores et déjà à tourner en rond, alors qu'il n'avait rencontré que le premier des trois hommes généreusement listés par les deux greluches. Il imaginait d'ores et déjà que Jon le Fourbe était pareil à sa réputation, et qu'il lui planterait un couteau dans le dos à la moindre occasion, quitte à finalement lécher les bottes de Gisèle pour s'octroyer les commerces du défunt Sheerin. Quant à Drugdil Eur, il avait au moins le mérite de ne souffrir d'aucun surnom infamant, à défaut d'être affublé d'un nom pas trop chelou : ces consonances n'étaient assurément pas originaires de South Blue... mais cela n'aidait pas l'homme aux dreadlocks à progresser d'un seul chouïa.

Et il marchait, donc, pas-à-pas, très mécaniquement, Liu à ses côtés, tandis que son cerveau s'aventurait dans des stratagèmes et des perspectives encore floues, tandis que ses poumons s'enivraient d'un tabac fort, rugueux, comme il les aimait. Sa bouche, déjà desséchée, appelait le goulot d'une bouteille alcoolisée avec envie, mais il continuait à se focaliser sur cette salope de Gisèle et sur la façon dont il parviendrait à saper ses commerces un à un, à la dépouiller, pour finalement la transformer en un cadavre troué par les balles et les verges.

-Si je n'étais pas venu en ami, je tremblerais comme une feuille face à cette mine patibulaire et antipathique. Vous êtes mauvais commerçant, croyez-moi.
-Comment tu peux savoir que je fais la gueule ? T'es dans mon dos.
-Ah ! Donc j'ai raison.

[Présent - Solo] Faucher les Tournesols. Dangan10

Le mafieux fit demi-tour avec lenteur, tandis que Liu s'immobilisait à ses côtés, et il jeta un regard las et désintéressé au garnement qui venait de le héler. Attaché-case en main qui cachait on ne savait quoi, sourire narquois vissé sur les lèvres lui conférait un air suffisant à baffer, chevelure encore en bataille, probablement un résidu d'une soirée trop arrosée la veille... Ouais, pas de doute, ce type était de Trader. Son assurance et sa belle gueule étaient deux indices qui ne trompaient pas le Sheerin et son flair : belle gueule qui, néanmoins, risquait d'être brutalement saccagée si ce type continuait à montrer tant d'impertinence face au Roi du Sable. Celui-ci, déjà passablement courroucé par l'entrevue merdique avec Laïos, les contusions qui le faisaient souffrir et l'humiliation d'avoir été mis en difficulté par un gros lard, fut d'autant plus irrité par cette apparition inattendue et improbable : il fit donc en sorte d'être parfaitement clair sur ce point, de telle sorte que son interlocuteur puisse comprendre d'un coup d'un seul que trop de désinvolture de sa part risquaient d'aboutir à un regrettable dérapage.

-Qu'est-ce que tu viens foutre ici, gamin ?
-J'ai entendu dire que vous vouliez tuer Gisèle.

La franchise de cette réponse, le sourire taquin et provocateur encore et toujours présent, le peu de crainte que ce type affichait révulsèrent momentanément le hors-la-loi, après l'avoir indubitablement désarçonné. Pour qui ce type se prenait-il ? Un héros ? Un justicier ? Il comprit néanmoins bien vite qu'il y avait quiproquo. Ce gars n'avait pas l'air d'être un marine, pas plus qu'un représentant de la Guilde Marchande, de l'autorité de Trader. Il n'avait pas l'air non plus d'être affilié à Gisèle : du moins le logia du sable l'estima-t-il, considérant le fait que cette pouffiasse n'avait absolument aucune chance d'être au courant de la menace qu'il représentait d'ores et déjà. C'était l'une des raisons qui poussait le Sheerin à précipiter sa trahison, par ailleurs : il savait pertinemment que s'il mettait trop de temps à se préparer, elle parviendrait à le sentir venir et à transformer ses stratagèmes les plus brillants en échecs retentissants, exemplaires. Et puis, cela ne concordait pas avec cette moue satisfaite qu'il continuait à afficher ostensiblement. Il y avait quelque chose d'autre, quelque chose de louche, quelque chose de hautement réjouissant du point de vue de Lester qui, sans un mot, fit un signe de la tête à Liu, lui signifiant de rentrer dès à présent, sans l'attendre davantage. La brute s'exécuta sans se faire prier et, une fois qu'elle eut disparu par l’entrebâillement de la porte à quelques dizaines de mètres de là, le maudit répondit avec lenteur et méfiance, comme il était de coutume sur cette île viciée par la criminalité et la débauche.

-Admettons. Tu réponds pas à ma question.
-Bien. Alors, allons plus vite. Tenez, un cadeau de présentation.

Le gamin fit un geste ample, mais mou, et envoya la mallette aux pieds du mafieux, qui la laissa choir sans se donner la peine de la réceptionner. Après un simple regard serein vers cet objet sombre qu'on venait de lui offrir, Lester remonta ses yeux jusqu'au principal objet de son attention, jusqu'à présent. Le garnement prit pleine mesure de cette supplique silencieuse et, sans attendre de réponse orale, se permit d'expliciter la raison de sa venue mais aussi et surtout celle de ce don pour le moins curieux.

-Jon le Fourbe a un commerce de vente de drogue concurrent au votre. Il n'est pas fournisseur, toutefois : juste revendeur. Il transmet ce qu'on lui donne à de petites frappes, qui le récupèrent contre monnaie sonnante et trébuchante. Il ne cultive rien, et reçoit tout de gros fournisseurs. Sa manière de procéder est simple : ses clients déposent de colossales sommes d'argents dans des relais que ses employés surveillent le jour comme la nuit, il fait livrer la quantité de drogue correspondante et les clients repassent le lendemain, une fois que le dépôt a été réalisé. Il ne connaît personnellement aucun de ses clients, prend peu de risques, et revend facilement à des gens qui, habituellement, se cachent pour consommer. Des enfants, des putes, des esclaves, des voleurs...
-Et donc ?
-J'ai l'insigne honneur de vous annoncer que vous êtes désormais maître et propriétaire du relais Fourbe numéro 18. Félicitations. Les clés et les papiers se trouvent à l'intérieur de cette mallette. Envoyez un homme de main récupérer le pactole à heure régulière, dites lui d'emporter la quantité de drogue correspondante le lendemain, et le flouze continuera à vous tomber dans les mains à intervalles réguliers. Je dois être sincère : c'est peu, sans nul doute, à côté de vos deux machines à fric... Mais c'est un petit plus non négligeable, j'en suis convaincu.
-Attends... Quoi ? A quoi tu joues, au juste ?

Cette foultitude de révélations improbables commençaient à lui peser. Ce type en savait beaucoup, beaucoup trop : et, d'un autre côté, il faisait montre d'une générosité douteuse, a fortiori lorsqu'on était habitués aux traquenards de Trader. Pourquoi voulait-il à ce point paraître sympathique aux yeux de Lester ? Une rentrée d'argent régulière, d'ailleurs, était certes un cadeau de valeur pour l'Empire de la pègre naissant que le maudit constituait... Mais ce n'était en l'état absolument plus sa priorité. Pour disposer d'une meilleure force de frappe quant à la vente de produits stupéfiants sur cette île cauchemardesque, il lui fallait à tout prix évincer l'autre pute. Or, ce n'était pas en éliminant ses potentiels contacts qu'il allait y parvenir... Quelque chose était louche. Ce type souhaitait-il double Drugdil et Jon en tant que potentiel contact fiable aux yeux du Roi du Sable ? Si tel était le cas, son entrée en matière était certes remarquable, mais toutefois des plus maladroites : il n'invitait son interlocuteur qu'à opter pour davantage de méfiance.

-Encore plus vite, alors. Je sais que vous voulez liquider Gisèle et je n'ai aucune raison de vous empêcher d'y parvenir. Au contraire. Vous avez butté Laïos : cool. Ce type était un tocard. Pendant ce temps, j'ai butté Jon. Paf, vous avez deux rivaux en moins. Il en reste un : Drugdil. C'est lui, votre contact. C'est lui qui vous aidera à liquider Gisèle. Comme preuve de bonne foi, je vous file l'un des commerces de Jon. Vous voyez ? Vous n'avez rien à perdre.
-Ouais mais... Toi, t'as quoi à y gagner ? C'est quoi, ton objectif, pour agir comme ça ?

Il était trop pragmatique pour tomber dans une telle combine sans adresser à son vis-à-vis la moindre interrogation. C'était de la prudence, à ce stade, plus que de la paranoïa. D'aucuns auraient pris ce qu'on leur tendait sans poser la moindre question : ceux-là, le Sheerin les aurait volontiers insulté d'inconscients. Laisser se volatiliser ce sale type dans la nature, en possession de tels renseignements, sans chercher à en savoir davantage sur lui et sur ses desseins ? Ce n'était que folie. Non, pour l'heure, il ne savait absolument rien de ce foutu bougre et cela avait toute les raisons du monde de l'inquiéter. Plus le temps passait, plus les surprises se succédaient et moins il était finalement improbable que ce gamin soit lié à Gisèle, de près ou de loin. Restait à savoir s'il était du côté de la pouffiasse, s'il était de celui du logia... Ou s'il servait ses propres intérêts, sans se soucier réellement du vainqueur de cette rixe à venir.

-Pareil à votre réputation, hein... Morgan et Neaverson. Deux types que vous avez butté. Vous savez pour qui ils bossaient ?
-Non, justement. J'aurais bien aimé le découvrir.
-Et bien, moins, je le sais. Pour un sale connard prétentieux et trouillard. Je n'arriverai pas à le supprimer seul, mais avec votre aide, si vous avez évincé Gisèle... Ce sera un jeu d'enfant. Voilà ce qu'on dit, du coup : vous rencontrez Drugdil, vous faîtes un pacte, vous liquidez Gisèle, vous prenez sa place, on butte le fumier et on se dit au revoir. Tout roule ?
-Quelle garantie ?
-Quelle garantie de quoi ?
-T'as quelle garantie quant au fait que je chercherai pas à t'enculer une fois l'autre truie éventrée, au juste ?

Il avait retourné la problématique et son interlocuteur demeura là, abasourdi, bouche bée et les yeux ronds, pendant une poignée de secondes. S'il s'attendait évidemment à ce que Lester demande une garantie pour lui, pour assurer sa propre sécurité et celle de ses commerces, voilà qu'il retournait totalement le souci et qu'il renvoyait la balle à son homologue criminel. La question demeurait de taille et, effectivement, il était compliqué d'y répondre : pourtant, elle soulevait un vrai pépin de fond. Si le Sheerin n'offrait à son nouveau partenaire aucune garantie de sincérité, ce nouveau partenaire ne pouvait pas lui faire confiance, n'avait aucune raison de le croire sur parole. Par extension, s'il ne le croyait pas aveuglément, il n'avait aucune raison de le croire non plus : le serpent tendait donc à se mordre la queue et, une fois engagés dans ce cercle vicieux de la défiance, ils n'auraient plus la moindre chance de s'en tirer à bon compte. Finalement, après un instant de réflexion, le garnement prit la parole afin de répondre au scepticisme raisonnable et rationnel de son aîné.

-Je sais que vos cibles n'étaient pas Neaverson et Morgan, mais leur boss. Ne me demandez pas comment je le sais. Cela n'a aucune importance. Simplement, partez du principe que je sais que si vous fumez Gisèle, vous le fumerez aussi. Ça me suffit amplement, même si vous me refroidissez au passage. Alors, si je peux vous aider à le butter, c'est tout bénéf'.
-Toi... Toi, j't'aime bien.

Il était sur écoute. C'était de plus en plus évident. Ce garnement l'espionnait, et ce depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Gisèle, Neaverson et Morgan, Laïos... Que savait-il d'autre, au juste ? C'était difficile à estimer, mais plus cette conversation s'égrénait et plus le mafieux se rendait compte de la situation précaire dans laquelle il se trouvait. Dans l'idée, son homologue et lui venaient de conclure un pacte : dans les faits, il était victime de chantage. Quel autre choix que celui d'accepter avait-il ? S'il refusait, quelles en seraient les conséquences ? Elles pouvaient s'avérer désastreuses quant à la suite de ses aventures sur South Blue... Il ne pouvait pas s'y résoudre. Un grognement plus tard, il tira une nouvelle bouffée de tabac sur sa pipe et offrit sa réponse à l'inconnu qui lui faisait face.

-Bien, marché conclu... Ton nom ?
-Peu importe mon nom.
-Tu te la joues mystérieux, hein...
-Ouais, ça contribue à me donner un style.
-A qui le dis-tu...
-A vous.
-... Fais attention, garçon. J'ai déjà un acolyte qui verse généreusement dans l'humour de merde, et c'est bien assez ainsi.
-Bien. Je tâcherai de m'en souvenir. Bonne soirée, dans ce cas. Je reviendrai vers vous lorsque... La truie aura été égorgée.
-Et poétique avec ça. Bien. Restons-en là.

D'un geste lent, l'homme aux dreadlocks s'empara de la mallette qui n'avait pas bougée depuis sa chute et se redressa, remarquant d'un coup d'un seul que son interlocuteur avait brusquement disparu. Il fronça ses sourcils, l'air suspicieux, puis se contenta de hausser les épaules. Ce type nimbé de secrets finirait tôt ou tard par lui en révéler davantage... De gré ou de force. En l'attente de cet instant, il devait se focaliser sur le reste de cette petite et sordide affaire : la rencontre avec Drugdil Eur, l'établissement de termes équitables pour leur petite entraide, et la mise-à-mort de l'autre salope pour finir tout ceci sur un bouquet final des plus chatoyants.
Il avait déjà hâte.  

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PS : Le Blanko.

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-Installez-vous, monsieur Sheerin. Vous prendrez bien un verre de whisky, puisque vous êtes là ? Je ne saurais recevoir quelqu'un en mon humble demeure sans lui offrir de quoi se rafraîchir. L'air de Trader est sec, plus qu'il n'y paraît.
-L'aridité est le cadet de mes soucis mais... Soit, prenons un verre.

Sheerin Lester prit place face à son interlocuteur en s'engonçant dans un épais fauteuil de cuir luxueux et confortable, souriant avec amusement face à l'usage pour le moins curieux que son interlocuteur avait fait du mot humble. Partout où il orientait son regard, il trouvait une décoration fournie, choisie avec goût, dans des tons sombres et sévères, faste sans tomber dans l'outrance. Drugdil Eur n'était peut-être pas le plus influent des commerçants de Trader mais il entrait sans nul doute dans le panthéon de ceux qui étaient les plus habiles dans le domaine de l'esthétisme. Et il avait, de surcroît, un fameux sens de l'hospitalité, qui aurait dû inspirer bon nombre de ses rivaux et concurrents... Portant à ses lèvres le délectable breuvage dont on l'arrosait déjà, le mafieux prit son temps afin d'en admirer la finesse et la puissance. Un goût profond, sec, s'insinua le long de sa langue et de son palais : tourbé, à l'évidence. Le milieu de bouche, plus en douceur, révéla finalement une note très légèrement fruitée... Pour ne laisser place qu'à une amertume discrète, en fin de compte. Le hors-la-loi aux dreadlocks en frémit, l'espace d'un instant, puis prit la parole avant de se voir compléter par son hôte, décidément homme de goût.

-Tourbé, sec, fruité... Vieilli en fût d'eau de vie, peut-être ? Plusieurs années, en tout cas...  
-Exact. C'est un Ridley West, une bouteille vieille d'une trentaine d'année, d'une valeur... Pratiquement inestimable. Vous êtes connaisseur ? L’œnologie vous passionne, peut-être ?
-Du tout. J'aime simplement prendre des cuites. Et puisque j'en ai les moyens, autant m'accoutumer à de l'alcool de bourges.
-Vous n'êtes pas œnologue mais au moins, vous êtes honnête.

Un rire franc sortit de la gorge déployée du vieil homme soigné qui, à son tour, apprécia une gorgée de whisky sans masquer son contentement. Il semblait être capable de se délecter de ce type d'occasions, selon toute vraisemblance : et l'ambiance tranchait singulièrement avec elle qui avait régné au cours de l'échange avec Laïos l'Inculte... Ce qui prouvait que le vieil homme et le gamin prétentieux n'étaient pas faits dans le même bois. Le garnement que Lester avait éliminé était trop jeune, trop inexpérimenté, trop fougueux pourtant. Il estimait que le monde lui souriait, qu'il le posséderait tôt ou tard, qu'il toiserait quiconque croiserait sa route d'un regard altier et suprême, que nul n'oserait finalement se dresser sur sa route... Il s'était planté, et en beauté. Tant et si bien qu'il n'aurait jamais plus l'opportunité de commettre une erreur. Mais Drugdil Eur... Drugdil Eur renvoyait une toute autre image de lui-même. Et cette image n'avait pas manqué de placer le Roi du Sable dans l'inconfort à l'instant même où leurs regards s'étaient croisés, après qu'on lui eut ouvert sans discutailler les portes du manoir de ce trafiquant d'art. Il n'aurait pas le dessus. Il était des moments où une intuition versait tellement dans la certitude qu'il fallait la prendre en compte : il n'était pas de taille à outrepasser ce type de personnage singulier en combat labial. Drugdil renvoyait l'image d'un homme qui, toute son existence durant, s'était cantonné à l'humilité et à l'apprentissage le plus attentif : il s'était sans nul doute enveloppé d'une kyrielle de personnages hauts-en-couleur, desquels il avait pu apprendre goulûment, afin de devenir pareil au whisky qu'il venait de servir à son invité. Puissant, raffiné, et sucré à la fois... Un exploit. Rares étaient ceux qui, d'une manière ou d'une autre, parvenaient à ce point à faire bonne impression aux mirettes du logia du sable, et ce dès leur première rencontre. A ce titre, il avait conscience qu'il n'avait a minima pas perdu de temps en se présentant ici : il en aurait pour son argent.

-Venons-en au fait. Pourquoi êtes-vous là, monsieur Sheerin ? Non pas que votre présence me déplaise ou m'incommode. J'étais convaincu que nous finirions par nous rencontrer. Je ne suis guère l'entrepreneur le plus discret des parages, voyez-vous : pour autant, je ne supposais pas que vous franchiriez les portes de mon établissement de vous-même... Et surtout aussi promptement.
-Pour être franc, il y a une semaine, je ne pensais pas moi-même que je viendrais foutre les pieds ici avant belle lurette. Mais les choses changent. Les projets évoluent et se précisent.
-Les projets... Comme l'éviction de Gisèle, vous voulez dire ?
-Putain, mais c'est un secret pour personne ou quoi ?

Une nouvelle fois, le rire clair de son hôte retentit et une nouvelle fois, Lester eut la désagréable sensation d'être en situation d'infériorité, sur le plan de la psychologie. C'était comme si son interlocuteur s'attendait à entendre prononcer la moindre des phrases qui franchissaient le seuil de ses lèvres, à la syllabe près... C'était déroutant, mais cela fut bientôt fortement nuancé par l'échange auquel ils se livrèrent ensuite. Le Sheerin comprit qu'il n'était pas totalement prévisible, et qu'il disposait encore de quelques atouts susceptibles de désarçonner son interlocuteur... Même s'il ne menait clairement pas la danse, en l'occurrence.

-Tout le monde s'en doute. Gisèle finira par être éliminée par l'un de ses subordonnés. Parce que c'est ainsi que le triste monde du commerce noir est régit. Vous régnez en maîtres absolus... Jusqu'à ce que l'un de vos plus fidèles vassaux parvienne enfin à vous doubler.
-Vous ne vous incluez pas dans cette description ?
-Non. Mes activités ne sont certes pas toutes vertueuses, mais je suis loin, très loin de pouvoir me vanter d'être aussi entaché que vous par le manque de scrupules et d'empathie.
-Vous l'assumez moins que nous. C'est notre seule différence.

Cette fois-ci, Drugdil Eur se contenta d'un rictus coincé tandis que Lester affichait ostensiblement un sourire sardonique. C'étaient le genre de piques qu'il aimait dispenser à ceux qui le prenaient de haut : d'autant plus qu'il savait pertinemment qu'il avait taper juste. Il ne connaissait pas totalement le passé de son vis-à-vis, mais ce qu'il en savait lui suffisait amplement à comprendre qu'il n'avait pas affaire à un saint... Et c'était par ailleurs en majeure partie pour cela qu'il se trouvait devant lui. Chercher à doubler Gisèle en ayant recours à une grenouille de bénitier lui semblait terriblement stupide, à moins de manipuler ladite grenouille de telle sorte qu'elle soit convaincue d'agir par et pour le bien commun... Le trafiquant d'art lui tenant tête ne faisait ni partie des naïfs idéalistes qui se refusaient à agir mal, ni partie des abrutis qu'il pouvait mener à la baguette aisément. C'étaient au moins deux raisons qui en faisaient un excellent allié pour l'entreprise périlleuse qu'il voulait mettre sur pieds : il avait besoin de collègues malins pour venir à bout des lieutenants de Gisèle... Pas d'ahuris dotés de gros bras et de cervelles chétives. Laïos et son gros lard avaient après tout prouvé que la force ne signifiait pas le salut...

-Mais vous venez tout juste d'arriver sur Trader. De combien de commerces disposez-vous ? Deux, trois ? Combien de millions vous permettent-ils de brasser, chaque mois, sans compter la part qui revient à vos emplois ou à l'entretien de vos locaux ? Des millions ? Des dizaines de millions ? Vous n'êtes encore qu'un petit poisson, monsieur Sheerin. Vous n'avez pas idée du guêpier dans lequel vous venez de planter vos pieds.  
-J'en ai une idée plus précise que vous ne semblez le croire. J'ai grandi ici. Dans la fange... Et dans l'or.
-J'en ai entendu parler. Fils de pute, et de dealer local... Enfin, dealer. De commanditaire, plutôt. J'aimerais dire que vous ressemblez plus à votre père qu'à votre mère : malheureusement, je ne les ai pas connu, ni l'un ni l'autre.
-Et ce serait la meilleure méthode pour m'offenser, donc c'est un heureux hasard.
-Histoire familiale pénible à porter... Tristement fréquent, dans le coin. Enfin, revenons à nos moutons. J'ai entendu dire que vous aviez à votre service un ancien larbin de Gisèle. Il nous sera utile, je présume.
-Pardon ?
-Oh... Attendez... Vous ne pensiez tout de même pas que j'aurais peur qu'il soit une taupe, si ? Bon dieu, monsieur Sheerin, je ne suis pas aussi simplet.

L'air abasourdi de Lester lui valut un nouveau rire à demi-moqueur de la part de son interlocuteur : et il comprit effectivement, la seconde suivante, qu'il avait affaire à quelqu'un dont la sagesse dépassait très allègrement celle de Laïos. Ce putain d'inculte méritait effectivement son surnom, au regard des autres crapules qui habitaient Trader...

-Admettons que votre serviteur soit une taupe. Sur qui la colère de Gisèle s'abattrait-elle en premier temps ? Sur qui se serait-elle d'ailleurs déjà abattue, avant même que vous n'ayez l'opportunité de rentrer en contact avec moi ? Je gage qu'il était au courant de vos velléités avant que vous n'ayez seulement songé à moi. Est-ce que je me trompe ? 
-Non, mais...
-Laissez-moi finir. Si votre homme est une taupe, c'est vous qui êtes menacé le premier. Pas moi. Et j'ai des contacts. Pas suffisants pour éliminer Gisèle, pour sûr, mais suffisants pour assurer ma propre sécurité tant que je ne me mouille pas trop les mains. C'est ainsi qu'est régi Trader. Si votre homme est effectivement une taupe, il vous doublera et vous finirez dans un caniveau, la cervelle trouée. Ma vie continuera, quant à elle, paisible, jusqu'à ce que je me décide enfin à m'acheter une petite retraite sereine, loin de toute cette agitation nauséabonde. Et vous êtes un homme mesuré. Éclairé, oserais-je même dire. Si vous faîtes confiance à votre homme, c'est que vous avez certainement une bonne raison de ne pas le craindre. Ce qui me donne une bonne raison de vous faire confiance, à vous comme à lui. Vous suivez mon raisonnement ? 
-Oui, mais il a une faille, et imposante. Qu'en serait-il si j'étais bel et bien du côté de Gisèle, au même titre que mon homme ? Si tout ceci n'était qu'un traquenard pour vous piéger vous ?

Drugdil Eur, les yeux ronds, demeura stupéfait tandis qu'il dévisageait le Roi du Sable, abasourdi. Ce dernier, pas peu fier de son petit effet, porta à nouveau le verre à sa bouche afin de s'y humecter les lèvres : il faillit se renverser l'inestimable breuvage sur le torse lorsque le vieil homme repartit dans un fou-rire dont l'intensité outrepassait et de très loin tous ceux auxquels il s'était livré jusqu'à présent. Il ne put finalement le réprimer qu'à grand peine, une dizaine de secondes plus tard, en se tenant les côtes et en s'époussetant la commissure des yeux avec un mouchoir de tissu noir et mauve, aussi sobre que sa tenue de velours : puis il s'exprima en des termes tranchants, plus secs que le whisky que Lester avait progressivement appris à apprécier pleinement.

-Vous ? Un homme de main de Gisèle ? Dois-je le répéter ? Vous possédez deux, ou trois commerces. Vous brassez... Quarante ? Cinquante millions de berrys, chaque mois ? Pas plus. Votre Empire est encore risible, monsieur Sheerin. Si Gisèle voulait abattre ses opposants, elle aurait recours à un partenaire qui, à leurs yeux, serait plus attractif. Gisèle n'est pas sotte. Elle est simplement moins maligne que moi. Admettez-le, mon raisonnement se tient. Je suis un vieux renard : et une poule, milliardaire ou pas, reste une poule.
-Je... présume que ça se tient, oui.

Bon sang, il n'aimait pas cette position. L'homme aux dreadlocks fulminait, même s'il n'en montrait rien. Il avait l'impression d'être un enfant, d'être infantilisé, d'une manière même involontaire de la part de son interlocuteur : et c'était d'autant plus infamant. Passer de Laïos à ce type d'orateur, c'était un grand écart qu'il avait du mal à accuser totalement... Il laissa encore quelques secondes à son interlocuteur pour que ce dernier retrouve enfin un rythme cardiaque et pulmonaire stable, régulier : finalement, il lui posa la question fatidique, même s'il s'attendait par avance à la réponse qu'on allait lui expédier.

-J'ai donc votre concours ?
-Pour sûr. Je n'ai aucune raison de refuser. Et j'en ai un certain nombre d'accepter. De surcroît, nous ne luttons pas dans les mêmes catégories : si vous me promettez d'acheter quelques unes des œuvres qui transitent par mes entrepôts, je suis gagnant deux fois.
-Très bien. J'y ferai ma sélection... Quand la garce ne sera plus.
-J'y compte bien. Oh, emmenez la bouteille avec vous. Mes hommages à vos hommes d'armes. Qu'ils en profitent, eux aussi. Quelques uns risquent d'y laisser leur peau.
-Quoi, c'est tout ? Vous ne voulez pas discuter des modalités ?
-Pas maintenant, et pas ici. Nous aurons d'autres occasions pour ce faire. Partons du principe que l'affaire est temporairement entendue : quant à l'élimination de Gisèle, j'imagine qu'elle n'est pas pressante au point de ne pas pouvoir souffrir d'une attente de quelques jours, si ?
-Non. Vous avez raison. Dans ce cas... je prends congé.
-A bientôt, monsieur Sheerin. Merci pour votre visite.

Il se décida sans trop hésiter à quitter la compagnie déstabilisante de ce charismatique vieillard mais, au moment d'enjamber le pas de la porte, marqua finalement un arrêt. Oh, ils n'étaient plus à une question près, après tout... D'une voix ferme et posée, il prononça donc son interrogation tout en tirant sa pipe de l'une des poches de son manteau, y fourrant du tabac avec un désintérêt machinal.

-Au fait... Un jeune homme, la vingtaine, un peu plus petit que moi, plus filiforme, cheveux en bataille tirant sur le verdâtre, bagues, bracelets, collier et piercings à l'oreille droite, ça vous dit quelque chose ?
-Vous m'en voyez navré mais j'ai bien peur de ne pouvoir répondre par l'affirmative. Je n'ai jamais croisé pareil individu.
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