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 La vie et la mort de la pétillante Evyl Queen ! [Terminée]

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Elliot Capone
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Elliot Capone
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MessageSujet: La vie et la mort de la pétillante Evyl Queen ! [Terminée]   La vie et la mort de la pétillante Evyl Queen ! [Terminée] Icon_minitimeJeu 8 Avr - 11:39

Evangeline "Evyl" Queen

Nom : Queen
Prénom : Evyl
Surnom : Little Monster, Evangeline (ancien prénom)

Âge : 24 ans
Sexe : Femme
Race : Femme-ressuscitée (Yomi Yomi no mi)

Lieu de naissance : West Blue, Mango Punch
Camp : Civil... pour l'instant !
Métier : Archéologue

FDD/Capacité : Yomi Yomi no mi & Retour à la vie (Cheveux)

Équipage : Aucun... pour l'instant ! Ou pas ?

But/Rêve : Découvrir tous les secrets du monde/Vivre plus de 5000 ans.

Description Physique

Blonde. Yeux gris. Fin. Non ? Bon d'accord je vais développer un peu ça va… alors qu'est-ce que vous voulez savoir au juste ? QUOI ?! TOUT CA ?! Je démissionne ! Je ne travaille pas ici ? Ah oui c'est vrai, bon et bien il ne me reste plus qu'à vous parler de cette blonde aux yeux gris alors…

Par où commencer ? Les pieds ? Vous êtes bizarre vous… bref, commençons par la base : Evyl mesure approximativement 179 centimètres pour environs 64 kilogrammes, ce n'est pas à une louche près tout ça. Comme vous l'aurez compris si vous visualisez un peu la bestiole, c'est une jeune femme assez grande et à la taille fine. Belle ? Oui, c'est une jolie blonde aux yeux sombres, mais dont le teint pâle fait parfois peur à voir, heureusement qu'elle utilise un peu de maquillage.
Evyl est ce qu'on appelle communément un zombie – un mort revenu d'outre-tombe tout à fait. Impossible dites-vous ? Rien n'est impossible sur les mers ! En réalité elle a mangé un Fruit du Démon, sans savoir qu'elle le mangeait. Le fruit en question ne lui a donné aucun pouvoir sur le coup et puis au moment de sa mort elle s'est retrouvée environs six mois dans les abysses, autant dire que ça n'aide pas pour garder le teint. Evyl le vit plutôt bien et puis les morts gardent une ligne parfaite !
Et sinon ? Sinon elle a les traits fins, un grand et joli sourire, sans oublier des yeux pétillants de curiosité. Le visage d'Evyl exprime toutes sortes d'émotions et parfois en très peu de temps. Capable de passer des rires aux larmes, c'est une véritable tornade blonde. La mort n'a eu aucun effet sur l'énergie qu'elle peut déployer quand elle est heureuse ou malheureuse. Tout se voit sur son visage finement dessiné et au fond de ses grands yeux gris.
Évidemment la non-mort ne donne pas que le teint pâle, Evyl n'a plus d'organes vitaux, alors inutile de vous inquiétez si vous ne sentez pas son pou ou aucune chaleur corporel. Par exemple pour vous réchauffer la nuit, c'est mort. D'ailleurs c'est à vos risques et périls, mais on y reviendra plus tard. Au moins elle n'a pas fini en squelette ou pire encore, elle est un peu maigre et ses doigts sont si fins qu'ils semblent cassants, mais elle est en pleine forme. Une vraie zombie de série TV… mais si vous savez cette série là… quoi ? On s'en fout ? Oh ok, excusez-moi de vouloir vous instruire !
Le maquillage, la jolie coiffure, ça ne fait pas tout. Evyl a peut-être passé les premières années de sa vie dans la rue, elle par la suite eut une vie bien plus agréable et elle s'habille de façon assez sobre et classe. Veste rouge, nœud papillon (et vraiment en forme de papillon ! Mais il ne s'envole pas celui-là…) et bien sûr un pantalon noir moulant. La non-mort lui permet de garder une silhouette de mannequin, autant en profiter pour mettre tout ça en valeur. Pour le reste on retrouve des bottines noire et blanche de chez… non je plaisante, je n'en sais rien d'où elles viennent moi, je ne suis pas fashionista.

Bon, on a fait le tour non ? Je ne vois pas ce que je pourrais oublier… pas de tatouages… ni de… ah mais si ! Une cicatrice ! J'imagine que lorsqu'on parle de physique c'est important de dire qu'Evyl a un trou dans le cœur ? Littéralement ! Et dans tout le corps bien sûr, mais c'est une longue, très longue, vraiment très longue histoire et donc je vais vous passer les détails. Voilà je pense qu'on a fait le tour du personnage. Pour faire un peu de volume je pourrais vous dire qu'elle a un petit nez fin, une dentition parfaite (et inquiétante avec des incisives prononcées) ou encore qu'elle attache ses longs cheveux au plus bas, mais je vais vous passer ces détails ennuyeux et ne pas vous en parler.
Tout ce que vous avez besoin de savoir c'est que cette petite, sous ses airs de poupée de porcelaine coquette, vous surprendra sur plus d'un point ! Vous savez ce qu'on dit : méfiez vous de l'eau qui dort ? Quelque chose dans ce goût là… non, je ne cherche pas à faire du volume ! Pour qui me prenez-vous ? Je suis scandalisé ! Je… bon ok, je voulais faire du volume, j'arrête là pour le physique…

Description Mental

Encore vous ? Non mais vous êtes partout ce n'est pas possible ! C'est quoi l'histoire, ça ne vous a pas suffit le physique ? On en veut plus ? Rholololo les gros lourds ! Puis après vous allez me dire que le mental c'est aussi important que le physique blablah blah… non, mais je vous jure, on ne va pas être copains moi je vous le dis. Quoi ? Oui je parle trop et alors ? C'est vous aussi là qui voulez tout savoir sur tout… non, mais trop gavé là… Ok je plaisante, en avant Gaëtan ! (Oui je fais dans la rime aussi, je suis multiplateforme moi)

Pour rester dans le thème on va ramener quelques morts à la vie ! Et vous spoil un peu en passant… mais ce n'est pas grave ça, vous n'allez pas en mourir. Vous avez compris ? Non ? Mourir… ramener les morts à la vie… laissez tomber.

Premier invité pour nous parler d'Evyl : Sœur Constance !
"Tout le monde à une couleur qui définie sa psyché, mais Evangeline elle… quand je l'ai rencontré c'était comme à assister à une explosion de couleurs ! Un véritable arc-en-ciel ! C'est certainement le signe d'une personnalité haute en couleur et explosive, il est difficile de la suivre parfois. À la fois charmante et gentille, elle fait tourner les têtes partout où elle passe, mais gare à vous si vous la trahissez."

Pas mal… bizarre, mais pas mal… second invité : Herald Queen.
"Evangeline c'est tout à la fois. Un démon, un ange, on pourrait la côtoyer pendant des années sans jamais parvenir à la cerner. Chaque fois qu'on pense la connaitre elle nous surprend avec une nouvelle facette de sa personnalité. C'est aussi ce qui la rend si attachante, qu'on l'aime ou qu'on la déteste il est impossible de ne pas la voir. Attention tout de même, Evangeline est comme un brasier, magnifique et dangereuse, mais si vous vous approchez de trop près vous risquez de vous brûler. Depuis toute petite elle a un sacré caractère et la non-mort n'a rien arrangé de ce côté-là."

Voilà ! Là on a du détail ! Suivant : Oscar.
"Je n'ai jamais vu une jeune femme aussi curieuse et passionnée, elle a une telle soif de connaissance que ça me donne le vertige. Evangeline ne cherche pas à tout savoir pour être la plus maligne, non, plutôt pour répondre aux millions de questions qui tournent inlassablement dans sa tête. C'est certainement les conséquences d'un grand génie… ou alors d'une certaine folie. L'un est indissociable de l'autre, après tout derrière chaque génie il y a un grain de folie. Lorsqu'on l'entend vouloir découvrir tous les secrets de ce monde ça peut paraitre fou, mais si je devais miser une pièce sur quelqu'un ce serait elle. Brillante, charmante et curieuse, Evangeline a tout pour surprendre tout le monde. Toujours là où on ne l'attend pas, alors que personne ne la voit venir."

Profond et plein de sagesse… un dernier pour la route ? Dernier invité : Octavia.
"Evangeline… je pense que ça a été assez dit, c'est une jeune femme pétillante et difficile à suivre, mais c'est aussi une personne fragile et sensible. Éternelle romantique que l'amour a toujours déçue, elle garde malgré toutes ses mésaventures amoureuses un optimisme à toutes épreuves. C'est vrai dans tous les aspects de sa personnalité. La vie ne lui a pas fait de cadeaux, elle a terriblement souffert de son passé et elle aurait pu abandonner, mais jamais elle n'a cédé, au contraire elle a continué à se battre. La mort lui a offert une seconde chance et ça ne m'étonne pas, elle la mérite plus que n'importe qui. Le monde a besoin d'Evangeline, peut-être voudriez-vous la tuer, la recruter ou je ne sais quoi encore, mais elle apporte une étonnante folie douce à ce monde qui manque cruellement d'humour parfois."

Émouvant ! Bon, vous l'aurez compris après cette petite séance de vaudou improvisée, Evangeline est un personnage surprenant et détonnant. Vous pouvez essayer de la suivre, mais c'est à vos risques et profits. Les bons côtés comme les mauvais côtés, tout est exacerbé chez cette jolie blonde. Brillante, curieuse et haute en couleurs, voilà ce qu'il faut retenir. Bien sûr on pourrait aussi citer son état émotionnel complètement ravagé par la vie et la mort, accentué par une non-mort encore récente. Certainement qu'on pourrait aussi souligner cette étrange incapacité lorsqu'il s'agit de trouver sa place… après tout, même la mort n'a pas voulu de cette petite ! Evangeline c'est un arc-en-ciel de couleurs, astucieusement brillante et diablement cinglée, elle ne laisse personne indifférent. La mort à bien fait de se refuser à elle, parce que nous on veut la voir sur les mers ! Gardez un œil sur cette tornade blonde, mon petit doigt me dit qu'elle n'a pas fini de faire parler d'elle…

Histoire 1/4

Toutes les histoires d'amour finissent mal en général, si c'est la chanson qui le dit après tout qui suis-je pour en douter ? Personne, mais j'aime à croire que quelque part quelqu'un vit une belle histoire pleine de paillettes. Au fond je ne suis qu'une éternelle romantique. Pourtant je pourrais vous en raconter des histoires qui se terminent mal. Trahison, rupture douloureuse et autres joyeuseries comme le destin ou le karma.

— Oh non Evyl raconte nous une belle histoire.
— Bon ok, si vous insistez… quoi ? C'était ma voix ? Non c'est même pas vrai d'abord !


Une belle histoire… oh oui je sais il y a cette fille, une éternelle romantique comme moi. Coïncidence, moi je collectionne les cadavres dans le placard plutôt que les jolies roses. Enfin ce n'est pas de vrais cadavres… si ? Peut-être ou peut-être pas, il n'y a pas prescription après la mort ? Ou quelque chose comme ça. Bref ce n'est pas de moi dont il s'agit je vous rassure, ce serait vraiment narcissique de ma part. Pour cette histoire vous aurez droit à de la passion, un peu d'humour et aussi quelques drames, mais surtout beaucoup d'amour, alors ? Vous embarquez ? Tchou tchou ! C'est parti pour le train de l'amour !


… parce qu'il faut bien commencer quelque part : Chapitre 1.

Le décor de cette histoire est un archipel coloré sur West Blue, Mango Punch. Étonnamment épargnée par les conflits d'envergures que l'on retrouve partout ailleurs, West Blue demeure malgré tout une mer sous l'autorité de la Marine. Un peu de politique, comme si on n'en avait pas assez avec tout ce qui se passe sur les Seas Blues et au-delà. Mango Punch, simplement Mango pour les intimes, est un petit groupement d'îles fruité et coloré. Dix mois sur douze on y trouve des fruits sucrés, acidulés et parfois même les deux. Une grande partie est destinée à l'exportation et participe à l'essor de cet archipel, mais ils servent aussi aux délicieux cocktails de l'île. Laissez-vous emporter par la fièvre fruitée et c'est la gueule de bois assurée le lendemain matin. Ensuite vous vous retrouvez dans le lit d'inconnus et… quoi ? Je vous fais un petit guide touristique ! Bien, passons à la suite…
Les Familles King et Queen dirigent l'archipel, amusant non ? Pourtant elles non rien de royales puisque les King étaient avant tout des marchands itinérants. Il y a de cela plusieurs siècles ils sillonnaient les recoins perdus pour dénicher les denrées les plus rares, achetées une misère ils les revendaient une fortune. Un sens inné des affaires que les générations suivantes ont entretenues évidemment. Bien sûr les Berrys c'était une chose, mais les voyages étaient couteux et éreintants, trop pour être rentables sur le long terme. La clientèle des King voulait toujours plus d'exotisme. Face à un marché sur le déclin ils ont abandonné leur vie sur les mers pour la sédentarité. Mango Punch n'était alors qu'une jungle luxuriante et sauvage, un endroit idéal pour poursuivre les affaires. Peut-être est-ce le climat automnal de West Blue ou simplement l'île, mais on trouvait de nombreuses variétés de fruits exotiques. L'or coloré comme les King aimait à l'appeler et ce n'était pas exagéré.
Simple comptoir qui accueillait clients et touristes, Mango Punch connaissait des débuts difficiles. West Blue n'était hélas pas la mer dont tout le monde rêvait, cependant elle avait un certain potentiel caché. C'est la famille Queen qui le révéla, une simple association commerciale qui se transformera quelques années plus tard en lien durable. Histoire d'amour classique : rivalité, association et finalement mariage. Quelle rivalité ? Oups, c'est vrai. King et Queen étaient rivaux sur les mers, mais avec l'installation des King sur Mango ça laissait le champ libre au Queen. Sauf qu'à leur tour ces derniers ne parvinrent plus à fournir leurs clients. Deux méthodes diamétralement opposées, mais qui réunies firent le succès de Mango Punch. Les contacts de chacun mis sur la table, c'est bientôt tout West Blue qui se précipitait sur l'archipel. Attirant par la même occasion le regard de la Marine, parvenant à installer une petite caserne – un plan retraite au soleil en somme. La réussite était telle que King et Queen durent sceller leur entente par un accord commercial, accord encore présent des décénies plus tard.

Le cours d'histoire terminé, passons maintenant à notre principale protagoniste. Seulement âgée de huit ans aux prémices de son aventure, notre héroïne entre en scène plusieurs siècles après ce succès retentissant. Mango Punch est devenu un archipel fleurissant et a fait la réussite des familles King et Queen. Pendant longtemps on a vanté à travers toutes les mers l'excellence des fruits de Mango Punch. Au grand dam de ses dirigeants, tout est retombé depuis une vingtaine d'années. Les routes commerciales avec Gand Line et le Nouveau Monde ont grandement ralentis l'engouement pour les fruits exotiques, mais pas pour le tourisme. Le "jour des récoltes" par exemple voyaient affluer chaque années plusieurs centaines de personnes en ville. Un jour que notre jeune protagoniste ne voulait louper pour rien au monde… au fait, comment elle s'appelait cette petite ? Ah oui, je sais ! Evangeline ! Quoi ? Non je n'invente pas un nom comme ça, je vous assure qu'elle a existé… un jour… quelque part… ou pas ? Bref, Evangeline !
Rouge, jaune, orange, le canal qui traversait la ville se remplissait de toutes les couleurs de la création – oui bon peut-être pas toutes. Depuis les jungles de l'île les fruits récoltés étaient jetés dans le canal, menant ainsi les récoltes jusqu'au port de la ville. Un spectacle à couper le souffle c'est vrai, mais c'était aussi et surtout un gain de temps pour les travailleurs. Les fruits arrivaient lavés et prêts à être emballés pour le transport. Pour dynamiser ce jour spécial il y avait des étales tout le long du canal, les marchands décoraient même leurs devantures de piñatas colorées. Une tradition purement marketing évidemment. Tout était fait pour attirer les touristes, comme les danseurs et jongleurs disséminés à des endroits stratégiques. Certains visiteurs venaient de loin et ce n'était pas seulement pour la beauté du spectacle. Au contraire de notre petite Evangeline qui quant à elle n'avait que ses yeux pour profiter. Toute menue la petite blonde se frayait un chemin à travers la foule pour être aux premières loges. Encore cette année c'est tout ce qu'elle pouvait espérer. Derrières les couleurs vives et la fête se cache le gouffre qui sépare les riches et les pauvres. Evangeline n'est pas née dans une famille de marchands ou parmi la "noblesse" de l'île, non, plutôt sous un carton près d'un caniveau. Enfin pour en être sûr il faudrait qu'elle ait connu ses parents, au lieu de ça elle se contente d'imaginer les pires scénarios. Triste ? Désolée, mais la vie c'est ça : une catin qui vous attache au lit et se tire avec votre fric. Et non ce n'est pas du tout une expérience personnelle.
Un endroit pareil pour les touristes c'est le paradis, beaucoup d'entre eux s'imagineraient bien couler des jours heureux dans un endroit aussi paradisiaque. Seulement, pendant la Fête des Fruits ou les périodes de grande affluence, on ne voit pas l'envers du décor. Pendant que petits et grands profitent du spectacle, les travailleurs eux se ruinent la santé pour une misère. Une main d'œuvre en abondance pour trois fois rien, voilà le nouveau bisness des dirigeants. Bien sûr ces méthodes ne sont pas au goût de tout le monde et pas seulement en ville. Les King tiennent Mango d'une main de fer, tandis que les Queen se sont peu à peu retiré des affaires. L'accord signé par leurs ancêtres leur assure des années de prospérité. C'est bien suffisant pour l'héritier des Queen, Herald, un homme foncièrement bon, mais qui ne se voit pas pour autant renoncer à ses privilèges. Valeurs loin d'être partagés par son épouse Ruby qui tient à cette vie et en veut toujours plus. Fille d'un marchand respecté, c'est aussi une femme d'une grande beauté. Certains se sont même demandés ce qu'elle pouvait bien trouver à Herald Queen si ce n'est sa fortune. Gentil, trop peut-être, ce dernier est désespérément amoureux pendant que son épouse préfère dilapider la fortune familiale.
Au cœur de la ville c'est pourtant bien l'héritier des Queen qui est acclamé et apprécié quand il fait une arrivée remarquée. Éreinté et couvert de crasse, il a passé toute la matinée dans les vergers et il n'a pas mesuré ses efforts. Herald est un homme qui aime son peuple et sa ville, sauf que son nom a perdu de l'influence ces dernières années. Lié à un vieil accord qui lui assure un train vie élevé, c'est avec cet investissement qu'il espère se donner bonne conscience. Un geste qui n'est certes pas désintéressé, mais ça n'enlève rien à la sincérité de ses actes. Au comptoir d'un bar ou au milieu des étales, Herald fait son possible pour aider les plus nécessiteux – quand il ne donne pas des accolades aux riches touristes. Les habitants aiment le voir parmi eux, lui serrer la main ou échanger quelques banalités. Tous ? Non, Evangeline se fiche bien qu'un riche se mêle à la plèbe pour se donner bonne conscience. En revanche elle apprécie pouvoir faire les poches des touristes, particulièrement quand ils ont les yeux rivés sur la star de la fête. Prêts à dépenser une fortune pour un simple cocktail de fruits, ce n'est pas quelques pièces en moins qui vont les déranger. Sauf qu'Evangeline du haut de ses huit ans se montre particulièrement habile pour délester les touristes de leur fortune. Un talent qui sert les intérêts d'un certain Gato, petite frappe de la pègre locale.
La pauvreté engendre la misère qui engendre à son tour la criminalité… généralité ? Inévitable ? Non et non, mais tant qu'il y aura dans ce monde des personnes plus intéressé par les richesses que par des vies humaines, alors oui il y aura tout ça. Evangeline n'est pas la première à tomber dans les rouages bien huilés de la délinquance juvénile. Un toit au-dessus de leur tête et une solde à peine suffisante pour leur garantir un repas chaud par jour, voilà tout ce dont ces enfants ont besoin pour succomber aux sirènes de la rue. Là où Evangeline se démarque c'est qu'elle est plus maligne que les autres. Chaque fois qu'elle revient avec son butin elle prélève sa part, après tout c'est elle qui prend tous les risques. Gato n'y voit rien ou alors ça lui est égale, Evangeline est la meilleure de la petite troupe. Statut qui lui assure une certaine liberté tant qu'elle ne se fait pas attraper. Mature et intelligente, elle est aussi agile, furtive et rapide, quant aux rares fois où elle s'est faite pincée un joli sourire et quelques larmes ont suffi pour lui éviter les soldats de la Marine. Véritable poule aux œufs d'or, Gato ne compte pas s'en séparer sans y être forcé. Privilégiée, elle attire la jalousie de ses comparses qui n'hésitent pas à lui mettre des bâtons dans les roues. Coup de crasse ou parfois véritable vendetta, les garnements passent plus de temps à la ralentir qu'à faire les poches.

Le décor est posé et les personnages principaux de cette histoire se distinguent. Maintenant ? Maintenant c'est le moment où ça tourne au vinaigre pour notre héroïne de choc. Evangeline pourrait simplement profiter de la fête, mais elle ne reste qu'une poignée de minutes au bord du canal. Le travail c'est la liberté ! Quoi ? La santé ? Je ne sais pas où vous avez entendu ça, c'est de grosses c… concentrons-nous sur l'histoire. Rêvant d'une vie meilleure loin de Mango Punch et de la misère, Evangeline accumulait un joli butin dans l'espoir de partir à l'aventure quand elle serait plus âgée. La besace pleine avant midi, la petite voleuse décidait de passer par sa cache personnelle pour y déposer une partie de son butin. Surprise à son arrivée, Gato et quelques-uns de ses camarades étaient en train de vider son précieux trésor. Certes Evangeline bénéficiait d'un statut privilégié, seulement là ça ne concernait pas quelques Berrys. Conséquente, la somme du préjudice avait de quoi mettre Gato dans tous ses états.

— Chef ! Elle est là ! Hurle un garçon à peine plus âgé que notre héroïne.
— Attrapez-la !

Bien sûr que Gato ne pouvait pas laisser passer une telle chose, même s'il avait été au courant il ne pouvait pas perdre la face devant ses sbires. Sans oublier le boss de l'adolescent qui n'est pas un tendre, il se dit que dans les rues de Mango il fait la pluie et le beau temps.
Personne ne connaissait mieux la ville qu'Evangeline, la moindre ruelle ou les magasins qu'elle pouvait traverser. Une chose est sûre elle ne comptait pas rendre la tâche facile à ses poursuivants. C'est au détour d'une échoppe de souvenirs qu'elle les abandonne avant de se hisser sur les toits, aidée par des caisses de marchandises. Au calme, la fuyarde se pose sur un rebord et observe les rues bondées. Ricanant de bon cœur quand elle aperçoit Gato qui hurle après les pauvres gosses qui l'ont balancé. Un coup dur pour Evangeline qui se serait bien passé de cette mésaventure, heureusement qu'elle a une cache de secours. Bientôt débordante d'or avec son butin du jour qu'elle n'a plus besoin de partager. Dommage, elle aimait bien cette vie de voleuse. Gato n'était qu'un idiot avec des muscles, cependant elle aimait bien discuter avec lui. Au début pour en apprendre plus sur ce blondinet fils d'une catin et d'un riche marchand qui ne l'a pas reconnu. Évidemment, marié avec deux enfants il n'allait pas reconnaitre qu'il passait trois soirs par semaine dans un bordel de la ville. La vie est belle à Mango, vous ne trouvez pas ? Derrière la cascade de fruits colorés se cache la pourriture et la moisissure, mais ça King et Queen s'en fichait bien. Pensée qui donna une idée à notre héroïne pour quitter la scène avec panache.
Le plan ? Finir en beauté et profiter de la fin de la fête pour sauter dans le premier bateau. Peu importe où Evangeline met les voiles, tant que c'est loin de la misère. Personne ne posera de question avec ce qu'elle sera prête à payer pour le voyage. Les festivités s'étaient poursuivies toute l'après-midi et elles continueraient certainement jusque tard dans la nuit, mais avec une ambiance plus enivrée. Le moment idéal pour filer sans être repéré. Nombre de navires remplis de marchands ou de touristes quittaient l'île avant la tombée de la nuit. Evangeline avait pris pour cible Herald Queen, le prétendu philanthrope adulé de tous. Dissimulée sous l'un des masques offerts au bord du canal, la petite blonde se faufilait à travers la foule un peu moins épaisse que dans la journée. Habituellement elle n'est pas toute seule pour ce genre de plan, mais là c'est une urgence. Gato ne va pas la lâcher et avant le lever du soleil Evangeline aura la Marine sur le dos. C'est de notoriété publique, il existe un arrangement entre la pègre et quelques corrompus parmi les mouettes. Tout ça serait bientôt loin derrière elle, pour ça elle n'avait pas le droit à l'erreur.
Terminant sa longue journée en serrant quelques dernières mains, Herald était sur le départ. Il va s'enivrer lui aussi, sauf que ce sera dans la résidence des King là où il est attendu. La journée aura été une réussite, pour lui, les habitants et même les touristes dont les sourires ne les ont pas quittés. Rien ne semblait capable de gâcher la fête, quand la Marine en décida autrement.

— Elle est là ! S'écrit un soldat de la Marine en pointant du doigt Evangeline malgré son masque.

Parmi la foule c'est l'incompréhension. Tous les regards se tournent vers une petite blonde prise la main dans le sac et ce n'est pas une image. Pendant que l'héritier des Queen s'éternisait en platitudes, Evangeline en a profité pour fouiller la sacoche qu'il avait sur lui. Herald est le premier surpris, cependant ce n'est pas l'âge de la voleuse qui le surprend le plus, plutôt ce qu'elle tient entre les mains. C'est qu'elle a l'œil cette petite, la broche qu'elle convoitait était d'une valeur inestimable. L'or et les pierres qui composaient cette dernière valaient une petite fortune, sauf que pour Herald cela allait bien au-delà. D'ailleurs son visage se décomposa en voyant sa précieuse broche finir dans les poches de la voleuse alors qu'elle prend la fuite.
Evangeline n'avait pas le temps de faire dans le sentimentalisme dégoulinant, elle laissait ça aux autres. Profitant de la confusion elle parvint à sortir de cette impasse grâce à une pirouette digne des meilleurs assassins – vous voyez desquels je veux parler. Direction le port pour la voleuse qui avait déjà jeté son dévolu sur un navire en particulier. Une course folle s'engage à travers la ville, la Marine est bien plus difficile à semer que quelques gamins. Pourtant quand Evangeline passe dans une rue presque trop étroite pour elle, la chance lui sourit. Le crépuscule va tomber et avec lui l'obscurité, le moment est parfait pour fausser compagnie à cette maudite ville. Tout était parfait, si on oubli le fait que Gato a prévenu la Marine bien trop tôt, d'ailleurs en parlant du loup.

— Mais regardez qui voilà, lance l'adolescent qui barre la route du port à Evangeline. Tu t'es toujours crue plus maligne que tout le monde, hein ? Suis-moi sans faire d'histoire ou je te laisse entre les mains de la Marine.
— Parce que tu crois que tu me fais peur ? Rétorque l'intéressée avec Panache. Je n'ai pas dit mon dernier mot…

Peut-être que si finalement. Evangeline n'a pas le temps de finir sa phrase qu'elle voit la Marine débarquer et bloquer toutes fuites potentielles. Une impasse ? Encore ? Oui et pour de bon cette fois. Les options sont limitées. La fuyarde pourrait se rendre, mais à qui ? Difficile de dire quel geôlier serait le pire pour elle. Sauter dans l'eau ? Elle nage comme une brique et la mort par noyade ne fait pas partie de son plan. Dos au mur, Evangeline tente une pirouette impossible. Courant vers une étale qu'elle escalade pour se hisser à son sommet, elle s'élance vers l'avant pour oser un nouveau tour de force… sauf que cette fois elle se rate lamentablement. Trop ambitieuse et surtout trop courte d'un bon mètre pour s'accrocher à une enseigne. Heureusement c'est dans un tas de paille qu'elle retombe, une chance non ? Décidément quelle veinarde. Pas pour longtemps, car elle est rapidement entourée par la Marine. Au moins Gato et ses sbires ont filés, mais vont-ils réellement la laisser aux mains des mouettes ? Rien n'est moins sûr, surtout quand leur boss aura eu vent de cette histoire.


Chapitre 2… ou le moment de l'histoire où tout bascule.

Habillée d'une robe somptueuse et soigneusement maquillée, Evangeline avait tout d'une jeune femme, alors qu'elle affichait tout juste onze automnes au compteur. C'est à des heures de préparation qu'elle le doit, mais incapable de rester en place plus de cinq minutes ça s'est vite transformé en véritable parcours du combattant. Le costumier grogne une énième fois alors qu'il rate une nouvelle retouche.

— Mademoiselle Queen, veuillez rester tranquille, c'est presque terminé… et voilà !

Un soupir de soulagement pour Evangeline qui a passé toute l'après-midi entre les mains des maquilleuses, du costumier et de tout un tas d'autres choses tout à fait inutiles. Attendez une seconde… on n'a pas zappé un passage là ? Parce que la dernière fois notre héroïne était en mauvaise posture, non ? Et la voilà habillée comme une princesse. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Fin. Non ? Mince. C'est moi, c'est ma faute, je me suis un peu trop emballée et voilà notre petite blonde adorée un peu plus de deux ans plus tard. La question est : mais qu'est-ce qui a bien pu se passer entre temps ? Vous savez ce que c'est, un verre, puis deux et un… quoi ? Oh, vous voulez savoir ce qui est arrivé à Evangeline, au temps pour moi.
L'histoire était écrite pour la prisonnière, c'est dans une plantation qu'elle devait se retrouver. La loi est sévère en ce qui concerne les voleurs, en particulier quand celle-ci s'est attirée les foudres de la moitié de la ville. Aucun procès, Evangeline n'attendait plus que son transfert. Bien sûr elle avait déjà un Plan B, C, D et même jusqu'à Z s'il le faut. Les plantations c'est pire que la prison, on y meurt deux fois plus vite. La nuit précédente elle est passée à un cheveu de se retrouver en haut de l'affiche. Peut-être aurait-elle pu devenir la plus jeune primée de l'histoire ? C'est grisant ! Seulement ce cheveu qui lui manquait faisait un mètre et elle avait terminée entre les griffes de ces fichues mouettes. Pour Evangeline il fallait maintenant être patiente. Les conditions de travail dans les plantations sont peut-être difficiles, cependant la sécurité est laxiste. Une gamine comme elle devrait parvenir à leur filer entre les doigts sans mal. Sauf qu'elle n'aura pas besoin d'aller jusque-là, elle peut compter sur sa bonne étoile. Au fond de sa cellule crasseuse Evangeline discute avec un pirate abandonné là par son équipage, un fêtard invétéré et maladroit, un type gentil malgré tout. C'est que l'histoire de cette petite est pour le moins inhabituelle. Huit ans et déjà en prison, si elle ne finit pas dans la piraterie avant ses seize ans ce sera un miracle et en parlant de miracle.

— Alors c'est toi la voleuse, lance soudain Herald Queen qui surprend Evangeline. Je vois que tu n'as aucun regret, poursuit-il en voyant la jeune fille rire de bon cœur avec son voisin de cellule.
— Et vous ? Vous avez des regrets peut-être ? Reprend l'intéressée qui ne manque pas de mordant. Vous poussez le peuple dans la crasse et vous le piétiné, puis vous lui faite croire que vous vous intéressé à lui avec vos stupides fêtes réservées aux touristes.

Le ricanement du pirate dans l'autre cellule en rajoute une couche, pour une gamine elle a du répondant. Evangeline n'en a peut-être pas l'air comme ça, mais elle sait de quoi elle parle. Née dans la rue elle n'a jamais connu ses parents et aussi loin qu'elle se souvienne chaque jour était une course contre la montre. Combien d'autres sont morts de faim ou pire encore, parfois même des habitants plus robustes que cette petite. Une survie qu'elle doit à sa débrouillardise et quelques contacts dans les rues de la ville. Gato n'a jamais été son seul atout dans les rues. Piqué au vif, Herald n'en revient pas de devoir se justifier devant une gamine. Sauf que c'est peut-être parce qu'elle a visé dans le mille qu'il se sent obligé.

— Donc pour toi la seule alternative à la pauvreté, c'est de voler ? Mentir ? Et fuir la Marine ? S'emporte le philanthrope qui semble catégorique sur la question. J'espérais sincèrement que le lieutenant se trompe et que…
— Quoi ? Que je serais dans un coin en train de pleurer ? Hein ? S'impatiente Evangeline qui lui coupe la parole. Je suis née dans un caniveau, j'ai grandi parmi les voleurs et les catins, alors je ne vais pas m'excuser de tout faire pour survivre.

Combien de fois Evangeline a frôlé la mort. Parfois elle ne mangeait pas pendant plusieurs jours, tout ce qu'elle trouvait c'était de l'eau croupi et des épluchures. C'est peut-être cliché, mais c'est la triste réalité. Personne ne regarde une orpheline comme elle, voilà pourquoi elle était si douée dans ce qu'elle faisait.

— Vous voulez que je vous dise ? J'aimais la vie de voleuse, tous ces riches et leur air supérieur, reprend Evangeline avec fougue. Bordel, mais ouvrez les yeux ! Regardez un peu ce qui se passe dans la rue et revenez me voir quand vous aurez compris que c'est plus facile de juger quand on est à votre place.

Voilà qui est dit. Herald n'a pas les mots pour lui répondre et pourtant il aimerait lui donner tort, le peut-il ? Ou plutôt, le veut-il ? Tant de fois il aurait aimé que les choses changent. Chaque jour il voit la misère s'étendre un peu plus, au profit d'une poignée qui s'enrichit toujours plus. Sauf qu'il n'a pas le courage de changer les choses, car cela voudrait dire renoncer lui-même à ses précieux privilèges et ça il en est incapable.
Fougueuse et impertinente, Evangeline n'avait pas la langue dans sa poche. Gato, Herald ou bien le lieutenant qui l'a conduite à la plantation, elle tenait tête à tout le monde. Une attitude qui lui desservait, sauf que c'est ce qui lui a permis de tenir toutes ces années. Les orphelins n'ont pas une grande valeur à un si jeune âge, en particulier les filles, jugée tout juste bonne pour les tâches ingrates sur les plantations. Un garçon peut servir sur les quais ou aux récoltes dans les plantations, les filles elles n'ont qu'une perspective d'avenir : les bordels. Pour rien au monde Evangeline ne voulait terminer dans un de ces endroits sordides. La petite avait le plus grand respect pour ces femmes qui vendaient leur corps, beaucoup moins pour les tyrans qui tiraient les ficelles. Tout est une question de pouvoir. Les puissants règnent sur les faibles et il en sera ainsi bien après sa mort. Une fatalité qui ramenait Evangeline à la réalité quand elle découvrait les conditions de vie dans la plantation. Là pour rembourser "sa dette à la société", elle ne toucherait pas un Berry. Heureusement qu'elle se raccrochait à l'espoir de sortir de là un jour et ce jour arriva plus vite qu'elle ne pouvait l'espérer. Seulement une semaine après son arrivée, plusieurs soldats de la Marine sont arrivés et à leur côté elle reconnut Herald Queen. Le philanthrope avait finalement choisi de changer les choses, certes ça n'avait rien d'une grande révolution, mais tant que ça servait les intérêts d'Evangeline elle n'allait pas s'en plaindre. Tout le monde ne pense qu'à soi, alors pourquoi pas elle ? Herald voulait donner tort à cette gamine qui lui avait tenu tête et pour ça il n'avait rien trouvé de mieux que de l'adopter. Evangeline est peut-être née dans la misère, mais elle a une chance insolente et peut dire merci à sa bonne étoile.

Tout est bon, on est à jour. Pendant un peu plus de deux ans Evangeline s'est faite à sa nouvelle vie, ce qui n'a pas été trop difficile. Plusieurs fois elle a pensée à fuir cette cage dorée, mais étonnamment elle avait maintenant de la sympathie pour Herald Queen – et peut-être un peu de pitié. Face à la famille King il ne faisait définitivement pas le poids, chacune de ses décisions étaient contestées, en particulier celle-ci. Fort de son expérience il ne se souciait plus de tout ce tapage autour de lui. Les King dont il devait être l'égal le rabaissait à la moindre occasion, quant à sa femme qui devait le soutenir elle préférait le shopping ou les coucheries extraconjugales. Evangeline apparaissait comme un vent de fraicheur sur la vaste demeure, donnant du fil à retordre à quiconque osait s'en prendre à elle. Herald n'aurait pas pu espérer mieux comme héritière, puisqu'il n'avait pas eu le loisir de toucher son épouse depuis leur nuit de noces, la tempête blonde apparaissait comme la seule option pour perpétrer son héritage. Sans quoi ce dernier tomberait entre les mains de sa garce d'épouse ou des King – et il n'est pas composé que d'or et de privilèges. Inenvisageable pour Herald alors qu'il avait vu ses deux parents être emportés par la maladie quelques années plus tôt. Au fond il était peut-être né du bon côté, cependant il avait autant de chance qu'un chat de gouttières.
La vie chez les riches n'avait rien à envier à la rue, on y retrouvait les mêmes rivalités et hostilités. Par exemple le premier né des King, un adolescent égocentrique et capricieux. Evangeline prenait un malin plaisir à le torturer, lui et beaucoup d'autre. En ce qui concerne le patriarche de la famille elle ne savait pas sur quel pied danser. Il apparaissait tout à la fois méfiant et amical à son égard, Herald lui avait d'ailleurs suggéré de se méfier, c'est un manipulateur hors-pair. Tout ça en réalité elle s'en fichait bien et c'est ce qui la rendait aussi dangereuse. Face à la fortune colossale que représente les King et les Queen personne n'est indifférent. En particulier une petite orpheline sortie de la rue. Pourtant c'était bel et bien le cas, Evangeline était reconnaissante d'avoir un toit au-dessus de la tête et trois repas par jour. Les vieilles habitudes ont la vie dure bien sûr et elle volait toutes sortes de choses, cela allait de simples stylos sans importance à quelques bibelots. Chaque fois qu'Herald la prenait sur le fait elle répondait la même excuse : c'est pour ne pas perdre la main. Pour éviter qu'elle ne s'attire des ennuis il tenta de lui trouver un hobby, comme tous riches qui se respectent. Une tâche qu'il n'imaginait pas aussi ardue et pourtant, Evangeline se laissait trop vite pour espérer progresser. Sport, musique, peu importe le domaine elle semblait ne jamais trouver chaussure à son pied.
Tout naturellement, un jour qu'Evangeline cherchait des informations sur la mère d'Herald, elle a appris que celle-ci était une célèbre chanteuse des Blues. Les peintures de la jeune femme étaient très flatteuses, une grande blonde aux yeux bleus avec des jambes interminables. Plusieurs serviteurs confièrent à Evangeline que parmi tous leurs maîtres elle était de loin la plus gentille. Certains même allant jusqu'à dire que sa mort fut une vraie tragédie pour tout l'archipel. Trop curieuse comme d'habitude, elle entreprit d'aborder le sujet avec Herald. Plutôt que de lui répondre il lui proposa de participer à une fête, chose qu'elle se refusait jusqu'à présent. Jouer les petites princesses devant ceux qu'elle déteste le plus au monde ? Certainement pas. C'était pourtant là l'occasion d'en apprendre plus sur sa grand-mère adoptive, Herald pour la convaincre lui avoua même qu'elles se seraient certainement bien entendues. Le sujet semblait lui tenir à cœur, beaucoup trop pour le lui briser. Evangeline accepta ainsi de se faire maquiller, coiffer et habiller… vous voyez qu'on retrouve le fil de l'histoire ! Conteuse de choc ! C'est vrai que dans cette robe et avec cette coiffure elle était magnifique, c'est vrai aussi qu'elle se plaisait à surjouer son rôle de petite princesse. Seulement tout ça ne pouvait être indéfiniment un jeu, elle se jetait dans la fosse aux lions pour la première fois. Les fêtes de ce genre sont là pour se mettre en avant et écraser les autres, en aucun cas pour rendre hommage à qui que ce soit.
À l'instar de la rue, le monde des riches avait ses codes lui aussi. Pendant toute la journée on conseilla à Evangeline de faire ci ou de faire ça et surtout de ne pas faire cela. Herald était persuadé qu'elle n'avait pas écouté la moitié des conseils prodigués, mais il faisait confiance à la jeune fille. D'ailleurs quand elle s'accrocha à son bras il ne savait plus où se mettre. Éblouissante dans une robe rouge, elle allait faire des jalouses à coup sûr. Sauf que ça ne faisait pas tout, Evangeline était peut-être confiante sous trois jours de crasses, beaucoup moins sous une tonne de maquillage. Tout ça ce n'était pas elle, c'était quelqu'un qu'elle ne reconnaissait pas et ça la terrorisait.

— Tu sais ce que tu as que tous ces pantins n'ont pas ? Murmure Herald avant d'entrer dans la salle bondée.
— Une personnalité ? Souffle timidement Evangeline qui n'a rien perdu de sa légèreté.
— J'allais dire un cœur, mais une personnalité c'est bien aussi, s'amuse-t-il pour tenter de dédramatiser la situation. Je ne fais pas tout ça pour que tu leur ressemble, si tu es là c'est parce que tu es différente, alors soi toi-même, en toutes circonstances.

Sauf que tout au long de la journée on lui avait justement répété encore et encore de ne surtout pas être elle-même. Tout ça ce n'était que les conseils de serviteurs inquiets pour la jeune blonde. Pétillante de vie, Evangeline avait réussie à se faire apprécier des serviteurs, beaucoup moins des notables de la famille.
Passons directement à la fin de la soirée, c'est beaucoup trop gênant et humiliant de vous raconter en détails tout ce qui s'est passé ce soir-là. Tout ce que je peux vous dire c'est que la pauvre Evangeline en a pris pour son grade. Personne n'a oublié d'où elle venait, ni comment elle est arrivée là. Ragots indécents, murmures blessants ou hypocrisie à peine dissimulée, elle a eu droit à un vrai festival. Malgré elle devenue la star de la fête, elle ne surprit personne en quittant la salle en pleure. Sauf qu'aucun des invités ne s'attendait à la revoir sur scène en imposant le silence avec le fracas d'une timbale. Tous les regards braqués sur elle, Evangeline pouvait enfin être elle-même. Un sourire amusé se dessina sur son visage quand elle saisit le micro pour chanter. La jeune fille n'était pas à son premier essai, il lui arrivait de pousser régulièrement la chansonnette. L'espace d'une seconde c'est comme si le temps s'arrêta, tout était comme en suspension. La voix, les paroles, pour ceux qui l'avait connue de son vivant c'était comme retrouver Annabelle Queen et sa voix envoûtante. Il n'aura fallu qu'une chanson pour charmer son auditoire, chose qui apparaissait impossible quelques minutes plus tôt. Laissant finalement tomber le micro lourdement au sol, Evangeline s'offrit une sortie remarquée avec un doigt d'honneur.
Une soirée mémorable qui aura cloué le bec à plusieurs de ses détracteurs, mais Evangeline avait pris une décision surprenante ce soir-là. Jamais elle ne pourra remercier Herald pour le cadeau qu'il lui a fait, alors qu'elle l'a pourtant jugé sévèrement lors de leur première rencontre. Tout comme elle il doit évoluer au milieu des requins et prier pour que chaque jour ne soit pas le dernier. Evangeline ne se sentait pas à sa place, cependant même dans la rue elle n'a jamais su trouver sa place. C'est pour cela qu'elle exigea plus de liberté, tout en faisant la promesse de ne jamais briser la confiance qui lui a été accordée. Herald ne fut pas difficile à convaincre, c'était peut-être étonnant, mais il désirait sincèrement le bonheur de la jeune fille. Bien sûr ça cachait quelque chose, sauf qu'à ce moment précis Evangeline ne soupçonnait rien. Tout ce qu'elle voulait c'est trouver un équilibre entre son ancienne vie et la nouvelle, pour mieux trouver sa place dans le monde. Peut-être que comme Annabelle elle a besoin de parcourir les scènes pour chanter, peut-être encore a-t-elle besoin de liberté comme ce pirate rencontré en prison. Onze ans, c'est un âge où l'on se pose un tas de questions et elle a toute la vie devant elle pour y répondre. Fini de compter les jours, maintenant qu'elle a une vie meilleure elle peut envisager l'avenir plus sereinement. Finalement, n'est-ce pas ce qu'on espère tous ?



Dernière édition par Elliot Capone le Jeu 8 Avr - 12:58, édité 3 fois
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Histoire 2/4

Troubles au paradis pour le chapitre 3.

La chance c'est comme l'alcool, quand on en a de trop ont fini par s'évanouir dans son propre vomi. Sujet que je maîtrise, je sais de quoi je parle. Moi mon truc c'est plutôt la poisse, alors je parle de l'alcool et de mon vomi. Quoi ? Que j'arrête de parler de vomi ? Roh ça va vous n'êtes pas en train de manger un sandwich, si ? Mince, bon passons à notre héroïne qui va devoir elle aussi faire avec la poisse. Le destin avait tout de même un drôle de sens de l'humour ou bien est-ce que tout était écrit à l'avance ? Il faut dire qu'Herald n'avait jamais été très clair sur les raisons qui l'on poussé à adopter Evangeline et elle n'allait pas s'en plaindre. Tout ce qu'il voulait bien lui dire c'est qu'elle avec ce "petit quelque chose en plus", on ne fait pas plus vague. À huit ans ou à onze ans on se fiche bien de savoir pourquoi on vous sort de la purée, mais à quatorze ans on se pose encore plus de questions. Herald et ses secrets ne facilitaient pas les choses, en effet il s'absentait pour de mystérieux rendez-vous. Souvent fatigué, il passait de moins en moins de temps en ville et restait le plus clair de son temps dans sa chambre. Une situation qui ne semblait inquiéter personne, certainement pas son épouse Ruby qui avait ses propres problèmes à gérer. Comme par exemple sa robe pour la prochaine sauterie ou si elle va trouver un mâle à se mettre sous la dent – pour cette prédatrice les mots sont habilement choisis croyez-moi.
Drama en approche, vous êtes prêts ? Tout n'est pas toujours rose au paradis. Plus tôt je vous confiais qu'Herald avait perdu ses parents à cause d'une maladie, c'est à moitié vrai. En réalité seul son père est décédé des suites d'une longue maladie, Annabelle, éperdument amoureuse, s'est laissé emporter par la dépression – vous étiez prévenus pour le drama. En réalité elle a toujours été fragile, elle devait sans cesse lutter contre ses démons. Au début Annabelle gérait plutôt bien le décès de son époux, puis petit à petit elle s'est laissée aspirer jusqu'au point de non-retour. Une chute accidentelle du quatrième étage, pas de chance hein ? Mais on n'a jamais su ce qui s'est réellement passé, revenons donc à Herald. La maladie de son père étant héréditaire il avait peu de chance d'y échapper, à son tour il contracta les premiers symptômes. Derrière son éternel sourire et sa joie de vivre Evangeline n'était pas aussi forte qu'elle aimait le laisser penser et Herald le savait. C'est pour cette raison qu'il lui a caché, jusqu'à un malaise qui provoqua une chute dans les escaliers. Cloué au lit avec une jambe dans le plâtre l'héritier des Queen ne vit à son chevet que les médecins, le personnel de la résidence et bien entendu Evangeline. Deux jours plus tôt elle confiait son inquiétude à sa préceptrice, touchée par la sensibilité de la jeune fille elle lui révéla les contours de ce mystère. Trop tard pour faire quoi que ce soit, il n'existait aucun traitement.
Conscient de cette maladie et des conséquences que cela implique, Herald échafauda un plan pour que son héritage ne soit pas perdu. Adopter un enfant lui semblait la meilleure option. Premièrement parce qu'il lui éviterait la maladie qui le ronge et deuxièmement, le point le plus important, il tenait à lui éviter de tomber entre les griffes des King. Coïncidence heureuse, Evangeline cochait toutes les cases. Herald fit venir un avocat réputé et qui n'avait aucun lien avec les King, les Queen ou encore Mango Punch. La tâche s'avéra plus difficile que prévue juridiquement, rien n'était facilité dans ce dossier. L'avocat parvint à établir le certificat et la descendance, il faudrait attendre les vingt-et-un ans de la jeune fille, mais Herald pensait pouvoir tenir à cette époque. Pour cela il a tout tenté, médecine traditionnelle ou expérimentale, en passant par des rites vaudous. Finalement, sentant son heure arrivée il s'est confié sur toute cette histoire auprès de la seule personne qui a réellement compté pour lui : Evangeline.

— Je sais que ce n'est pas facile d'entendre tout ça pour toi, souffle difficilement Herald qui culpabilise. J'ai fait ça pour des raisons égoïstes et personnelles, tu étais simplement au bon endroit au bon moment… mais pour être honnête, je n'aurais pas pu espérer meilleur choix.

Impassible face aux révélations, Evangeline en a pourtant abandonné son habituel sourire. Peut-être lui en veut-elle ? Ou bien alors tous ses mensonges et secrets auront eu raison du lien qui s'est créé entre eux ? Herald est dans le doute avant que l'adolescente laisse un timide sourire se dessiner sur son visage.

— Et moi alors, tu crois que j'ai accepté pour tes beaux yeux ? Rétorque Evangeline qui ricane malgré des yeux qui se remplissent de larmes. On peut dire ce qu'on veut, tout le monde est égoïste, quel crétin irait donner sa vie comme ça ? Par amour peut-être…
— Doucement avec l'amour Evangeline, tu n'as que quatorze ans, tu as le temps, ne laisse personne te forcer la main.

Étrangement ce conseil sonnait comme une mise en garde, encore des secrets ? Une larme perla sur la joue d'Evangeline alors qu'elle offrait son plus beau sourire. Voilà maintenant six ans qu'elle est entre ces murs, elle a vite compris tous les enjeux qui se jouent ici. Derrière les bals costumés, les galas interminables et autres joyeuseries hors de prix se cache un sinistre jeu de pouvoir. Herald en aurait-il fait les frais ? Essaie-t-il à demi-mot de la protéger ? Rien n'est moins sûr, mais la jeune fille n'est pas idiote, elle sait que l'apparente gentillesse et compassion de Salvadore King n'est qu'un de ses nombreux masques.
En vérité personne n'aurait misé un Berry sur Evangeline et pourtant Herald l'a fait, persuadé à la seconde où il l'a vu qu'elle était bien plus qu'une petite voleuse. D'ailleurs à son enterrement il aurait été heureux de la voir porter la broche qui a forcé cette rencontre. Le pauvre était dans tous ses états en voyant cette blondinette à l'air refrogné s'emparer de la précieuse broche de sa mère. Finalement elle l'aura eu, mais à quel prix ? Certains diront qu'elle a gagné le gros lot grâce à cette broche. La voilà potentiellement à la tête des Queen, enfin quand elle aura vingt-et-un ans bien sûr. Sauf que ça Evangeline s'en fiche pas mal. Les Berrys elle s'en est passé pendant les huit premières années de sa vie. Par nécessité ou par choix peu importe, ce qu'elle avait gagné de plus précieux n'avait aucune valeur : une famille. Un bien grand mot au vu de la situation, mais Evangeline n'avait rien connu de comparable, pour elle c'était ce qui se rapprochait d'une famille. Herald décédé elle était toute seule même si tout le monde prétendait le contraire. "La famille doit rester soudée", "La famille c'est fait pour se soutenir" et beaucoup d'autres banalités de ce genre lui étaient offerte à chaque fois qu'elle croisait quelqu'un. Sauf que la triste réalité c'est que tout le monde se fichait bien de ce qui pourrait lui arriver, au contraire de l'héritage. Voilà l'unique but de tout ce sentimentalisme que tout le monde s'efforçait de servir. Evangeline n'avait pas besoin d'eux, encore moins de leur fausse compassion. Aucune larme ne sera versée devant cette assemblée d'hypocrites, non, elle le fera plus tard lorsqu'elle sera seule avec la tombe de son père.
À défaut de sincérité on peut au moins saluer la décence de Saladore King, il aura attendu une semaine avant de dévoiler ses projets pour Evangeline. Herald mort il était légalement responsable de l'adolescente jusqu'à sa majorité. Plus qu'une obligation juridique c'était un devoir pour le chef de famille, c'est à un bout de papier de plusieurs siècles qu'il le doit. L'accord qui liait King et Queen aurait dû cesser avec la mort du dernier héritier des Queen, laissant ainsi le champ libre aux King. Seulement avec cet héritier illégitime les cartes étaient redistribuées. Salvadore n'a jamais rien contesté à ce sujet, certain qu'il lui serait aisé de manipuler une petite orpheline qui n'avait pas un sou en poche. Honnêtement qui aurait pu imaginer qu'il parvienne à dénicher le seul enfant de cette île qui ne s'intéresse pas aux Berrys ? Un toit au-dessus de la tête et trois repas par jour, voilà tout ce qui lui convenait. Grand bien lui fasse, mais maintenant qu'Herald était mort il en était terminé de cette éducation bohème et laxiste. Une semaine, voilà tout ce qu'Evangeline avait eu droit pour faire son deuil et à la grande surprise de Salvadore ça lui était suffisant. Entrant dans sa chambre après y avoir été invité, quelle ne fut pas sa surprise en la découvrant assise sur sa valise.

— Que ? Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? S'enquière le chef de famille perplexe.
— Évitons de perdre du temps, soupir Evangeline dont le visage s'illumine d'un sourire. Je crois qu'il est dans l'intérêt de tout le monde que je rejoigne le pensionnat… Delarosa ?

Sans voix, Salvadore tombe de haut, aurait-il sous-estimé Herald ? Ou bien cette gamine ? À vrai dire ça lui était égal, elle lui facilitait grandement la tâche. Cependant il était tout de même curieux.

— Le Pensionnat Delarosa sera le mieux pour toi, tu pourras y apprendre les valeurs qui sont chers à notre famille depuis des siècles, reprend Salvadore qui avait préparé tout un discours.
— Évidemment, les choses ne sauraient rester ainsi si je dois être une Queen, n'est-ce pas ? Et puis ça me donnera l'occasion de changer d'air.

Evangeline fait bonne figure, mais elle se garde bien de dire que les prétendues valeurs dont il parle sont le mensonge et la manipulation. Tout ce que veut Salvadore c'est éduquer cette jeune fille de la rue pour en faire une noble jeune femme. Le pensionnat est très réputé et a déjà accueilli des membres de la famille King et Queen par le passé. Un bon moyen de garder un œil sur cette gamine, tout en orchestrant dans l'ombre pour la rallier rapidement aux King et en terminer avec cet accord poussiéreux.

La plupart des adolescents de quatorze ans rêvent de piraterie, justice ou révolution et certains aspirent simplement à la liberté. Evangeline aspirait quant à elle à… rien du tout. Pourquoi diable espérer quelque chose d'une vie qui l'a toujours déçue ? Autant ne faire aucun projet et se laisser porter par le courant. Une dérive oui, mais une dérive contrôlée et maîtrisée. Face à Salvadore elle aurait pu faire valoir les droits acquis après la mort d'Herald, mais c'est une fille et pour ça elle n'avait aucun droit sur les affaires de Mango Punch. Parfait, elle n'en voulait pas de ce fruit pourri de toutes façons. Seulement c'était difficile à faire croire à un manipulateur comme Salvadore qui passait son temps à calculer les coups de chacun. Face à l'attitude de la jeune héritière il s'était persuadé qu'elle dissimulait son jeu, durant certaines soirées où il laissait vagabonder son esprit il l'imaginait même la voir l'assassiner. Une idée qui a traversé l'esprit d'Evangeline en effet, mais pourquoi tant d'efforts ? Pour une fausse couronne dont elle ne veut pas ? Tout le monde se fout de Mango Punch, un tas de boue où quelques marchands véreux peuvent se prendre pour des Dragons Célestes où je ne sais quelle autre absurdité gouvernementale. Donnez de l'or aux cochons et vous obtiendrez le même résultat. Toujours est-il que Salvadore et sa clique avaient des vues sur l'héritage des Queen. Evangeline s'en fichait peut-être, mais pas Herald qui avait fait tout ça pour en priver les King. Le patriarcat de Mango Punch la privait de sa voix, c'était joué d'avance. Sauf que personne n'a dit qu'elle devait leur faciliter la tâche, si ? Puis après tout ça des vacances loin de Mango c'est justement ce qu'il lui fallait.
Fondé il y a près d'un siècle par les adorateurs d'un dieu oublié de tous, le Pensionnat Delarosa avait instruit plusieurs grands noms de ce monde… il y a de ça vingt ans. Le pensionnat dont Salvadore King ne cessait de vanter les qualités n'était plus que l'ombre de lui-même. Déclinant toujours plus chaque année, ses pensionnaires avaient été surprises d'apprendre qu'elles auraient une nouvelle pensionnaire. Pourtant à l'arrivée d'Evangeline et de Salvadore tout était en ordre, c'est seulement lorsque ce dernier quitta la petite île que l'adolescente compris que cet endroit n'avait plus rien à voir avec ce qu'il avait été.

— C'est bon ? Il est parti ? Demande une none qui regarde au-dessus de l'épaule de sa supérieure.
— Et dire qu'il se croit toujours plus malin que tout le monde.

Les nones rigolent de bon cœur, plongeant Evangeline encore plus dans l'incompréhension. Rien à voir avec ce qu'elle imaginait, sauf peut-être pour la décoration. Heureusement elle voit Sœur Supérieure Marina se confier un peu plus sur cet endroit.

— Tout ça, ça doit être perturbant j'imagine, s'inquiète Marina qui regarde la jeune fille d'un peu plus près. Mais tu vas voir, c'est une histoire assez drôle…
— Laquelle ? Celle où vous faite semblant de jouer les nounous pour garder l'argent ?
— Celle-ci je l'aime bien, s'exclame l'une des nones avec enthousiasme.
— Herald nous avait confié que tu étais très intelligente pour ton âge, soupir la sœur supérieure. Qu'est-ce qui nous a trahi si vite ?
— J'ai grandi dans la rue, je sais reconnaitre une haleine alcoolisée, rétorque Evangeline avec un clin d'œil complice. Et j'ai aussi fait des recherches.

Une réponse qui ne manque pas de faire rire tout le monde. En effet, les nones de Delarosa ont troqué les cierges et les prières contre du rhum et des cigares. Personne ne va leur en tenir rigueur, certainement pas leur dieu. Evangeline apprendra bientôt que ce prétendu dieu oublié de tous n'était qu'une vaste arnaque pour profiter de l'or des King et des Queen. Tout avait si bien marché qu'ils ont continué ce petit jeu pendant plusieurs années. Bien sûr ils ont instruit les héritiers des deux familles, mais certainement pas d'amiraux de la Marine ou de membres de la Noblesse. Un stratagème alambiqué qui assure à ces femmes un endroit sûr, mais pas seulement. Delarosa est un refuge et son histoire est unique en son genre. Les meilleurs mensonges ont toujours une part de vérité après tout, c'est pour cela que ça fonctionne aussi bien depuis toutes ces années.


Chapitre 4… et oui déjà !

Les flammes, le chaos et les cadavres réduits à des tas de cendres informes. Tout avait été si vite pour Evangeline que son cerveau avait encore du mal à remettre toutes ses idées en place. Aux premières lueurs du jour elle était au milieu des nones pour le petit déjeuner et durant la même journée, alors que le soleil se couche à peine, la voilà dans un navire, encore couverte de suie et des larmes séchées sous les yeux. Evangeline venait de fêter ses seize ans, elle ne saurait dire si c'était la fête ou ces deux années passées au milieu des nones, mais elle avait été sincèrement heureuse pour la première fois de sa vie. Puis en un instant tout est partie en fumée, au propre comme au figuré. C'est là que vous vous demandez si je n'ai pas encore zappé une partie de l'histoire, pas vrai ? Non, vous deviez entendre la fin de ce drame pour en discerner tous les contours. Evangeline est une fois encore en fuite, seule pour affronter un passé qui la poursuit sans relâche. Sauf que cette fois-ci quelque chose a changé et ce changement tient en une étincelle dans ses grands yeux gris. Les larmes n'ont pas cessé de couler parce qu'elle n'est plus triste, plutôt parce que ça ne sert à rien de pleurer sur ce qui ne saurait être défait. Le passé c'est le passé, il faut aller de l'avant. C'est ce qu'Evangeline s'efforce de faire en prenant ce navire de pêcheur pour n'importe où sauf ce qui reste du Pensionnat Delarosa. Tous, on est tous pareil, on s'attache aux gens et aux choses et tout part en vrille avant qu'on ait le temps de réaliser ce qu'on avait.
Au fond les nones du Pensionnat Delarosa n'étaient que des femmes brisées par la vie, si un jour elles avaient cru en un dieu ou un autre ce n'était qu'un lointain souvenir. Difficile de croire en une puissance divine avec la vie qu'elles ont eues. Sœur Marina, la plus ancienne du pensionnat, a été vendue sur l'Archipel Shabaody alors qu'elle n'avait que dix ans. Passée entre plusieurs familles, hommes et mésaventures, elle a fini par tout quitter pour cet endroit perdu au fin fond de West Blue. Là où personne ne la connaissait pour ce qu'elle avait été ou ce qu'elle avait fait, Marina pu se reconstruire. À l'aube de cinquante automnes elle en avait vécu des choses et elle était toujours debout. Pour Evangeline cette femme que rien ne semblait atteindre devint un modèle. Les autres sœurs avaient elle aussi leur lot d'histoires tragiques, sauf qu'aucune d'entre elle ne pouvait prétendre avoir vécu la moitié de ce que Marina avait subi tout au long de sa vie. D'ailleurs cette dernière pouvait apercevoir quelques similitudes avec Evangeline, elle avait donc à cœur de l'aider et de la guider. Herald lui avait certainement épargné la misère en l'adoptant, mais il l'avait aussi jeté dans un nid de vipères. À l'instar de Marina qui a été vendue pour éponger les dettes de son père. Au moins Evangeline pouvait parler sans craindre que ses paroles soient utilisées et retournées contre elle. Marina et les sœurs n'avaient peut-être rien à voir avec des nones, pourtant elles se rapprochaient de l'image que l'on pouvait espérer des anges. Gentille, attentive et fêtarde… qui a dit que les anges ne faisaient pas la fête ? La quoi ? Eh bien mes anges à moi jurent, boivent et fument des cigares.
Apprendre en s'amusant ? On dirait un slogan pour envoyer les gamins à l'école. C'est pourtant possible, Evangeline ne compte pas le nombre de fous rires qu'elle a eu pendant les quelques heures de cours qu'elle avait par jour. Géographie, mathématique et même les bases de la navigation marine, on lui apprenait toutes sortes de choses. Le Pensionnat Delarosa n'avait rien à envier à sa réputation, même si c'est vrai que les nones utilisaient avant tout leurs subventions pour s'amuser. Tout ce qu'on trouvait sur ce bout d'île de West Blue c'était le pensionnat et un port de fortune. Un endroit tranquille et isolé du reste du monde, une sorte de bulle en ces temps troublés. Evangeline trouvait ainsi rapidement sa place au milieu des nones, elle pouvait être elle-même. La jeune femme qu'elle tendait à devenir révélait peu à peu sa personnalité et comme aimait le dire Sœur Constance : elle est colorée. Férue de plantes en tous genres et botaniste de talent, Constance a toujours vécu en marge de la société. Pour elle tout le monde avait une couleur, mais en ce qui concerne Evangeline elle assurait que c'était un arc-en-ciel. Jamais elle ne s'était sentie autant en sécurité et jamais plus ce sentiment si particulier lui serait accordé. Longtemps elle a pensé qu'elle ne pouvait pas être heureuse et quand elle a oublié ce genre de pensées… tout a basculé dans les flammes. Evangeline n'est pourtant pas la cause de tous ces malheurs, cependant elle a le don de voir des catastrophes se produire autour d'elle. Un schéma semble se répéter à son insu et sans qu'elle en soit directement responsable, sauf que dans son cas ça paraissait presque inné.
Le destin à un plan pour chacun d'entre nous d'après Sœur Octavia, parmi toutes les nones c'était la dernière croyante et elle avait cette troublante passion pour sa foi. Foncièrement gentille, il y avait pourtant quelque chose de dérangeant dans son attitude. Parfois elle se retirait pour prier pendant des heures. Chacune avait son passé et avec celui-ci leurs démons, Sœur Marina et les autres ne lui en tenait donc pas rigueur. Evangeline était d'une nature plus méfiante, virant même à la paranoïa quand les bons paramètres s'y prêtaient. Mécanisme de la rue : mieux vaut imaginer le pire. Un jour comme un autre où elle laissa la curiosité prendre le dessus sur sa reconnaissance envers les nones, Evangeline se faufila dans la chambre d'Octavia. Soigneusement rangée et en ordre, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Au moment de sortir elle fit malencontreusement tomber un livre qu'elle rattrape in extremis, un vieux recueil de poème, mais c'est le marque page qui est le plus intéressant. Les inscriptions sont étranges et incompréhensible. Un code ? Un langage ancien ? Divers scénarios plus fous que les autres germent dans cette petite tête blonde.

— Evangeline, que fais-tu dans ma chambre ? S'enquière Octavia avec un étonnant calme.
— Je… je voulais t'emprunter ce recueil de poèmes, mais je ne te trouvais pas, invente Evangeline pour se justifier.
— Ou alors tu es là pour m'espionner, reprend la none qui ferme la porte à clés et croise les bras. Tu vas me dire la vérité ?
— Et toi alors ? Rétorque la jeune fille sur la défensive. Tu vas me dire ce que c'est tous ces symboles ? Tu bosses pour le Gouvernement ? Ou les écureuils de l'espace ?

Lancé avec un sérieux déroutant, la dernière hypothèse retenue par Evangeline faisait tout de suite beaucoup moins sérieuse à voix haute. Pour elle c'était la fin c'est sûr, car dans tous les scénarios qu'elle a imaginés elle finissait au fond de la mer avec un sac de briques au pied. Sauf qu'à sa grande surprise Octavia laissa simplement échapper un soupir avant de déverrouiller la porte.

— Sœur Marina voulait attendre que tu aies dix-huit ans, mais maintenant que tu as découvert ça…
— Je ne sais même pas ce que c'est "ça",
s'inquiète Evangeline qui tient un simple bout de papier. Marina est au courant ? Si vous voulez me tuer, je ne vais pas me laisser faire !
— Allons ne soit pas idiote, dit Octavia qui ne peut s'empêcher de rire. Les écureuils de l'espace sont nos amis bien sûr !

C'est vrai que ça a l'air idiot comme théorie, encore plus quand c'est quelqu'un d'autre qui le dit. Octavia n'était pas discrète, simplement timide, mais au contact des nones et plus récemment de leur invité, la jeune femme avait su s'ouvrir un peu plus. Le secret qu'Evangeline tenait entre les mains n'est pas seulement celui d'Octavia, mais pour connaitre la vérité elle va devoir suivre cette dernière sans poser de questions. Plus difficile à dire qu'à faire.
La nuit était tombée sur le Pensionnat Delarosa et Evangeline fut conduite dans des recoins qui lui était jusqu'à présent encore inconnus – et ce n'est pas faute d'avoir fouillé. Contre toutes attentes elle retrouva toutes les nones dans une vaste pièce éclairée à la lumière des bougies. Pupitres, parchemins et des étagères remplis de livres. C'est à Marina qu'il incombait de tout expliquer à Evangeline, une première pour elle, jamais auparavant une étudiante avait mis les pieds dans cette annexe.

— Pour faire simple je dirais… le monde à ses trésors, mais les plus précieux ne sont toujours d'or et de bijoux.
— C'est un point de vue, mais ok… et donc ? Parce que si tu voulais être encore plus flou ça m'arrangerait, réplique Evangeline à la sœur supérieure.
— Le siècle perdu, cela te dit quelque chose ?

Non ? Evangeline a grandi dans la rue et si elle avait lu énormément de livres dans la bibliothèque des King, jamais elle n'avait entendu une chose pareille. Marina la rassura en lui expliquant que ça n'avait rien de surprenant, il s'agit de cent années de l'histoire de ce monde qui ont été effacées. Pourquoi ? Comment ? Voilà les questions auxquelles certaines personnes à travers les mers tentent de répondre. Les archéologues cherchent la vérité sur ce siècle perdu depuis longtemps maintenant, sans jamais parvenir à percer son mystère.

— Le Gouvernement Mondial veille à ce que personne ne découvre la vérité et de nombreux archéologues de par le monde ont disparus, conclu Marina sur un ton plus grave.
— Ils sont mort ? Je savais que le Gouvernement Mondial avait des méthodes discutables, mais de là à tuer un innocent…
— Nul n'est innocent aux yeux du Gouvernement Mondial lorsqu'il recherche le Siècle Perdu, répond Octavia qui parle en connaissance de cause.
— La sœur d'Octavia lui a été arraché, c'est elle qui est à l'origine de tout ce que tu vois ici.

Tout ça c'était bien beau, Evangeline allait certainement faire des rêves de complots et d'écureuils psychopathes, et maintenant ? Qu'est-ce qu'elle venait faire dans toute cette histoire ? Le Gouvernement Mondial ne s'est jamais soucié d'elle et ne s'en souciera probablement jamais, il a certainement mieux à faire. Puis ce n'est pas comme si elle avait quelque chose à voir avec tout ça, pas vrai ? Elle n'est qu'une gamine en manque de repères après que la vie l'ait malmenée elle n'a pas besoin de complots de ce genre sur le dos en plus.

— Écoutez, tout ça ce n'est pas pour moi, je ne sais pas quelles idées vous vous faisiez, mais…
— Tu es curieuse, intelligente et brillante,
commence par dire Marina avec enthousiasme. Herald ne t'a pas choisi sans raisons, tu ne serais pas là si ça n'avait pas été le cas.
— Quoi ? Qu'est-ce que mon père vient faire là-dedans ? C'est cet imbécile de King qui m'a emmené ici, Herald était déjà mort.
— Et comment crois-tu que cette idée lui soit venue ? Il voulait te marier au premier venu, même si tu n'avais que quatorze ans, surenchérit Marina qui commence à perdre la jeune fille. Herald voulait que tu nous rejoignes à sa mort, il était persuadé que tu serais à ta place ici… avait-il tort ?

Evangeline était heureuse ici c'est vrai, mais tout ça là, ça rimait à quoi ? Le Gouvernement Mondial et des complots ? Il n'y a pas si longtemps ce n'était qu'une gamine parmi tant d'autres, elle n'a rien de spécial. Tout ce qu'elle veut c'est qu'on la laisse tranquille. Bouleversée par les révélations et tout ce qui se bouscule dans sa tête, elle quitte cette pièce étouffante et retourne dans sa chambre. Le simple fait de penser qu'elle ait été manipulée et qu'Herald, qu'elle considère comme son père, lui ait encore menti lui donne la nausée.
La nuit porte conseil comme on dit, pour ça il aurait fallu qu'Evangeline parvienne à trouver le sommeil. Chaque heure, chaque minute, chaque seconde, pendant tout le temps qui la séparait du lever du soleil elle n'a pas pu dormir. La faute à toutes ces pensées qui se bousculent, mais au bout de la nuit elle a commencé à voir des connexions là où il n'y en avait pas auparavant. Par exemple les documents sur le Pensionnat Delarosa qu'elle a trouvé dans le bureau de Salvatore. Certainement laissé à la vue de tous volontairement. Une semaine seulement après la mort de son père Evangeline était conduite sur cette petite île au milieu de nulle part. Officiellement pour y être instruite afin de faire d'elle une jeune femme prête à marier. En revanche officieusement, Herald comptait sur les nones pour lui révéler les secrets de l'archéologie ? Tout ça sur une intuition ? Herald était un homme très secret, Evangeline se demande si finalement cet héritage qui fait tourner toutes les têtes ne serait pas l'un de ces secrets. Au cours de son passage dans la vaste demeure des King elle a entendu toutes sortes d'histoires sur le commerce que les Queen faisaient par le passé, certains ont même insinué qu'ils avaient des liens étroits avec le marché noir. C'est d'ailleurs de mystérieux contacts qui ont propulsé Mango Punch sur le devant de la scène.
Tout est lié, tout à un sens. Vraiment ? Evangeline ne pensait pas avoir à démêler un secret aussi tordu. Herald l'a peut-être protégée avec ses mensonges, mais ils restent des mensonges. Pourquoi tout le monde se sent obligé de lui mentir ? La manipuler ? Ou la trahir. Tandis qu'Evangeline ouvre les volets de sa chambre et fixe l'horizon de ses yeux marqués par des cernes, elle se dit que le monde est contre elle. C'est un combat perdu d'avance, autant lâcher prise. Tout ça maintenant elle en rigolera, elle prendra le malheur, le bonheur et toutes les petites choses de la vie avec humour. Comme pour sceller son pacte elle éclate de rire alors qu'une larme perle sur sa joue.

— Evangeline ? Est-ce que ça va ?

Faisant les cent pas devant la porte depuis dix bonnes minutes, Octavia s'inquiète d'entendre Evangeline rire aux éclats ainsi. Incapable de trouver les mots pour ce qui c'était passé la veille, elle imaginait le pire. Contre toutes attentes, la porte s'ouvre et à sa grande surprise c'est une blonde souriante et pétillante qui se montre. Rassurée un court instant, la none lui trouve quelque chose de différent, presque inquiétant. Faisant fi de toutes ses inquiétudes, elle prend son courage à deux mains.

— Evangeline, je…
— C'est bon, tout va bien,
répond Evangeline qui offre son plus beau sourire. J'avais juste besoin de temps pour digérer la nouvelle, tout ça quoi.
— D'accord, répond Octavia un peu perplexe et hésitante. Donc on prend notre petit déjeuner et on se met au travail ?

Très mesurée avec cet élan enthousiasme, Octavia se retient, mais elle est heureuse de voir qu'Evangeline a finalement accepté de les rejoindre. Très discrète, la jeune femme ne parle pas beaucoup de ses sentiments, pourtant elle apprécie particulièrement la jolie blonde. C'est une vraie tornade partout où elle passe, un véritable vent de fraicheur sur ce pensionnat parfois trop calme.

Tout ça doit être perturbant, non ? Je commence par la fin, puis je vous révèle LE complot de l'histoire. Je vous rassure je n'en ai pas encore terminé avec les rebondissements, Evangeline n'est qu'au prologue de l'aventure que sera sa vie. Mango Punch, le Pensionnat Delarosa, ce n'est rien comparé à ce qui l'attend. Au début de toute cette histoire je vous ai promis de l'amour, de la trahison et de la passion. Je serais une bien mauvaise conteuse si je manquais à mes devoirs, c'est pour ça qu'on va accélérer un peu. Faites-moi confiance, vous ne voulez pas que je vous fasse un cours d'archéologie, c'est ennuyant à mourir. Evangeline en revanche trouvait ça passionnant, sauf qu'elle venait de découvrir qu'une infime partie des secrets de ce monde, sa curiosité faisait le reste. Vu sous cet angle c'est inévitable, on est obligé de se passionner pour un sujet aussi mystérieux.
Sœur Marina avait vu juste, Evangeline est bien la personne brillante qu'elle avait imaginée, un peu trop même. Rapidement elle vint à bout des connaissances limitées que l'on trouvait dans la bibliothèque secrète du pensionnat. Pour poursuivre sa formation et parfaire ses connaissances on lui conseillait diverses adresses, comme Ohara par exemple, mais elle refusait de quitter cet endroit. Toutes ses années dans la rue, puis au milieu des vipères et manigances, elle avait enfin trouvé une véritable famille. La fête organisée par les nones pour ses dix-huit ans fut spectaculaire, Sœur Marina n'avait pas regardé à la dépense et avait offert une soirée mémorable à ses consœurs et à sa jeune protégée. Seule dans la cale du navire qui l'éloignait des cendres encore chaudes du pensionnat, Evangeline repensait inlassablement à cette soirée. Maintenant qu'elle y repense, c'est vrai qu'il y avait comme un air de fin du monde ce soir-là, comme s'il n'y aurait jamais de lendemain. Tout s'est passé très vite, mais elle peut encore compter les restes des corps si elle ferme les yeux. Dix corps calcinés, onze nones. Evangeline n'était pas la seule survivante de ce drame… ce pourrait-il que la seconde survivante soit la responsable de l'incendie ? Qui cela peut-il être dans ce cas ? Et pourquoi ? Chaque fois qu'une page se tourne dans sa vie, elle se retrouve seule face aux innombrables questions sans réponse. C'est ça le secret de la vie sur les mers alors : une éternelle cavale sans attaches.


Un chapitre 5 en cavale à travers West Blue.

Le Pensionnat Delarosa a été emporté par les flammes et le monde a continué de tourner. Personne ne s'est inquiété des nones, dépeintes comme des marginaux réfractaires aux lois du Gouvernement Mondial dans les journaux. Pour les plus tendres, car certains les associaient sans preuve à la Révolution. Face au monde nous ne sommes que des grains de poussière, voilà la triste réalité. Pendant que des marchands s'engraissent en exploitant la misère ou que des femmes sont abandonnées à leur triste sort, le monde lui continue sa course folle. Au fond, pourquoi s'en soucier ? Tout part en vrille, un vent sinistre s'apprête à souffler sur les mers et personne ne fait rien. En réalité la seule chose qui importe vraiment c'est sa propre petite personne et rien d'autre. Moi-même j'ai essayé de me soucier des autres, aider mon prochain et toutes ces conneries. Tout ce que ça m'a apporté ? Plus d'ennuis et encore moins de reconnaissance. Les gens sont contents de vous trouver pour les aider, mais c'est comme un dû pour beaucoup et ça ne fonctionne que dans un sens. Evangeline avait appris cette leçon très tôt dans les rues de Mango, puis avec le temps elle s'était laissée attendrir par les douceurs de la vie. Durement rappelée à l'ordre quand une nouvelle fois sa vie volait en éclats. Six mois que l'incendie avait ravagé le pensionnat et elle faisait encore des cauchemars, chaque fois elle avait l'impression de pouvoir ressentir la chaleur des flammes. Les nuits étaient courtes et les journées longues, apprendre auprès des érudits d'Ohara ne fut pas une mince affaire. C'est qu'on ne peut pas se pointer comme une fleur et dire : "Bonjour, je voudrais étudier le siècle perdu.". L'archéologie dans son ensemble est devenue dangereuse, mais c'est la mort assurée pour ceux qui fouille un peu trop loin.
Le monde avait peut-être continué à tourner, mais Evangeline se souvenait des nones, elle se souvenait de Mango et de ses inégalités. Incapable de prétendre pouvoir changer les choses, elle pouvait au moins être ce grain de sable dans les rouages du monde. Pour ça elle allait avoir besoin que de bien plus qu'un sourire, en attendant c'est ce qui lui avait offert une chambre et un travail. Rien de bien glamour, la jolie blonde était chanteuse dans un bar, mais ça lui assurait à la fois une certaine sécurité et le confort. Le soir après une journée éreintante elle rejoignait les bibliothèque d'Ohara pour étudier toutes sortes de domaines. Evangeline ne se contentait pas de l'archéologie, c'est l'histoire du monde dans sa globalité qui l'intéressait. Désireuse de comprendre comment il est devenu celui qu'elle connait, elle lisait et relisait le moindre ouvrage qui attisait sa curiosité. Parmi ses préférés on retrouve les aventures de Gol D. Roger et de son équipage. Montblanc Norland, dans une moindre mesure, était captivant dans son genre. Le monde était si vaste, il y avait tant d'histoires et d'aventures qu'elle passait parfois des nuits entières le nez dans les bouquins. La pétillante jeune fille ne laissait personne indifférent, dès son premier jour elle avait su captiver les foules. Face à ce sourire personne ne résiste bien longtemps et son assiduité dans la lecture était d'autant plus surprenante. Evangeline apparaissait comme une de ces filles coquettes et soignées, pourtant elle était au milieu des livres poussiéreux et elle affichait une réelle passion dans ses découvertes. C'est ainsi, un jour comme un autre vers la fin de l'année 1499, qu'elle rencontra Esteban.
L'amour n'est pas un sentiment qu'Evangeline avait eu le loisir d'explorer. Certainement qu'elle pourrait citer une ou deux personnes avec qui elle se sentait bien, mais ça n'a jamais duré assez longtemps pour se concrétiser en quoi que ce soit. Esteban était différent, mais ils le sont tous au début n'est-ce pas ? Il était gentil, drôle et très intelligent. L'alchimie paraissait évidente entre Evangeline et le jeune érudit de vingt-trois ans. Le premier amour, c'est quelque chose pas vrai ? Les papillons dans le ventre, un sentiment de légèreté et toutes les niaiseries qui vont bien. Les petits coins de paradis ne manquaient pas sur Ohara et Esteban avait déniché un endroit magique à cette heure de la journée. Journée qu'ils avaient passé ensemble loin des livres, pour s'évader un peu, rire, discuter et flirter. Le soleil n'allait pas tarder à se coucher et offrir un spectacle éblouissant, le jeune homme avait juste le temps d'une question avant ça.

— Les jolies filles, drôles et intelligentes ça ne vient pas se perdre à Ohara, tu sors d'où au juste ? Demande Esteban entre sérieux et admiration.
— J'ai été créée par les écureuils de l'espace pour corrompre votre monde et m'en emparer !

Esteban pouvait s'attendre à tout, sauf à ça comme réponse. Les écureuils de l'espace ? Une idée qui laisse Evangeline dans ses pensées un court instant. La faute à Octavia qui aimait la taquiner sur cette théorie complètement folle.

— Un peu de mystère, ça me va, pour l'instant, répond Esteban avant de ricaner. Et pourquoi Ohara ? J'y ai grandi et crois-moi, il n'y a pas plus ennuyeux que ce vieil arbre de cinq milles ans.
— Moi je le trouve magnifique, confesse Evangeline avec douceur. Tu te rends compte le nombre de générations qu'il a vu passer ? Il a certainement vu naître les plus grandes idées de ce monde.

Jamais Esteban n'avait entendu quelqu'un parler avec autant de passion d'un arbre, mais Evangeline n'était pas comme tout le monde. Certes ce n'est pas sur Ohara qu'il aurait pu rencontrer une fille comme elle, cependant elle a quelque chose que les autres n'ont pas. Une joie de vivre sincère et une telle passion pour le monde qui l'entoure, c'est remarquable. Elle est remarquable à ses yeux.

— Tu sais quoi, j'aimerais vivre plusieurs siècles moi aussi et voir le monde évoluer…

Interrompue par le magnifique coucher de soleil auquel ils assistent, Evangeline est surprise par un Esteban entreprenant et ce n'est pas pour lui déplaire. La scène ne manque de romantisme avec le ciel qui change de couleur. Voilà qui suffit pour rendre la jeune femme un peu plus heureuse, mais elle ne peut faire taire cette petite voix dans sa tête qui lui répète avec douceur : Tout va mal finir, comme d'habitude…
Au cours de l'année 1500 un événement qui bouleversa le monde connu eut lieu, la mort de celui que l'on surnommait le Roi des Pirates. Un titre amplement justifié quand on regarde ses victoires et ses exploits. L'équipage des Pirates Roger était littéralement au sommet du monde quand leur capitaine fut arrêté. Beaucoup vire là un changement, mais ce fut bien plus que ça c'était un véritable raz-de-marée. Gol D. Roger clama sur l'échafaud à qui voulait bien l'entendre qu'il laissait son trésor à celui qui le trouvera. Il n'en fallait pas moins pour pousser forbans, explorateurs et autres opportunistes sur les traces du plus célèbre des pirates. L'aventure appelait quiconque avait un jour rêvé de parcourir les mers en toute liberté. Evangeline était de ceux-là, la liberté c'est ce qu'elle avait toujours désiré depuis toute petite. Seulement elle avait trop de respect pour Roger après avoir lu et relu ses aventures, elle ne se voyait pas piller son trésor pour une quelconque quête de gloire. Les mers étaient sur le point de changer, mais personne ne semblait en mesure de discerner les changements à venir. Paix ? Chaos ? Soulèvement ? Qu'est-ce que pouvait bien réserver l'avenir, voilà ce qui intéressait Evangeline, plus que le trésor d'une légende qui aura à jamais marqué ce monde de son emprunte. C'est aux côtés d'une autre légende qu'elle se posait la question.

— Et toi vieille branche, tu sais ce qui nous attend ? Tu as tout vu, tout vécu, je me demande si c'est lassant ou grisant…
— Le savoir c'est le pouvoir mademoiselle, lança un vieil homme qui surpris Evangeline dans ses pensées.

Une fraction de seconde la jeune femme a bien cru que c'était l'arbre de la cognition qui lui répondait, mais ce n'est que l'un des érudits de la bibliothèque. Evangeline le connait brièvement, il lui a conseillé plusieurs livres durant l'année qui s'est écoulée.

— J'ai ouïe dire que vous aviez les faveurs de ce cher Esteban, poursuit le vieil homme avec amusement. Mais en vous voyant, je comprends mieux pourquoi il est moins assidu.

Riant avec douceur, Evangeline est ravie de ce compliment teinté d'humour. Présent depuis quatre décénies à Ohara, Oscar est une véritable encyclopédie vivante. Le moindre livre et le moindre parchemin, il connait la bibliothèque mieux que sa poche. Esteban l'a souvent décrit comme un libre penseur, parfois même comme un marginal. En vérité c'est un homme qui n'aime pas les idées toutes faites, il aime explorer les innombrables possibilités de ce monde.

— Monsieur Oscar, reprend Evangeline qui retrouve son sérieux. Vous pensez vraiment que le savoir c'est le pouvoir ? Pourtant regardez cet endroit, je vois beaucoup de savoir et très peu de pouvoir.
— Remarque intéressante, mais ce que nous faisons ici est parfois plus dangereux qu'il n'y parait, je ne t'apprends rien j'imagine.
— Non, en effet, mais cet arbre majestueux a vu plus de choses que nous n'en verrons jamais et pourtant ce n'est qu'un arbre, explique la jeune femme pour aller au fond de sa pensée. Je pense que c'est l'humanité qui corrompt le savoir pour en faire un pouvoir, si on ne donne aucune valeur à une information alors on limite son impact.

Le vieil érudit avait déjà remarqué l'intellect de la jeune femme, cependant elle n'était pas seulement brillante, elle avait aussi un esprit vif et aiguisé. Sans surprise il se revoyait quelques décénies plus tôt alors qu'il était encore avide de savoir. Tout ça c'est loin pour cet homme qui fêtera son soixante-dixième automne dans deux ans. La soif de savoir il l'a perdu quand il découvert le danger qu'il représentait. Evangeline a raison dans ses paroles et pourtant ça ne l'empêche pas de poursuivre ses recherches, comme si elle cherchait des réponses dont elle n'avait pas encore les questions. Surprenant pour quelqu'un d'aussi jeune, mais de bon augure pour l'avenir de ce monde.
Gagner la confiance des plus grands esprits d'Ohara n'est pas chose aisée, en particulier pour une étrangère sortie de nulle part. Détail dont Evangeline dû s'affranchir auprès d'Oscar avant de pouvoir espérer jeter un œil aux plus précieux recueil de la bibliothèque. Parler de son passé n'est pas ce que la jeune femme sait faire de mieux, mais c'était là un tribut honnête. Face à Oscar elle n'en menait pas large et pourtant elle a conté son histoire sans omettre aucun détail, pas même ses déboires de jeunesse dans les rues de Mango. En réalité cela ne faisait que confirmer l'exceptionnel force de caractère qui se cachait derrière ces jolis yeux gris. Evangeline n'a pas eu une vie facile et si elle a joué de chance plusieurs fois, elle en a aussi payé le prix. Combien à sa place se serait écroulé ? Et combien encore se serait résigné. La jeune femme qui s'affirmait de plus en plus n'était pas de ceux-là et elle le prouvait chaque jour. Bien sûr Oscar ne pouvait lui confier les plus grands secrets que cache ce sanctuaire du savoir, en revanche il pouvait parfaire les bases de l'archéologie qu'elle avait déjà acquises auprès des nones. Le vieil érudit connaissait d'ailleurs l'existence de ces dernières, en particulier la plus jeune, Octavia, mais il s'était bien gardé de le confier à sa nouvelle protégée.

— Evangeline ? Tu es encore là ? Il est trois heures passées, tu devrais te reposer, s'inquiète Oscar qui découvre la jeune femme encore le nez dans les livres.
— Désolée Oscar, mais je voulais terminer ça, s'excuse Evangeline sans convaincre. Je peux dormir là pour cette nuit ? Je serais partie avant l'arrivée de tout le monde, promis.
— Tu t'es encore disputée avec Esteban ? S'enquière l'érudit qui soupir. Bien, mais ne veille pas trop tard s'il te plait.

La relation entre Evangeline et Esteban a longtemps été au beau fixe, puis la jeune femme s'est plongée dans les recherches et à mesure que les semaines passaient les deux tourtereaux se sont éloignés. Oscar connaissait bien le garçon et il savait à quel point il était amoureux de cette fille, mais il savait aussi combien elle tenait à étudier. Au contraire d'Esteban qui a abandonné ces devoirs envers la bibliothèque, Evangeline a redoublé ses efforts.
Les mers étaient de plus en plus agitées alors que bientôt une nouvelle année allait commencer, l'an 1500 aura été un véritable tournant pour tout le monde. Une véritable vague ornée d'une tête de mort déferla sur chaque recoin bleu. Plus personnes n'était à l'abri de tomber sur un pirate assoiffé de sang ou un mercenaire à la solde du plus offrant. Evangeline quant à elle menait une vie plus studieuse et se fichait bien de ce qui pouvait se jouer sur les mers. Au contraire d'Esteban qui lui n'en pouvait plus de rester sur cette île à ne rien faire. Un jour il rêvait de refaire le monde, un autre de le défendre et le surlendemain il voulait couler des jours heureux avec Evangeline. L'attitude versatile du jeune homme trahissait sa confusion quant à son avenir, lui qui pensait avoir découvert le secret du bonheur avec l'amour. Il apprend à ses dépens que rien n'est jamais simple dans ce monde, mais ce n'est pas à cause de sa relation amoureuse, plutôt du choix draconien qu'on lui offrit. Plus tôt dans la journée il a été abordé par un homme qui lui a proposé une grosse somme d'argent en échange d'un petit service. Inquiet et perdu dans ses pensées Esteban n'écoutait pas Evangeline s'enthousiasmer sur ses récentes découvertes. Absorbée par ce flot de paroles, elle-même ne prêtait pas attention à ce qui se passait autour d'elle.

— … le port ? C'est là que tu voulais m'emmener ? S'enquière Evangeline qui ne comprend pas la manœuvre à peine dissimulée.
— Et si on partait, là, maintenant, fini par lâcher difficilement Esteban. Partons loin d'ici et écrivons notre propre histoire.
— Quoi ? Mais Oscar m'a promis de m'en dire plus sur l'un des grands secrets et… Esteban ? Qui… qui est cet homme ? S'inquiète maintenant la jeune femme qui voit un homme les approché.
— Dante, Mademoiselle, je suis ici sur ordre de Salvadore King.

Le ciel étoilé semble lui tomber dessus, Evangeline en avait presque oublié le nom des King avec ses recherches. Hors de question pour elle de revenir sur Mango, sauf qu'elle n'avait visiblement pas le choix. Plusieurs hommes l'entouraient, arme à la main.

— Dante ! Vous aviez promis de ne pas lui faire de mal…
— Seulement si elle se rend sans faire d'histoire,
répond le mercenaire avec une main sur l'un de ses pistolets.
— Quoi ? Esteban qu'est-ce que… tu veux dire… pourquoi ?
— Pour ceci.


Dante coupe court au suspense et au supplice du pauvre garçon qui manque de tourner de l'œil avec tant d'émotions. Evangeline réalise alors qu'elle a été vendue pour une poignée de Berrys et par celui qu'elle pensait aimer. Tout ce que voulait Esteban c'est une autre vie et pour ça il était prêt à trahir la confiance de la jeune femme… au début tout du moins.

— Dante attendez… je ne veux pas de votre argent ! Laisse-nous partir et vous n'entendrez plus parler de nous, supplie Esteban pour se racheter.
— Et m'assoir sur la récompense sur cette petite tête blonde ? Bien sûr, je vous donne mon bateau si vous voulez.

Les hommes de main du mercenaire rient de bon cœur, mais Esteban est sérieux et fait face à Dante pour avoir gain de cause. Tout ce qu'il récolte c'est un coup de crosse dans la tempe.

— Je t'aime bien petit, alors je vais en rester là, murmure Dante à l'oreille du jeune homme au sol. Mademoiselle Queen, si vous voulez bien vous donner la peine.



Dernière édition par Elliot Capone le Jeu 8 Avr - 12:09, édité 1 fois
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Histoire 3/4

Chapitre 6, retour à la case départ.

Tout le monde a un prix vous savez, inutile de jeter la pierre sur ce pauvre Esteban – surtout quand on sait comment il termine, mais ça c'est une autre histoire. Puis honnêtement le premier amour on en fait tout un plat, en vérité ce n'est pas pour rien que c'est le premier. Un jour ça devient un souvenir comme un autre, peut-être pas tout de suite pour Evangeline qui voyait encore la vie lui jouer un mauvais tour. Au fond ce n'est pas la trahison de son amant qui est le plus dur, c'est tout ce qu'elle perd en quittant Ohara. Oscar était prêt à lui confier de nouveaux secrets sur ce monde et au lieu de ça la voilà dans un navire crasseux. Nul doute qu'un bon coup de serpillère n'aurait pas été une mauvaise chose, heureusement sa cabine n'était pas la plus ragoutante. Cabine qu'Evangeline n'avait quitté que par obligation et ce même si Dante lui rappelait qu'elle n'était pas prisonnière. Retenue de force oui, captive non, c'est un mercenaire après tout, il n'a pas inventé la poudre à canon quoi. Depuis le hublot de sa cabine elle ne voyait que la mer et rien d'autre, elle ne s'était pas rendue compte qu'elle était si loin de Mango. Salvadore avait toujours eu des projets pour Evangeline, projets partis en fumée comme le Pensionnat Delarosa. Certainement qu'il aura compris qu'elle ne faisait pas partie des cadavres. Tout de même, un an et demi pour lui mettre la main dessus, il valait mieux être sûr de son coup. La colère que ressentait Evangeline s'amenuisait à mesure que les vagues frappait la coque du navire. Puis honnêtement qu'est-ce qu'elle aurait bien pu faire ? Elle n'a plus huit ans, elle ne peut plus courir à travers la ville pour fuir ses poursuivants. Pendant tout le temps qu'elle est restée sur Ohara elle s'est faite de nombreux amis, elle refusait de les savoir en danger. Dante est un chasseur de prime et pas l'un des plus connu pour sa patience.
Sans être heureuse de faire son retour sur la terre de sa naissance, Evangeline était au moins curieuse de découvrir ce que Mango lui réservait. Un point sur lequel elle ne sera pas déçue et alors que la ville se dessine à l'horizon, c'est l'adolescente qu'elle était qui repense à ce qu'elle a encore laissé derrière elle. La liste est longue, mais elle s'est promis de toujours aller de l'avant quoi qu'il arrive.

— Mademoiselle Queen, vous quittez enfin votre cabine ? Lance Dante avec un sourire narquois. Je commençais à me demander si vous ne souffriez pas du mal de mer.
— Vous vous souciez vraiment de moi ? Ou de la prime ?
— Tout n'est pas noir ou blanc vous savez, il y a des nuances,
philosophe le mercenaire pour lui répondre.
— Et moi je suis un arc-en-ciel…

Un murmure emporté par le vent que Dante n'est pas sûr de comprendre, il doit abandonner la jeune femme à ses rêveries et retourner derrière la barre. Incapable de décrocher de la vue que lui offre le pont avec cette jolie blonde cheveux au vent, il accoste sur l'île de Mango Punch avec inquiétude en pensant ce qui pourrait bien arriver à cette fille. C'est bien la première fois qu'il a des états d'âme en conduisant sa prise à bon port, tout est toujours différent quand il s'agit d'Evangeline. Imperturbable en toutes circonstances, il émane d'elle comme un magnétisme. Hélas, la prime promise par Salvadore King ne vaut pas la peine de tout sacrifier pour de si jolis yeux. Pour autant ça ne va pas l'empêcher de trainer un peu dans le coin pour profiter de la ville et du festival qui s'annonce.
Mango Punch n'avait rien perdu de ses couleurs et de sa misère, pendant qu'elle traversait la ville Evangeline pouvait encore entrevoir les fissures derrière le masque. Rien ne change jamais vraiment, pas vrai ? Ou jamais dans le bon sens. Tant qu'il y aura des puissants pour exploiter les plus faibles il en sera ainsi éternellement. Le regard que l'héritière adoptive des Queen portait sur cette ville n'était plus celui d'une enfant, il était plus sérieux, plus mûr. Les seuls à pouvoir y changer quelque chose étaient obnubilés par l'or que génère un endroit comme celui-ci. Comment leur en vouloir quand cet or si précieux fait tourner le monde. Evangeline retrouvait la demeure où elle a passé une partie de son adolescence avec un pincement au cœur. En revanche elle se serait bien passé de revoir Salvadore et son visage crispé par un faux sourire. Plusieurs personnalités qu'elle côtoyait déjà à l'époque était présente, c'était sans doute un divertissement pour eux.

— Evangeline, je suis heureux de te savoir en vie, affirme Salvadore sans convaincre. Dès que j'ai su pour Delarosa j'ai imaginé le pire, je n'en dormais plus la nuit.
— Et je suis persuadée que vous avez tout mis en œuvre pour me retrouver,
commence par répondre Evangeline qui ne manque pas de piquant en poursuivant. À la seconde où vous avez appris que j'étais encore de ce monde bien sûr.
— Retrouvailles touchantes, mais le temps c'est de l'argent.


Dante est impatient de terminer ce contrat pour aller se saouler à la première taverne qu'il trouvera, néanmoins il reste intrigué par les paroles de la jeune femme. Pour avoir un peu échangé avec elle, il connait tout le mal qu'elle pense des King et de sa clique. Derrière une réponse qui fait doucement sourire tout le monde et dont personne n'a saisit le fond, elle affiche clairement son dégoût. Finalement ce mercenaire n'est pas l'idiot du village que l'on pouvait imaginer, puis il était plutôt bel homme et… hors sujet, je sais.
Les affaires reprenaient pour Salvadore et il se rapprochait un peu plus de ce maudit héritage sur lequel il lorgne depuis des années. Herald avait assuré ses arrières et il avait fait en sorte que personne hormis Evangeline ne puisse en profiter. Tous les scénarios avaient été consigné par l'avocat, même la mort de la jeune femme. Salvadore pouvait maintenant garder un œil sur elle, sauf qu'une seconde d'inattention suffit pour que sa précieuse poule aux œufs d'or soit déjà dans la nature. Hors de question pour Evangeline de rester enfermée dans cet endroit plus longtemps. La ville était bien plus intéressante, en particulier une fois la nuit tombée. Un contre-temps comme celui-ci remet les choses en perspective, mais elle pourra reprendre son enseignement là où elle l'a laissé quand toute cette histoire sera terminée. Tout ce qu'elle veut là tout de suite c'est se vider l'esprit avec un verre. La vie de noble très peu pour elle, puis la simple idée de rendre fou Salvadore la fait sourire. C'est dans une taverne qu'elle a bien connue dans sa jeunesse qu'Evangeline atterrit. À sa grande surprise personne ne l'a oublié, tout le monde se fige en la découvrant sur le pas de la porte.

— C'est ça l'ambiance du Cochon Cendré ? Patron ! Tournée générale ! C'est le grand Salvadore King qui régale !

Evangeline sait soigner ses entrées, voilà qu'elle jette une bourse d'or sur le comptoir, subtilisée quelques minutes plus tôt dans le bureau de Salvadore. L'ambiance bascule dans la joie et l'euphorie, si bien que tout le monde leva son verre à la "Princesse du peuple". Un titre pompeux, néanmoins il suffit pour faire sourire l'intéressée.
Célèbre pour sa bière fruitée et son rhum arrangé, le Cochon Cendré faisait salle comble. Tout le monde voulait voir la jeune femme et entendre les histoires qu'elle voulait bien leur conter. Les habitants sont en pleine récolte en ce moment, ils ont besoin de s'évader avec des histoires venues du reste du monde. Parfait, Evangeline en a à revendre après son passage à Ohara, un endroit qu'elle espère retrouver très vite. Sauf que le destin est parfois capricieux et la journée était loin d'être terminée avec la nuit enivrée qui s'annonçait. Soudain un homme entra à son tour dans la taverne, au contraire des autres soiffards entrés avant lui, celui-ci créait un silence pesant.

— Alors c'est donc vrai, la petite chienne des King est de retour parmi les siens, lance-t-il en faisant ricaner les gros bras qui l'entourent.
— Gato ? L'adolescent boutonneux moche comme un pou ? Bordel ! Comment c'est possible ? Tu es encore plus laid qu'avant ! Rétorque Evangeline qui rit avec un excès devant une foule hésitante entre hilarité et crainte.

Les erreurs de Gato lui ont couté un œil et quelques côtes cassées, mais c'est les risques du métier. Au moins il peut se vanter d'avoir survécu à Mango Punch, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. La réputation de petite frappe appartient au passé, c'est maintenant un dur comme on en fait plus. Personne n'aurait osé lui parler ainsi par exemple, tous craignent donc le pire pour Evangeline – même s'ils ont trouvé très drôle cette joute verbale.

— Aller fait pas cette tronche et vient boire un verre, comme au bon vieux temps…
— Le bon vieux temps ? Tu sais ce que ça m'a coûté tes conneries ?!
S'emporte Gato qui rejoint la jeune femme d'un pas décidé.
— Détend toi un peu, ça fait plus de dix ans, il y a prescription, non ? Poursuit Evangeline qui va pour finir sa bière avant que Gato en décide autrement.
— Pour toi peut-être ! S'énerve le malfrat qui donne un coup dans la bière avant de la saisir par le cou. Tu aurais dû rester dans ton joli palais, princesse.

Sans surprise c'est avec un dédain non mesuré que Gato la surnomme ainsi. Evangeline s'entendait plutôt bien avec lui avant qu'il décide de tout foutre en l'air. C'est lui qui a décidé de piller la cache, tout ça pour asseoir sa supériorité sur quelques gamins. La jeune femme a beau être en mauvaise posture elle n'a rien perdu de sa fougue.

— Va te faire foutre Gato, lâche-t-elle la gorge serrée. Tu ne m'as jamais fait peur, alors ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer.
— On en reparlera quand je t'aurais cassé les bras et les jambes, tu…
— Tous doux camarade,
lance Dante qui fait une apparition salvatrice en pointant son pistolet sur Gato. Lâche la gamine ou je refais la déco avec ta cervelle.
— Eh oh je suis pas une gamine.


Les gros bras de Gato tentent bien voler à son secours, mais Dante dégaine un canon scié pour les tenir en respect. L'ambiance est redescendue et tout le monde retient son souffle, finalement Gato lâche sa prise et se recule en levant les mains.

— Bah alors mon minou ? Tu as aussi perdu ta paire de couilles ?

Dante doit s'interposer pour empêcher que toute cette histoire vire au bain de sang. Visiblement Evangeline a trop bu et elle se laisse un peu trop aller aux insultes en tous genres. Les deux gorilles ne sont pas de trop pour évacuer leur patron. Une fois la situation calmée, le mercenaire pose un regard curieux sur la jeune femme. Il n'imaginait pas qu'elle serait du genre à se saouler à la taverne, pour sa défense la journée a été riche en émotion.

— Tournée générale ! S'écrit Evangeline qui relance l'ambiance.
— Tu as peut-être assez bu, tu ne crois pas ? S'enquière Dante qui ne compte pas voler à nouveau à son secours.
— Mon héros, s'amuse-t-elle en passant ses bras autour du cou du mercenaire. Pitié, ne joue pas les rabats joie, je n'aurais bientôt plus l'occasion de m'amuser… cette nuit ne se terminera jamais !

Tout juste servie, Evangeline descend cul sec son verre avant de rire aux éclats. Dante ne s'est pas inquiété des raisons qui poussent un homme comme Salvadore King à offrir une telle récompense, en particulier sur une si jeune cible. Pas avant ce soir en tous cas, car sous l'effet de l'alcool cette dernière se confie sur les sombres projets du maître des lieux. Pour elle ça ne fait aucun doute, bientôt elle sera mariée de force à un imbécile manipulé par Salvadore. Fuir serait la meilleure option, cependant Evangeline est certaine que ce mystérieux héritage n'a pas fini de révéler tous ses secrets.

Mango Punch brillait de ses plus belles couleurs à l'approche de la Fête des Fruits, un événement encore plus spécial cette année puisqu'il voyait le retour d'une figure de l'île. La nouvelle avait bien sûr fait le tour de la ville en une nuit et personne n'était passé à côté. Evangeline était appréciée des habitants, même après ces années d'absence suite au décès du très estimé Herald. C'est d'ailleurs sur sa tombe que la jeune femme se rendait au lendemain d'une beuverie mémorable. Fixant l'épitaphe sur la pierre tombale elle est pensive, si finalement il avait tout prévu ? Une pensée qui la hante depuis le Pensionnat Delarosa. C'était un homme secret c'est vrai, mais personne ne peut prédire à ce point les coups de l'adversaire, si ? Tout ça vire à la mascarade et Evangeline n'est pas certaine de pouvoir tenir le coup. Heureusement elle peut compter sur un renfort de poids en la personne de Dante. Le mercenaire l'attend à la sortie du cimetière.

— Je doute que Salvadore te paies pour me surveiller, lance Evangeline qui essuie une larme sur sa joue. Ou alors tu es déjà fou de moi ?
— Je t'aime bien, c'est tout, alors ne gâche pas tout gamine.


Dante était impressionné par les émotions qui se succédaient sur le visage de la jeune femme. Sortant du cimetière la mine basse et l'œil larmoyant, elle affiche ensuite un sourire tout aussi sincère avant de rire aux éclats. Les extrêmes ça la connait, mais est-ce simplement une façon de se défendre ? Ou une personnalité haute en couleurs. Peu importe à vrai dire, Evangeline était de bonne compagnie, parfois borderline comme hier soir, mais elle savait s'amuser.
La Fête des Fruits aura encore cette année rapporté un joli pactole aux King, même si chaque année les touristes se déplace toujours moins nombreux. Certainement la faute à la situation tendue sur les mers. Pendant que le monde est au bord du chaos, Salvadore lui cherche un prétendant pour Evangeline. Un garçon de bonne famille qui pourrait leur apporter une nouvelle route commerciale pourquoi pas, peut-être même un garçon qu'il aurait sous sa coupe. C'est ainsi qu'un véritable défilé s'organisait à Mango Punch. Les King organisaient un gala ou un banquet toutes les semaines. Au moins Evangeline pouvait boire et s'amuser sans jamais réellement se décider, faisant ainsi durer le suspense et mettant à rude épreuve la patience de Salvadore. En réalité si elle ne parvenait pas à choisir c'est que durant la nuit, après avoir filé par la fenêtre de sa chambre, elle retrouve Dante dans une taverne. Le mercenaire est resté plus longtemps que prévu finalement, on se demande pourquoi. Une jolie fille comme Evangeline ça vous fait tourner la tête. Puis après Esteban elle avait bien le droit de profiter de la vie. D'ailleurs du côté de la jeune femme ça n'avait rien à voir avec sa précédente histoire, rien de sérieux. Au contraire de Dante qui se surprit à éprouver des sentiments, mais comment lui en vouloir ? La jeune Queen avait pour elle de nombreuses qualités, même s'il avouait volontiers avoir parfois du mal à la suivre.
Sans jamais céder aux exigences de Salvadore King, Evangeline restait sur Mango et menait la belle vie en dilapidant la fortune de ce dernier. Personne dans toutes les histoires des beuveries n'avait laissé de tels pourboires, c'était parfois indécent. Pour elle c'était un juste retour des choses, mais aussi une petite vengeance. Ruby avant elle avait pris soin de dilapider allègrement la fortune d'Herald Queen, puis n'avait même pas attendu vingt-quatre heures pour se retrouver dans les draps de Salvadore. Très loin de Mango maintenant, elle coulait des jours heureux dans une autre ville d'après les rumeurs. Une chance, sinon Evangeline l'aurait certainement jetée au fond de la mer. Tout ceci paru bien futile quand un événement tragique enflamma les mers. Ironie du sort c'est dans une bibliothèque en ville que la jeune femme entendu la nouvelle.

— Tu as entendu pour Ohara ? La Marine a déclenché un Buster Call !
— C'est tragique, mais il parait qu'ils abritaient des ennemis du Gouvernement !
— Mon pote sur les quais m'a dit qu'ils cachaient même des armes ! Genre des trucs qu'on n'aurait jamais vu avant !


Evangeline se figea en écoutant ces rumeurs grotesques. Ohara, Oscar et tous les autres, même ce pauvre Esteban ne méritait pas un tel sort. Saisissant plusieurs journaux que la jeune femme feuilleta, elle eut droit à tous les détails de cette triste histoire. Le Gouvernement Mondial avait déclenché un Buster Call sur Ohara en réponse aux actes d'un certain Centes Decima. Un nom qui n'était pas inconnu à Evangeline qui l'avait certainement lu quelque part, mais pour avoir vécu à Ohara quelque temps elle est certaine que personne n'a jamais prononcé son nom. Face à ce que voulait bien divulguer les journaux, les rumeurs et ce qu'elle savait sur cet endroit, elle était terrorisée. Tout ceci ne peut être une coïncidence. Tous ces érudits sacrifiés au nom de quoi ? Le savoir ? Impossible ! Quel genre de secret nécessite une telle barbarie, car c'est ni plus ni moins qu'un génocide.
Le monde n'avait pas tardé à reprendre sa routine, comme un mécanisme bien huilé, même sur West Blue la destruction d'Ohara ne faisait plus débat. Aux yeux de tous le Gouvernement Mondial représente la plus haute autorité de ce monde, alors s'ils ont fait une telle chose c'est qu'ils avaient leurs raisons. Foutaises ! Ohara ne méritait pas ça, les érudits non plus et l'arbre de la cognition… plus de cinq siècles d'existence pour finir ainsi. Evangeline aussi était remontée, mais comme d'habitude elle était impuissante. Pire encore puisqu'elle avait l'impression que peu importe où elle aille un drame se produisait. Évidemment qu'elle en voulait au Gouvernement Mondial, la Marine ou au reste du monde pour faire comme si ce n'était qu'un simple fait divers. Sauf que ce n'était pas ça le plus triste dans cette histoire, cela avait un impacte sur Evangeline qui pensait être heureuse. Le schéma de sa vie se répète et si tel est le cas, alors elle n'est pas au bout de ses peines. C'est en voulant rejoindre Dante qu'elle s'en rendit compte, il avait laissé une chambre vide et son navire n'était plus à quai. Les habitants lui répondaient tous la même chose : le chasseur de prime a filé avant le lever du soleil avec son équipage. Une nouvelle histoire d'amour qui se terminait brutalement, c'est à croire qu'elle était abonnée aux drames et à une éternelle vie de solitude. Salvadore King ne se souciait aucunement des états d'âme de la jeune femme, poursuivant ses efforts pour lui trouver un époux digne de ses exigences.

— Tu as marqué beaucoup de points auprès de Carlington tu sais, il aimerait beaucoup te revoir, dit Salvadore au beau milieu du repas.
— Il est gras et il sent l'oignon, il est hors de question que j'épouse ce porc, répond sèchement Evangeline sans mesurer ses paroles.
— Il va bien falloir te trouver un homme, tu es une Queen, tu représente un nom, une famille, tu…
— Ferme-la !
S'énerve la jeune femme qui d'un geste brusque envoie voler son assiette. Pour qui tu te prends pour décider de qui je dois épouser et ce que je dois faire de ma vie ? Va en enfer ! Toi et ta clique de consanguins ! Étouffe-toi avec ta maudite famille !

La réplique pleine de colère ne pouvait pas espérer meilleure fin, Salvadore commença à s'étouffer avec un os de caille. Un peu d'aide et le voilà hors de danger, mais l'affront ne saurait être toléré. Evangeline avait quitté la table après avoir assisté à la scène non sans une certaine satisfaction, c'était pour elle un châtiment approprié. Une attitude qui lui vaudrait bientôt les pires rumeurs, personne ne défie les King sans en assumer les conséquences.


La malédiction du chapitre 7.

Le peuple peut vous soutenir, vous aduler et même vous admirez, pourtant il ne faut pas grand-chose pour que tout s'écroule comme un château de cartes. C'est à se demander si les tyrans ne sont pas dans le vrai, pourquoi aider un peuple qui retourne sa veste à la moindre occasion. Au final on s'aperçoit qu'il est impossible de satisfaire tout le monde, il y aura toujours des voix mécontentes qui s'élèvent. Une leçon durement apprise par Evangeline qui avait quitté la vaste demeure des King pour une maison en ville. Rien de très luxueux, elle n'avait jamais vécu dans le luxe et l'opulence alors ça n'allait pas commencer à l'aube de son vingt-et-unième anniversaire. L'entourage de Salvadore King s'était occupé de la réputation de la jeune femme avec le plus grand soin, la faisant passer pour une sorcière. Inspiré par les événements du dîner il n'a pas été difficile pour eux de répandre la rumeur. Très vite plus personne ne voulait approcher Evangeline, certains parce qu'ils affirmaient l'avoir vu faire des rites diaboliques, d'autres parce qu'il la pensait maudite. Tantôt elle était la fille du diable, tantôt son sinistre messager et les rumeurs continuaient ainsi, toutes plus improbables les unes que les autres. Le plus dur pour la jeune femme aura été les premiers mois, en particulier quand on l'accusait d'avoir ensorcelé Herald Queen pour mettre la main sur l'héritage. Les choses se sont tassées après quelques semaines, puis après quelques mois les habitants l'ignoraient plutôt que de changer de trottoir.
Evangeline ne le montrait pas, mais toute cette histoire avait eu un impact sur elle. Découvrir qu'il suffit de quelques rumeurs pour qu'on lui tourne le dos, c'est dur. Pourtant elle devrait être habituée, Esteban l'avait vendu pour une poignée de Berrys. Parfois elle repense à son séjour sur Ohara et aux multiples scénarios qui auraient pu se produire. Toujours après quelques verres de trop, jusqu'à ce qu'un matin elle découvre un étrange paquet sur le pas de sa porte. Le colis soigneusement emballé aura mis du temps pour lui parvenir et pour cause, l'expéditeur était Oscar. Déposé sur la table, Evangeline fixe le paquet sans oser l'ouvrir. Dix bonnes minutes sont nécessaires pour qu'elle se lance, non sans une grande inspiration pour se donner du courage. À l'intérieur elle découvre un livre et une lettre manuscrite, c'est bien l'écriture illisible d'Oscar ça ne fait aucun doute. La lettre détaille les circonstances du départ de la jeune femme, le vieil érudit s'excuse même de n'avoir rien vu venir au sujet d'Esteban. Le jeune homme était venu se confier à lui quelques semaines plus tard, honteux de ce qu'il avait fait. Les choses commençaient déjà à bouger sur Ohara et Oscar craignait de plus en plus pour sa sécurité. L'avenir lui donnera raison, mais au moment d'écrire cette lettre il met ça sur le compte de sa paranoïa. Au bout de cette longue lettre Evangeline retrouve des excuses de la part de l'érudit, persuadé qu'il aurait pu changer les choses. C'est dans un post-scriptum qu'il parlait du livre, mais la jeune femme devait déjà se remettre de ce flot d'émotions.
Installée à l'ombre d'un arbre au calme, Evangeline feuilletait le livre que lui avait légué Oscar. Il s'agissait de ses notes personnelles, tout était codées bien sûr. Esprit brillant certes, c'était aussi un grand paranoïaque. Comme il aimait le dire, il n'y a pas de génie sans un soupçon de folie. Le monde a perdu un grand homme, Evangeline est heureuse de l'avoir connu et surtout de pouvoir relire ses recherches. Pour ça il lui faudra encore percer le code derrière le charabia de ce livre, mais elle retrouve l'espoir qu'elle avait perdu. Tout ce qu'elle faisait ces dernières semaines c'est boire et trainer en ville. Rien ne semblait la stimuler. Coup de pouce du destin ou coïncidence, ce cadeau tombé du ciel arrivait à point nommé et il n'était pas le seul. Plus tard Evangeline s'apprêtait à rentrer chez elle, quand elle retrouva un visage familier sur le pas de sa porte.

— Octavia ?
— Bonjour Evangeline,
répond timidement l'ancienne none. J'ai demandé en ville où je pourrais te trouver, personne ne voulait me répondre.
— C'est le mauvais œil ça, s'ils prononcent mon nom ils devront se désinfecter la langue ou je ne sais quelle autre connerie.


Étonnamment impassible devant cette vieille connaissance, Evangeline refreinait magistralement ses émotions. Au contraire d'Octavia qui étouffa un sanglot avant de voir la jeune femme la prendre dans ses bras pour la calmer. La jeune none du pensionnat avait bien changé et pourtant elle était toujours cette fille fragile et innocente. En apparence seulement, car son attitude trahi la honte qu'elle éprouve face à Evangeline. Toutes ses années sans donner signe de vie et voilà qu'elle réapparait à quelque jour d'un anniversaire important. Coïncidence ? Tout est lié, tout à un sens, cependant pour cette fois la jeune Queen va faire abstraction de tout ça et profiter de ces retrouvailles.
Pile de livres, manuscrits éparpillés et cadavres de bouteilles, Octavia ne s'attendait pas à ça en découvrant l'intérieur de cette maison hors de la ville. Un endroit qu'une vieille femme a bien voulu lui indiquer en échange de quelques Berrys. Tout le monde change il faut croire, sauf le passé et les événements du pensionnat. Evangeline fait comme si ça n'était pas arrivé alors qu'elle prépare du thé, Octavia redoute malgré tout cette discussion. C'est une jeune femme brillante, encore plus que lors de son séjour à Delarosa quand on regarde l'intitulé de chaque livre.

— Alors qu'est-ce que tu deviens ? Tu as l'air en forme, dit simplement Evangeline en servant le thé.
— On va vraiment jouer à ça ? Simplement deux copines qui se retrouvent ? Répond froidement Octavia.
— Tu préfères que je te demande pourquoi tu as mis le feu au pensionnat ? Pourquoi tu as disparue sans donner de nouvelles ? Pourquoi tu reviens maintenant ?
— Je… désolé pour tout ça, je n'aurais pas dû venir…


Les questions sans réponses étaient nombreuses et ce n'était pas la première fois, Evangeline avait appris à vivre avec tout ça. Pendant qu'elle était à Ohara, une source inépuisable de savoir, elle a appris que la vie n'est qu'un éternel questionnement. Pourquoi ci, pourquoi ça et comment ça, ainsi de suite. Sauf que si on se laisse ronger par tout ça, on finit forcément par devenir dingue. La vie est plutôt simple quand on y pense, tout ce qu'il faut c'est pensé à soi et marcher avec des œillères. Toutes les plus grandes histoires sont le fruit d'une forme d'égoïsme, même celle d'Evangeline.

— Ne sois pas idiote, tu es la bienvenue ici, reprend-t-elle pour retenir Octavia. On parle de ce que tu veux, si tu veux parler de la pluie et du beau temps, ça me va.
— Je ne sais même pas par où commencer,
soupir Octavia qui se rassoie face à Evangeline.

Contrairement à Evangeline, Octavia n'avait pas beaucoup changé. Il se dégageait de la jeune Queen une aura toujours plus colorée, plus puissante même, c'était perturbant. Pourtant à en juger par ce qu'elle a vu jusqu'à présent ça devrait être tout le contraire. Un peu plus à l'aise après une tasse de thé, l'ancienne none finie par se confesser.
Un accident, voilà ce qui se cachait derrière le mystère de l'incendie du Pensionnat Delarosa. Octavia s'est disputé avec Marina et dans la précipitation des cierges sont tombés sur un rideau, la vétusté de l'édifice à fait le reste et le feu s'est propagé rapidement. La sœur supérieure a tenté de contrôler le feu, mais elle a été la première à se faire emporter par les flammes. Une scène qui força Octavia à fuir les lieux sans se soucier des autres nones. Un jour sinistre pour tout le monde, même si finalement Evangeline a joué de chance. Au moment où l'incendie s'est déclenché elle était de corvée à l'extérieur, voilà une heureuse coïncidence. Peu importe que ce soit la véritable histoire où non, les remords d'Octavia eux sont bien réels. La pauvre est inconsolable, encore plus lorsqu'elle voit Evangeline lui pardonner. Le passé c'est le passé, non ? Elles ne peuvent pas remonter le temps et tout changer, alors il faut aller de l'avant et se concentrer sur l'avenir. Marina et les autres nones ne méritaient pas un tel châtiment, mais elles n'auraient pas voulu que leur œuvre s'arrête avec leur mort.

— Tu as poursuivi les recherches ? Demande Evangeline après un court silence. J'imagine que tout est parti en fumée, seulement tu ne penses pas qu'il y avait un sens à tout ça ?
— Non, j'ai tout laissé derrière moi, c'était trop dur de faire tout ça sans les autres… et toi ? Tu as l'air d'avoir poursuivit les recherches à ce que je vois.

— Plus ou moins, disons que je cherche encore des réponses sur toute cette merde.

La vie change tout le temps pour Evangeline, parfois si vite qu'elle n'a pas le temps de suivre. Les quelques recherches qu'elle menait encore c'était pendant de brefs moments de lucidité. Un retour en arrière qui lui faisait plus de mal que de bien, alors la plupart du temps elle se laissait porter par le courant. Puis les notes d'Oscar lui sont parvenues et maintenant Octavia. Tout est en place, la voilà à l'un de ces moments où tout bascule. Naïvement Evangeline pensait s'être préservée en évitant de nouer le moindre lien. Voilà qu'un fantôme de son passé réapparait et pas n'importe lequel, encore jeune à l'époque elle n'a jamais su ce qu'elle ressentait pour Octavia. La question ne se posait plus vu qu'elle était présumée morte, sauf que maintenant qu'Evangeline la retrouve c'est comme si rien n'avait changé.
Un vingt-et-unième anniversaire fêté en toute intimité pour Evangeline, mais ça lui suffisait largement. En ville elle avait pu compter sur quelques soutiens, même si elle était toujours une sorcière aux yeux d'une grande majorité. Tous ceux présents à la fête était unanime sur Octavia, une jeune femme douce et adorable. C'est vrai qu'elle avait vite retrouvé la personnalité que connaissait Evangeline, cependant il y avait quelque chose de différent. Peut-être était ce les années, la maturité ou simplement le passé. Toujours est-il qu'Octavia ne paraissait plus si sincère sur les événements du pensionnat, elle se faisait très discrète sur les années qui ont suivies. Pourtant elle semblait filer le parfait amour au bras de la jolie blonde qui n'avait pas été difficile à séduire. Evangeline agissait sur l'instant présent et elle était bien avec Octavia. Bien sûr il était encore un peu tôt pour parler d'une grande histoire d'amour, mais ces deux-là se montraient très complice. Sauf que la jeune Queen avait d'autres préoccupations que cette amourette, pour son vingt-et-unième automne elle devait recevoir le précieux héritage que tout le monde lui enviait. Tout le monde était présent quand l'avocat ouvrait la lettre scellée il y a de ça plus d'une décennie. Seulement son contenu allait en décevoir plus d'un. Salvadore King espérait y trouver une quelconque richesse, au lieu de ça ce n'était qu'un vieux carnet de notes. Evangeline ne pu s'empêcher de rire aux éclats en voyant les visages déconfis. Heureusement qu'elle avait encore la fortune des Queen pour garder sa place à Mango, sans quoi les King se seraient fait une joie de la jeter dans le premier navire.
Toutes ces années d'attente et de secrets pour un carnet écorné, Octavia avait du mal à imaginer Herald attendre aussi longtemps pour léguer pareille camelote. Evangeline avait depuis longtemps revu à la baisse ses espoirs, mais face à ces étranges notes elle était finalement plutôt contente. Pour rien au monde elle n'aurait voulu autre chose après avoir vu la tête de Salvadore.

— Et c'est tout ? Tout ça pour ça ? Demande Octavia qui apparait déçue.
— C'est mieux comme ça, crois-moi, cette famille ce n'est que des problèmes.

Jetant le carnet sur un meuble, Evangeline prend une bouteille de rhum avant de s'installer confortablement. Les mauvaises habitudes ont la vie dure et de toutes façons elle n'a pas le cœur à faire la fête. Secrets, héritage ou complot, c'est épuisant au bout du compte, elle préfère encore boire pour oublier. Au grand dam d'Octavia qui imaginait un tout autre dénouement à cette histoire. D'ailleurs tandis que la jeune Queen s'endort après avoir bu un peu trop, elle feuillète le carnet sans jamais rien trouver. Tout ce qu'il contient concerne le commerce des ancêtres de la famille et quelques annotations sur le coin de certaines pages. Herald avait sous-entendu que cet héritage valait tous les dangers, pourtant même les King ne s'attendait pas à découvrir ce carnet. Octavia vient à se demander si tout ceci n'est pas une mascarade montée de toutes pièces, peut-être même qu'Evangeline lui cache quelque chose. Pendant qu'elle dort, l'ancienne continue de fouiller l'appartement, mais là encore elle ne trouve pas l'ombre d'un indice.
Le réveil est difficile pour Evangeline, cependant elle avait besoin de ça pour oublier toutes ces conneries, c'est presque devenu un réflexe. Au moins quand elle est ivre et qu'elle s'écroule de fatigue elle ne réfléchit plus. Chaque fois c'est pareil, dès qu'elle est sobre elle se met à réfléchir et tout retourner dans sa tête. Herald, le pensionnat, Ohara et le lien qui réunit tout ce petit monde : l'archéologie. Tant de choses ont mal tournée et si elle n'était jamais devenue une Queen ? Si ce jour-là elle avait terminée dans la plantation. Voilà pourquoi elle boit, mais à son réveil elle ne trouve plus sa bouteille de rhum, d'ailleurs elle ne retrouve plus rien. La maison a été retournée et Octavia n'est plus là. Reprenant doucement ses esprits, Evangeline comprend que le retour de son amie n'était pas une coïncidence. À vrai dire elle l'a toujours su, mais elle ne voulait pas y croire et comme une idiote elle a cru que tout ceci pourrait bien se terminer. Tout ce qu'elle avait à faire c'est se laisser porter par le courant, même ça c'était une erreur. Il lui reste quoi comme option ? Elle n'a pas le temps d'y penser on frappe à la porte. Personne quand elle ouvre, simplement un mot accroché là avec une lame. Voilà ça commence, tout va encore partir en vrille. Un point de rendez-vous. Une heure. C'est grotesque et Evangeline aimerait avoir le choix, mais Octavia a gardé le carnet de son père et ça change tout. Peut-être que ce n'est que de vieilles notes pour beaucoup, mais pour elle ça a bien plus de valeur. Sauf qu'ils sont tous focalisés sur quelque chose de plus précieux que les mots, mais comme le disait Oscar : Le savoir c'est le pouvoir.
Le soleil n'est pas encore levé et une épaisse brume a recouvert les quais de Mango Punch. Baillant bruyamment en arrivant, Evangeline retrouve Octavia à genoux, les mains et les pieds liés. Derrière elle se tient quelqu'un sous une capuche, on ne discerne pas son visage. Nul besoin, la jeune Queen sait déjà de qui il s'agit et elle coupe court au suspense.

— Je me demandais si tu aurais le courage de faire le sale boulot toi-même ou non… Salvadore.

Le ravisseur se fige sans répondre alors qu'Octavia regarde son prétendu bourreau. Tout ce petit monde espérait un peu plus de cet héritage et maintenant qu'ils l'ont sous les yeux c'est la déception. Certainement qu'ils imaginaient autre chose, peut-être même qu'ils pensent qu'il y a un message caché. Sauf qu'ils n'ont rien trouvé, alors ils ont monté cette mascarade pour pousser Evangeline à leur révéler le secret tant espéré.

— C'est bon, inutile de jouer la comédie, je sais que vous êtes de mèche et…

Soudainement le ravisseur pousse une pierre dans l'eau qui emporte avec elle Octavia, difficile de rester de marbre face aux hurlements. Evangeline aurait-elle fait une erreur de calcul ? Levant enfin le mystère sur son identité, l'inconnu révèle son visage sur un coup de théâtre.

— Marina ?!
— Je pensais vraiment que cette idiote allait parvenir à obtenir les informations dont j'avais besoin, mais elle était amoureuse, tu le crois ça ?
Lance Marina qui rit aux éclats.
— Bordel, mais à quoi tu joues ? Je croyais que tu étais morte dans l'incendie !
— Je croyais que tu étais morte dans l'incendie,
répète la sœur supérieure avec moquerie. Tu n'es qu'une petite sotte, comme Octavia, mais tu m'auras été très utile…

Sortant une arme à feu, Marina voit sa chance lui filer entre les doigts quand Evangeline plonge dans l'eau. Frustré, elle tire dans l'espoir de finir le travail, mais tout ce qu'elle parvient à faire c'est alerter les villageois. L'eau est trouble et Evangeline n'est pas une bonne nageuse, soudain elle aperçoit Octavia qui se débat. Utilisant la lame arrachée de sa porte pour la délivrer, elle voit son amie manquer d'air. Parvenant malgré tout à couper la corde, Octavia perd connaissance et le temps lui manque pour la remonter alors qu'elle manque elle aussi d'air. Heureusement sur les quais elle peut compter sur quelques badauds pour l'aider à la sortir de l'eau. Hélas il est déjà trop tard, Evangeline a tout tenté pour la sauver de la noyade et quand le médecin arrive enfin il ne peut que constater le décès.


Chapitre 8 et sa fin heureuse tant attendue ?

La misère des rues de Mango Punch, l'incendie du Pensionnat Delarosa, mais aussi Ohara et Octavia, tout nous conduit à cet ultime chapitre. Le dénouement est proche et pour ceux qui ont tenus jusque-là sans décrocher, bravo. Pour les autres… je vous comprends, même pour moi c'était un peu trop long cette histoire. Maintenant on en est où ? Une année s'est écoulée depuis que Marina a tué Octavia et a fuit la scène de crime. Tuer Evangeline aurait été un bonus non négligeable, mais elle avait entre les mains le précieux carnet des Queen. Banal et insignifiant en apparence, sauf pour celui qui sait où regarder. Les annotations en coin de page concernaient une géolocalisation et pas n'importe laquelle, celle d'un Ponéglyphe. Enfin ça Evangeline l'ignorait, elle avait compris que c'était une destination qui se cachait derrière ces gribouillis à peine lisibles, cependant elle ignorait où ils conduisaient. Les Queen avaient de nombreux secrets et surtout des liens étroits avec le Marché Noir, certains leur prêtaient même des accointances avec l'esclavagisme. Rumeurs oubliées de tous quand ils ont rejoint le vaste projet des King et c'est bien sûr pour cette raison qu'ils ont acceptés les termes d'un accord qui leur apportait le minimum. Tout ce dont ils avaient besoin c'était de redorer leur image et surtout se débarrasser en toute discrétion de tout ce qu'ils avaient acquis illégalement. Herald Queen connaissait la vérité sur ses ancêtres et c'est ce qui le rendait malade, plus que les manigances des King. Le précieux carnet était d'ailleurs la dernière preuve des sombres secrets des Queen, mais il était trop précieux pour être détruit vu ce qu'il contenait comme information. Salvadore dans tout ça pensait pouvoir mettre la main sur les prétendues caches de ses associés. Tout le monde est déçu dans cette histoire, sauf Marina qui n'a plus donné signe de vie après tout ça.
Mango Punch avait retrouvé son calme et ses habitudes, pour le plus grand bonheur de Salvadore qui voyait l'un de ses plus grands desseins prendre forme. Evangeline avait finalement succombé au charme d'un séduisant garçon proche de la famille King. Chose qu'elle se refusait encore il y a quelques semaines, mais il était si différent… il le sont tous, n'est-ce pas ? Celui-ci était gentil, attentionné et se préoccupait du bonheur de la jeune femme. La vérité c'est qu'après six mois dans l'alcool et la luxure à travers West Blue, Evangeline est revenue sur Mango pour reprendre la place qu'on lui a légué. Pendant des années elle était restée l'orpheline qui joue les princesses devant ses copains, il était temps pour elle de faire la paix avec son passé. Pour ça il lui fallait assurer sa présence à Mango et reprendre le rôle de garde-fou incarné si longtemps par Herald. Les King en avaient grand besoin, les revenus étaient en baisse avec les événements qui se déroulaient sur les mers. Le retour de l'héritière des Queen n'a pas été très bien accueilli, mais Evangeline a su gagner en crédibilité. Salvadore est peut-être un idiot doublé d'un incapable, cependant il sait saisir une main tendue si ça lui rapporte quelques Berrys en plus. Evangeline n'avait pas des idées révolutionnaires c'est vrai, sauf qu'en à peine un mois elle parvint à remettre tout Mango Punch sur la voie du profit. Un tour de force qu'elle ne doit pas seulement à son intelligence, plutôt aux beuveries endiablées qui l'ont amené à faire des rencontres inattendues. Offrant à Salvadore l'opportunité d'étendre leur commerce avec un investissement minimum. Bien sûr cela signifiait laisser plus de place à l'héritière des Queen et sur le papier ça ne lui posait aucun problème, cependant les anciens associés prirent vite le pli des nouveaux et ne voulait traiter qu'avec elle. Donnant toujours plus de place à la jeune femme au sein de la gouvernance de Mango.
Tout ce qui dérangeait Salvadore King avec le nouvel élan qu'apportait Evangeline, c'est qu'il avait l'impression de baisser son froc et c'était le cas. Jamais dans toute l'histoire de Mango un Queen ne s'était vu octroyer autant de responsabilités, une première. Forcément cela attirait tous les regards, en particulier celui d'un charmant jeune homme issu d'une famille depuis longtemps en affaire avec les King. Habituée aux déceptions amoureuses et aux fins tragiques, Evangeline ne pensait pas trouver l'amour le vrai, celui avec un grand A. Vitali avait pour lui le charme, l'intelligence et de l'humour, c'était aussi un membre respecté de la famille Drakon. Le grand-père du jeune homme, Sven Drakon, était d'ailleurs un membre de la Marine et officiait sur une île à un grade élevé. Le reste de la famille était quant à lui dans le commerce d'artefacts rares. C'est en tous cas la version officielle, car ce n'est pas sans raisons si les Drakon sont souvent sur l'Archipel Shabaody pour les affaires. Tout ça Evangeline s'en fichait, elle avait eu elle aussi son lot de rumeurs. Puis Vitali était un homme gentil et attentionné à son égard, alors elle n'avait aucune raison de se méfier. Lui et sa famille avait d'ailleurs grandement participé à la remise en forme du commerce sur Mango Punch. En revanche il aura été plus difficile pour le jeune homme de séduire Evangeline, mais derrière sa froideur elle n'avait jamais perdu sa foi en l'amour. Esteban, Dante et bien sûr Octavia, tant d'histoires dont les fins tragiques avaient mis à mal la jolie blonde. Pourtant elle s'était promis de se concentrer sur Mango et son nouveau rôle, sauf que l'amour est toujours là où on ne l'attend pas.
La fin heureuse que nous attendons tous se profile à l'horizon. Un an qu'Evangeline nage dans le bonheur et voilà que Vitali fait sa demande au cours d'une somptueuse soirée. Tout le monde est heureux pour eux, même Salvadore, mais il voit surtout une chance de se débarrasser des Queen une bonne fois pour toute. Pour le moment ce n'était pas à l'ordre du jour et il fallait encore préparer le mariage. Le peuple était bien sûr convié à la cérémonie, une grande fête serait même organisée en ville. Evangeline voulait partager son bonheur retrouvé grâce à Vitali, le jeune homme lui faisait oublier son passé et ses mésaventures. Jamais elle n'aurait pu imaginer, le jour où elle reprit sa vie en main, que ça la mènerait dans les bras d'un ténébreux brun aux yeux verts. Les doutes faisaient partie du jeu, puis il y avait aussi cette petite voix dans sa tête pour lui hurler de faire demi-tour. Plus jamais elle ne voulait avoir peur de l'avenir à cause de son passé, elle tenait d'ailleurs à faire la paix avec celui-ci.

— Salvadore, je peux te parler ? Demande timidement Evangeline à la porte du bureau.
— Bien sûr, entre, je réglais quelques expéditions de dernière minute, répond-t-il de la façon la plus amicale possible.
— J'aurais un service à te demander, bafouille la jeune femme qui cherche ses mots. Je sais que nous avons eu des différends, mais… j'aimerais beaucoup que tu me conduisie à l'autel pour mon mariage.

Une nouvelle qui ne manque de surprise, Salvadore reste sans voix devant pareille demande. La tradition veut que ce soit le père de la mariée qui la conduise devant l'autel, hélas Herald n'est plus de ce monde depuis longtemps maintenant. Les King est ce qui se rapproche le plus d'une famille pour Evangeline, une famille dysfonctionnelle, mais une famille quand même.

— C’est-à-dire que… je, souffle difficilement Salvadore qui ne s'attendait pas à ça. C'est d'accord, je te conduirais à l'autel si c'est ce que tu souhaites.
— Je sais que ça a l'air idiot dit comme ça… mais je veux faire la paix avec mon passé, avec vous et avec les King, Mango Punch est chez nous après tout.


C'est peut-être les années qui l'ont ramolli ou cette demande surprise, voilà que Salvadore essuie une larme sur sa joue. Trois fils et pas une seule fille, alors que le patriarche qu'il est encore en a toujours désiré une. L'occasion ne se présentera pas deux fois, surtout avec les femmes après lesquels courent ses fils. La jeune Queen n'est peut-être pas la fille qu'il imaginait, cependant il doit admettre qu'elle a du mordant pour lui avoir tenu tête aussi longtemps. Puis quel caractère et quel panache pour ainsi lui demander un tel service, c'est définitivement elle la plus noble des deux. C'est donc avec honneur et plaisir qu'il la conduira devant l'autel.
Stressée et inquiète, Evangeline ne parvenait pas à trouver le courage pour franchir le dernier pas. Vitali était-il le bon ? Qu'est-ce qui l'attendait ensuite ? Les vieilles habitudes ont la vie dure et comme toujours elle se pose un millier de questions. Pour se vider l'esprit elle échappe à la vigilance des habilleuses pour vagabonder en ville. C'est sur la tombe de son père qu'elle se rend, Herald, la seule vraie famille qu'elle n'aura jamais eue. Face à la pierre tombale elle se demande ce qu'il aurait pensé de tout ça, puis un sourire éclaircit son visage. Herald aurait certainement été heureux pour Evangeline, c'est une Queen accomplie et une jeune femme épanouie. Comment pourrait-il en être autrement ? Il n'a toujours voulu que son bonheur. Évidemment il y a encore de nombreuses zones d'ombre, mais avec le carnet qui s'est envolé tout a pris fin brutalement. Pour ce qui est du vieux carnet de notes d'Oscars il est soigneusement rangé dans une étagère. C'est mieux ainsi, Evangeline a appris à ses dépens que remuer le passé n'apporte que plus de souffrance. Tout ça elle le laisse loin derrière elle et elle va de l'avant. Rassurée, elle va pour quitter le cimetière quand elle aperçoit une vielle femme en pleure et à genoux devant une pierre tombale.

— Madame ? Tout va bien ? S'enquière Evangeline qui pose une main sur l'épaule de la vieille femme.
— Oui, excusez ce spectacle, ça aurait dû être l'anniversaire de mon époux aujourd'hui, répond difficilement la veuve.
— Et moi qui me marie aujourd'hui, soupir la jeune femme qui prend sur elle pour ne pas à nouveau craquer. Vous voulez me parler de votre mari ? Et peut-être que vous pourrez me dire votre secret pour être restée mariée aussi longtemps !

Les quelques mots d'Evangeline suffisent pour réconforter la veuve éplorée qui se relève, puis elle lui offre son plus beau sourire avant de se présenter sous le nom de Lilly. Faisant quelques pas ensemble pour discuter de tout et de rien, Evangeline apprend que le mari de cette femme était quelqu'un d'extraordinaire. C'est ce que toutes les jeunes mariées espèrent non ? Un long et heureux mariage avec l'homme parfait. En revanche aucun secret à dévoiler pour Lilly qui malgré tout confesse beaucoup de patience. Certainement la seule chose qu'il ne faut pas demander à Evangeline. Un peu plus tard alors que la future mariée doit retourner à ses préparatifs, elle voit la vieille dame lui offrir un présent.

— Merci pour cette discussion jeune fille, j'aimerais vous faire un cadeau de mariage pour le temps que vous m'avez consacré.
— Vous n'êtes vraiment pas obligée, ça m'a fait plaisir et ça m'a été très utile je vous assure.
— Alors faite moi le cadeau d'accepter ceci.


Un fruit, voilà ce que lui offrait Lilly pour la remercier. Rien de très surprenant sur Mango, les habitants ne sont pas très riches et cette femme ne possède surement rien de plus précieux. Dix millions ou un Berrys, peu importe, Evangeline accepte avec plaisir le cadeau. D'ailleurs elle croque dedans avec envie, même si le fruit ne doit pas être très mur ça fait plaisir à cette vieille femme.
Toute sa vie Evangeline a attendu ce moment précis, au bras de Salvadore elle s'avance vers un Vitali souriant. Une place dans ce monde, une vie heureuse et la liberté. C'est tout ce dont elle avait besoin. Les futurs mariés avaient bien sûr imaginé leurs deux ou trois enfants, les vacances en famille et la retraite au soleil. Toujours sur la même longueur d'ondes, ils partageaient un amour fusionnel. Plus heureuse qu'Evangeline le jour de son mariage ça n'existait pas. La cérémonie, le banquet et la fête en ville, tout était une réussite et l'espace d'une journée c'est tout Mango qui oubliait la ville telle qu'elle serait toujours une fois les festivités terminées. Sauf qu'avant ça il y avait la nuit de noce, Vitali avait mis les bouchées doubles pour séduire la jolie blonde dans sa robe rouge qui avait fait sensation. Tout était parfait, absolument parfait.

— Chéri, tu peux m'aider à enlever la robe, j'étouffe avec ce corset, demande Evangeline qui ricane à cause de la soirée bien arrosée.

Tout en douceur Vitali descend la fermeture dans le dos de la jeune femme, puis en dansant elle laisse tomber la robe. Un moment de romantisme qui tourne court quand elle manque de se prendre les pieds dans le tapis. Rigolant de son ivresse, elle se relève et entend soudain un cliquetis qu'elle ne saurait décrire. Evangeline n'a pas le temps de se retourner, le bruit étouffé du pistolet met définitivement fin à la soirée. La balle la touche dans le dos avec une précision chirurgicale et transperce en plein cœur.



Dernière édition par Elliot Capone le Jeu 8 Avr - 12:22, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La vie et la mort de la pétillante Evyl Queen ! [Terminée]   La vie et la mort de la pétillante Evyl Queen ! [Terminée] Icon_minitimeJeu 8 Avr - 11:58

Histoire 4/4

FIN… ou pas ? Épilogue alors !

Tadam ! Super fin, non ? Vous ne vous y attendiez pas je suis sûre. C'est la plus belle histoire d'amour de toutes les histoires d'amour, vraiment. Puis ce moment où elle enlève sa robe, je suis sûr que vous étiez accroché à votre caleçon. Je sais ce que vous vous dites : faut vraiment être tarée pour inventer une histoire pareille. Rappelez-vous, je vous ai dit que c'était une histoire vraie et que je n'inventais rien. Je vous ai menti c'est vrai, mais pas sur ce point. Tout ce qui est arrivé à Evangeline, le pire comme le meilleur, lui est vraiment arrivé. Vous voulez une preuve ? Très bien, alors je vais continuer cette histoire… bah oui, ce n'est la fin de notre histoire ! Sinon, comment je pourrais la raconter autrement ? Depuis l'au-delà ? Je suis trop badass, je sais, mais pas à ce point-là. Bon, reprenons nos esprits et remettons-nous au travail, on a une jolie blonde à ressusciter ! Une vrai Novelas cette histoire !

Mango Punch était en deuil, même si certains lui avaient un jour souhaité une chute malencontreuse dans les escaliers, jamais personne ne lui aurait voulu pareil destin. Evangeline avait été emportée par une crise cardiaque fulgurante pendant sa nuit de noces, vous y croyez, vous ? Bien sûr que non. Sauf qu'ils n'ont pas tous les détails de l'histoire, le peuple lui pleure la disparition tragique de l'enfant chérie des rues de Mango. Digne héritière d'Herald Queen elle avait su s'attirer la sympathie de tout un peuple contre vents et marée, en témoigne l'immense foule amassée devant le cimetière. Pas d'enterrement pour Evangeline, pas de crémation non plus. Non, Vitali avait souhaité quelque chose de plus clinquant. Grâce à un procédé dont je vous passe les détails, le corps de la jeune femme pu être préservé dans un cercueil de verre. Un vrai conte de fée en apparence – elle a surtout été empaillée en vrai ou pas loin. Figé un corps ainsi demande des connaissances troublantes, pour ne pas dire glauques. Toujours est-il que ça faisait son petit effet chez les habitants venus lui rendre un dernier hommage. La voir ainsi avec un teint de porcelaine, sans vie, sans un sourire, ça faisait quelque chose. Finalement le plus surprenant n'est pas le procédé de conservation, la foule en larmes ou encore le grand discours de Vitali, mais plutôt l'absence de Salvadore aux funérailles. Tout le monde connaissait les différents entre les deux, sauf que personne n'aurait pu imaginer une telle absence de la part du patriarche des King, en particulier après la volonté de paix d'Evangeline. Seulement s'il n'était pas présent pour ce jour funeste ce n'était pas pour une énième provocation, plutôt à cause du chagrin qui l'accable et le plonge dans une colère confuse.
Compétiteur dans l'âme, Salvadore aimait sincèrement voir Evangeline le provoquer et le défier. Un adversaire bien plus à sa mesure que pouvait l'être Herald. Tout ça c'était partie en fumée, au même titre que le sourire pétillant de la seule et unique Princesse de Mango Punch. La tristesse était immense pour ce pilier inébranlable des King, mais ce n'était pas la raison de sa colère. Evangeline avait connu la rue et frôlé la mort à de nombreuses reprises, Salvadore a donc du mal à croire à la thèse de la crise cardiaque. C'est à la fin de la cérémonie qu'il se montre enfin, le visage marqué par la fatigue et les yeux encore rouge. Sans un mot il reste à l'écart, un regard pensif sur le cercueil de verre. Une mascarade, cette cérémonie n'est rien d'autre qu'une mascarade à ses yeux. Pendant que la foule se disperse, Vitali vient à la rencontre de Salvadore.

— Je ne pensais pas vous voir, dit le jeune homme qui veut se montrer respectueux. Mais j'imagine que finalement Evangeline a réussit à vous séduire vous aussi.
— Hors de ma vue ou je vous jure que je vous arrache la langue, rétorque Salvadore qui affiche un calme glacial. Vous l'avez tué. Je ne sais pas comment, mais vous l'avez tué.
— C'est le chagrin qui parle, vous…
— Fermez-la !


La scène est visible de tous, Salvadore frappe Vitali au visage avec violence, pour cet homme toujours dans la retenue c'est une première. Par le passé il a souhaité la marier de gré ou de force, la sortir des affaires de Mango, mais jamais il n'a désiré sa mort. Tout simplement parce qu'elle est de la famille et que ça lui plaise ou non, en ce jour funeste où quand elle était encore une orpheline effrontée, elle était comme une nièce pour lui.

— Je voulais attendre avant de vous annoncer la grande nouvelle, mais puisque vous le prenez ainsi, reprend un Vitali de marbre alors qu'il crache un peu de sang. Mango Punch appartiendra bientôt aux Drakon et c'est à Evangeline que nous le devons.

Salvadore reste planté là glacé d'effroi devant cette nouvelle, pour le plus grand bonheur de Vitali qui se retire avec un sourire satisfait. Toute cette comédie pour mettre la main sur Mango Punch ? Vraiment ? Les King ne vont pas se laisser faire, mais pour ça encore faudrait-il qu'ils soient toujours une famille. Salvadore va vite découvrir que tout le monde à un prix quand on n'est plus au sommet de la chaîne alimentaire.

Six mois plus tard…

Le jour n'est pas encore levé sur Mango Punch quand un cri inquiétant vient interpeller les premiers à sortir pour aller travailler. Une femme en état de choc et désorientée est retrouvée au milieu du village, prononçant des paroles incompréhensibles à cause du choc.

— … plus là… vivante… revenue… morts…

Plusieurs habitants tentent de la rassurer en l'installant sur un banc, puis ils voient son fils ainé venir s'enquérir de son état. Le garçon doit avoir la vingtaine et travaille sur une plantation, il a l'habitude de voir sa mère se lever en même temps que lui et parfois elle va au cimetière pour déposer des fleurs. C'est au tour du médecin de faire son apparition, encore en pyjama. Rapidement il pose un diagnostic, cette femme est en état de choc. Le calme revient peu à peu, mais quand enfin elle révèle la raison de ce traumatisme un frisson parcours les personnes présentes.

— Evangeline Queen, elle… elle…
— Prenez votre temps, tout va bien,
insiste le médecin pour la ménager.
— Evangeline Queen, elle n'est plus là… son corps a disparu.

Voilà six mois qu'Evangeline Queen est morte et tout le monde lui a fait ses adieux au cours d'une cérémonie, alors qui aurait osé profaner cette tombe sacrée ? Pour en avoir le cœur net les habitants vont au cimetière, oubliant leur journée de travail. La Marine est déjà sur place et empêche quiconque de passer.

— On a le droit de savoir ! Hurle un premier habitant en colère.
— Dites-nous ce qui est arrivé ! S'emporte un second qui bouscule un soldat.

Les tensions s'apaisent quand Vitali Drakon fait son apparition, avertit par la Marine au moment même où les lieux étaient barricadés. Depuis maintenant quatre mois il dirige Mango Punch d'une main de fer et voir tout ce monde qui n'est pas au travail n'arrange pas la situation. Néanmoins c'est un homme avisé, il sait à quel point Evangeline Queen comptait pour eux. La sanction viendra plus tard, pour le moment il cherche à remettre tout le monde au travail.

— Calmez-vous, ça ne sert à rien de paniquer, assure Vitali pour tenter de retrouver le calme. Je vous promets de faire toute la lumière sur cette affaire, ce crime odieux ne restera pas impuni.

Pour les habitants c'était devenu un rituel, ils avaient pris l'habitude de venir se recueillir sur le cercueil de verre de leur défunte princesse. Certains étaient persuadés qu'elle était encore là quelque part, d'autres affirmaient même l'avoir entendu. Personne n'aurait osé s'en prendre à ce qui était devenu un lieu de recueillement et de prières pour les habitants.
Plusieurs nuits passèrent et les tensions retombèrent, cependant les habitants étaient inquiets et même terrifiés de savoir que le corps n'avait toujours pas été retrouvé après une semaine. Vitali depuis l'immense demeure d'où il avait expulsé Salvadore King quelques mois plus tôt, s'inquiétait encore plus. Conserver ainsi le corps était un risque, mais un tel hommage a eu des répercussions positives sur la population. Un risque calculé et personne n'aurait dû être en mesure de la sortir de son éternel cercueil. Tout simplement parce que si tel est le cas, alors les circonstances de la mort d'Evangeline Queen seront révélés au grand jour. Un problème qui lui cause des insomnies, mais bientôt il comprend que personne n'a volé le corps. Incapable de dormir Vitali décide de rejoindre les cuisines pour un peu d'eau, il manque de s'évanouir quand il découvre le corps de sa défunte épouse déposé sur la table.

— C'est une blague ? Pense-t-il à la lumière des bougies. Sérieusement, qui ferait une chose pareille…

Vitali imagine là un message de l'outre-tombe, comme un châtiment pour son crime. Pourtant jusqu'à présent il n'a montré aucun remord, mais il lui arrive parfois de penser à ce qu'aurait pu être sa vie aux côtés de l'héritière des Queen. Inenvisageable pour sa mère qui lui a conseillé de tourner sa mort en véritable spectacle. Architecte de toute cette comédie, Darya Drakon n'avait rien à envier aux génies criminels qu'elle côtoyait régulièrement pour ses affaires. Vitali au contraire de sa mère n'a pas les nerfs assez solides, en particulier quand il découvre le corps de sa défunte épouse ainsi abandonner. Approchant la bougie de son visage blafard il croit voir un sourire se dessiner doucement sur son visage.

— BOUH ! S'écrit Evangeline revenue d'entre les morts.

Une fraction de seconde seulement Vitali croit que tout ceci est réel, puis finalement il se réveille en sursaut dans son lit. Le médecin s'empresse de lui rappeler qu'il lui faut du calme. La chute a été rude, il a évité de peu la commotion en s'évanouissant ainsi. Rêve ? Ou réalité ? Vitali ne sait plus, à tel point qu'il demande au médecin quelque chose pour le calmer.
Les nuits qui précédèrent cet événement troublant Vitali faisait des terreurs nocturnes, une fois il a même fait dans son lit. Une nuit en particulier où il ne trouvait pas le sommeil malgré une lourde médication, il se retrouva recroquevillé dans un coin de sa chambre.

— Pitié, laisse-moi tranquille, répète-t-il inlassablement aux ombres qui le tourmente.
— Mon pauvre chéri, mais qu'es-tu devenu.

Un murmure dans l'obscurité, Vitali lève la tête et cherche l'intru dans sa chambre, mais il ne trouve personne. Pourtant une voix lui répond, mettant le pauvre homme dans un état de panique permanant.

— Evangeline ? C'est toi ?
— Evangeline ? Non, non, non, tu as tué Evangeline, tu te souviens ? Une balle en plein cœur.


Si quelqu'un cherche à le tourmenter c'est réussi, Vitali sanglote dans son coin et implore pardon à quiconque voudrait bien l'entendre.

— Pardon, pardon, pardon, pardon…
— Mais pour pardonner encore faut-il avoir un cœur mon amour.


Vitali lève les yeux et découvre avec horreur le visage souriant de sa défunte épouse. Evangeline se tient là juste devant lui, mais ça ne peut pas être possible n'est-ce pas ? Les morts ne se relèvent pas.

— C-C-Comment t-t-tu peux ê-être là…
— Oh comme c'est chou, tu bégayes, comme quand tu étais petit,
murmure Evangeline avec douceur. Tu te souviens ? Ta mère t'avais interdit de parler tant que tu bégayerais, comme elle serait déçue de te voir ainsi.
— P-p-pars ! V-va-t'en ! Par pi-pi-pitié !
Supplie Vitali qui peut sentir son cœur lui déchirer la poitrine.
— Tu vas faire quelque chose pour moi avant, tu veux bien ? Une toute petite chose.
— T-t-tout ce que t-t-tu veux ! Mais p-pars !
— Tout d'abord tu vas rendre cette île à Salvadore King, puis ensuite tu vas te rendre à la Marine et avouer ton crime et alors… peut-être que je cesserais de hanter tes nuits.


Pour Vitali c'est trop, il s'évanouie dans son urine quand Evangeline lui caresse la joue avec douceur. Retrouvé là par des serviteurs, il ne prendra même pas la peine de s'habiller au matin, après avoir signé les documents exigés par sa défunte épouse il se rendra à la Marine.
La nouvelle tombe et prend tout le monde de court : Vitali Drakon a avoué le crime de son épouse, Evangeline Queen Drakon. L'absence de preuves, en particulier du corps de la défunte, complique une affaire déjà assez dérangeante avec l'état psychologique du présumé meurtrier. Les médecins avaient rarement vu ça auparavant et le plus souvent auprès de soldats traumatisés par la guerre. Pour la Marine, c'était suffisant pour condamner Vitali Drakon et c'est à Enies Lobby qu'il fut envoyé, là-bas ils décideront de son sort, mais il apparait évident qu'il a besoin d'aide. Mango Punch se remettait doucement de ses émotions et ce n'était pas facile. Le corps disparu avait été remplacé par une statue et fleurie de toutes sortes de fleurs colorées, un vibrant hommage rendu par un donateur anonyme. Salvadore King quant à lui retrouvait sa demeure et sa ville, cependant il y avait une condition pour que la vie reprenne son cours et elle tenait en une lettre…

Mon Cher Salvadore,

Tout n'a pas été rose entre nous et peut-être que si j'avais eu plus de temps nous aurions pu être amis, mais je garde espoir, je sais qu'il y a du bon au fond de toi. Tu me l'as prouvé quand j'étais une étrangère entre ces murs, puis à mon mariage où tu m'as mené jusqu'à l'autel. Un moment à jamais gravé dans ma mémoire.
Inutile de chercher à me retrouver ou à comprendre toute cette histoire, disons que j'ai une seconde chance et que j'aimerais la saisir pour explorer le monde et ses secrets. La traversée des abysses m'aura au moins apprise une chose : la vie est précieuse, il ne faut pas la gaspiller. Non, mais tu m'entends dire ça à voix haute ? Manquerait plus que la mort me rende niaise et chiante !
Mango Punch revient à son propriétaire légitime, mais j'aimerais que ceci te serve de leçon pour l'avenir. Tu n'as pas toujours été le tyran que tu aurais voulu et tu le sais, alors essaie de gouverner avec plus de souplesse et de cœur, c'est ce qu'aurait voulu Herald et c'est ce que moi je veux. La ville et ses habitants méritent une fin heureuse, plus que la mienne en tous cas. Regarde, on a toujours été comme chien et chat, pourtant je n'ai que de l'amour pour toi… Tonton Salvadore ? J'aurais donné cher pour voir ta tête ! Ou peut-être que la voit d'où je suis ?

PS : Je plaisante ! J'ai déjà quitté Mango pour de nouvelles aventures, mais compte sur moi pour garder un œil sur notre île. Mango est un arc-en-ciel de couleur, elle doit apporter de la joie au monde, mais aussi et surtout à ses habitants.

PS2 : Encore moi ! Entretiens ma tombe, je ne veux pas voir une seule fleur faner, ok ? Sinon je te botte le cul !

PS3 : Oh, une dernière chose, si tu vois des écureuils de l'espace dis leur que je ne suis pas là. Merci.



Evyl.


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MessageSujet: Re: La vie et la mort de la pétillante Evyl Queen ! [Terminée]   La vie et la mort de la pétillante Evyl Queen ! [Terminée] Icon_minitimeJeu 8 Avr - 12:58

Je crois que tout est là... bon courage et bonne lecture ! C'est terminé de mon côté, je passe le relais aux personnes compétentes maintenant.
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