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 Trouver la folle [Mission : Solo]

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Tenshi Taya
Impératrice d'Amazon Lily
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MessageSujet: Trouver la folle [Mission : Solo]   Jeu 1 Mar 2018 - 15:30




Trouver la folle



    Les flots faisaient chavirer le navire de gauche à droite en un mouvement incessant de tangage. Certains n’appréciaient guère ce mélodieux va et vient. Pour moi, il s’apparentait étrangement à celui d’une berceuse qui perçait le silence de la plus noire des nuits. Il vacillait comme la lueur de cette unique bougie qui éclairait l’ombre, qui offrait le fol espoir d’une lumière au milieu de l’obscurité. Et soudainement, une brusque bourrasque vers la droite qui éteignait la flamme.

    Posant ma main sur mon cœur en prenant une profonde inspiration, le vent s’engouffra dans mes poumons, invasif. La flamme s’était éteinte depuis bien trop longtemps et l’air fit demi-tour, n’ayant rien pu prendre de plus que l’arrêt soudain de ma respiration. Toussotant, je fis descendre ma main vers ma ceinture, y effleurant le pommeau de mes lames. Une larme tomba sur la paume de mon autre main. Le vent avait commencé à m’arracher des pleurs. L’horizon m’indiqua alors que nous touchions au but.

    Tournant les talons, je vis des Amazones s’affairer sur le pont du bateau. Je me devais d’interroger tous les jours à quoi pouvait bien tenir leur fidélité. Je m’étais improvisée commandante, à la suggestion d’Erwin. J’avais joué bien d’autres rôles d’ailleurs. Celui-ci était-il également un mensonge ? Sans doute, mais il était nécessaire pour provoquer l’étincelle. Je n’attendais que ça et je devais provoquer ma chance. Si j’écoutais avec beaucoup d’attention toutes ces femmes, l’une d’entre elles avait particulièrement retenu mon attention : il s’agissait d’Orphen. Elle connaissait, mieux que quiconque, les enjeux géopolitiques de ce monde. Elle avait le flair et connaissait quelques sombres secrets du Gouvernement. Elle était un pion à jouer stratégiquement et je la savais dévouée pour le moment. Elle m’avait suggéré d’étendre mon pouvoir sur le monde pour couper l’herbe sous les pieds du Gouvernement. Suggestion que j’avais décidé de prendre en compte dans mes futurs objectifs.

    J’avais commencé par cette attaque d’un navire de prisonniers. Cela n’avait pas été un franc succès, néanmoins, j’en avais acquis une alliée de taille et j’avais affaibli le Gouvernement, d’une manière ou d’une autre. Si je les tenais occupés loin d’Amazon Lily, ils n’auraient pas le temps d’aller y faire un tour. Il fallait faire mal, il fallait balayer toute chance d’échappatoire. Les dés étaient jetés. Cette opposition allait mettre fin, soit à mon existence, soit à celle du Gouvernement. L’un des deux devait succomber sous les coups de l’autre. Et pour le moment, l’adversaire avait tout pour me réduire en miettes, il était simplement occupé à autre chose.

    Réunissant autour de moi Tia et sa seconde, Akane, je priais également Yone de se joindre à nous. Tia était une forte tête, à n’en pas douter, mais elle était prête à tout pour aider son peuple. Sa seconde, Akane, lui était totalement dévouée. Quant à Yone, personnalité bien plus discrète, elle ne manquait pas moins de talents et était une ingénieure de génie.

    - Comme vous le savez, nous cherchons à entrer en contact avec Kaminoke Katukna. Pour cela, nous devons trouver le chasseur de prime Akapable qui aurait une piste pour trouver notre femme. Nous devons à tout prix lui extorquer ses informations. Tous les moyens sont bons, mais j’aimerais mieux éviter d’avoir à user de la force. Trouvons-le, interrogeons-le et si besoin est… Nous ferons le nécessaire.

    Il n’y avait pas vraiment de pitié. De toute façon, il accepterait certainement en échange de quelques berrys. Ces chiens ne juraient que par l’argent. Zeke ne manquait pas de moyen et j’étais certaine qu’il me laisserait prendre quelques millions dans son organisation, si cela était nécessaire. Ainsi, j’avais déjà une idée bien fixée sur la façon dont les choses allaient se dérouler. Un peu d’argent et en échange, beaucoup d’informations.

    Le navire des Kujas arrivait enfin sur les rivages de l’île qui devait nous dévoiler notre chasseur de primes. Cette île était réputée pour loger quelques chasseurs de têtes et je devais faire attention. Toutefois, je ne craignais que très peu ce genre de repères. J’avais décidé tout de même de demeurer discrète. J’avais demandé aux femmes m’accompagnant de porter des tenues discrètes. Tia troqua ses tenues légères pour quelque chose de bien plus habillé à contrecœur et Yone enfila des habits si basiques qu’ils lui arrachèrent une grimace. En demandais-je tant que ça ? Quant à moi, j’avais enfilé un pantalon et un pull léger, ainsi qu’un large et long manteau sous lequel je pouvais dissimuler mes armes. Je donnais à chacune d’entre nous de grands chapeaux et des lunettes de soleil. Nous avions l’air de touristes et, heureusement pour nous, il y avait un fort soleil. Au moins, nous n’étions pas trop en désaccord avec le contexte extérieur.



    Arrivant au bord de l’île, je fus la première à descendre du navire, impatiente de découvrir notre nouvelle aventure et de précipiter notre grandeur. Yone fut la seconde à descendre. Elle posa sa main sur mon épaule, comme pour me pousser à me détendre. Tia et Akane suivirent. Me retournant vers toutes ces femmes, j’annonçai :

    - Séparons-nous pour couvrir plus de terrain, notre homme devrait se trouver sur cette île. Dès qu’une d’entre vous le trouve, arrangez-vous pour organiser une rencontre. Ne lancez pas les hostilités, je préférerais régler ce problème de manière pacifique. On se retrouve ici-même d’ici trois heures.

    Chacune avait son rôle à jouer et j’avais organisé les choses afin que nous n’ayons pas à nous marcher dessus. Si tout se passait bien, nous n’aurions aucun mal à trouver la personne que nous cherchions. J’avais peut-être trop confiance en moi. Ainsi, nous partîmes chacune de notre côté.

    L’île n’était pas bien grande, il y avait deux villes principales que j’avais l’intention de fouiller de fond en comble. Un chasseur de prime, ça ne pouvait pas passer inaperçu. Pourtant, mes recherches furent infructueuses. J’eus beau me promener partout, scruter le moindre grain de poussière, le chasseur de prime ne se cachait dans aucun d’eux. Il ne me restait plus qu’un seul espoir : que quelqu’un d’autre aie sa piste.

    De retour sur notre lieu de rendez-vous, je fus la seconde à arriver, à la suite d’Akane. Elle m’indiqua, d’un signe négatif de la tête, qu’elle n’avait trouvé personne. Nous fûmes rapidement rejointes par Tia qui n’avait pas non plus trouvé de piste. Et une bonne dizaine de minutes plus tard, ce fut Yone qui apparut à l’horizon.

    Porteuse d’une bonne nouvelle, elle nous annonça avoir trouvé Akapable et être parvenue à lui arracher une rencontre. Cette femme toujours perdue dans ses inventions était décidément pleine de surprise. Elle avait certainement su trouver les bons arguments pour convaincre l’individu. L’avait-il reconnu ? Probablement pas, après tout, elle n’était pas primée et très peu, voire totalement, inconnue du gouvernement. Elle nous expliqua que le rendez-vous aurait lieu d’ici une heure dans un bistrot d’une des villes principales. Un lieu de rendez-vous peu original, certes, mais toujours plus discret qu’au milieu d’une rue.

    Ainsi, nous nous rendîmes, nous quatre, au lieu de rendez-vous à l’heure donnée. La ponctualité était une chose importante et je ne voulais, à aucun prix, manquer cette chance. J’avais déjà une idée fixe sur la façon dont les choses allaient se dérouler. Simple, efficace. Je rentrerai dans la pièce et je trouverai d’un coup d’œil la personne tant convoitée. S’en suivrai une discussion de quelques minutes, la promesse d’une récompense bien plus élevée que la prime de cette femme qu’il chassait et le tour était joué. Il n’y avait rien de plus direct et j’étais si convaincue que cela fonctionnerait que je n’avais même pas pensé à prévoir un autre plan. Une idée différente.

    La taverne était sombre. L’air empesté la sueur et l’alcool. Plissant le nez, cette odeur heurtait ma sensibilité olfactive. J’avais l’impression qu’un voile venait de se poser devant mes yeux, comme s’il y avait une brume dans l’air. Il faisait chaud et une perle de sueur glissa le long de ma tempe. Attrapant les lunettes de soleil que je portais encore devant mes yeux, je les retirai d’un mouvement sec qui chassa la transpiration. Clignant des yeux, je sentais beaucoup de pression dans cet espace restreint. L’atmosphère m’étouffait et je voulais finir cette histoire au plus vite pour ne plus avoir à en porter le poids. J’en venais à demander comment certains pouvaient apprécier ce genre de lieu.

    Balayant l’espace d’un regard, je ne tardai pas à remarquer un homme assis seul à une table. Il s’agissait d’Akapable. Une chevelure flamboyante et un corps qui laissait sous-entendre que cet individu prenait particulièrement soin de lui. Un amas de force brute à n’en pas douter. J’avançais dans sa direction d’un pas lent et attentif. J’essayais de ressentir le moindre geste offensif à mon égard, mais personne ne semblait prêter attention à ma présence. Après tout, il devait y avoir bien des mécréants dans ces lieux qui ne tenaient pas à se faire repérer, tout comme moi. Et pour cela, rien de mieux que de rester dans son coin, en silence, et de ne relever la présence de personne.

    Je pris alors place à la table, ce que firent également Tia, Akane et Yone. L’homme, qui avait jusqu’à présent son regard rivé sur sa chopine, releva son regard dans notre direction. Des yeux d’un bleu profond se plantèrent sur moi, m’analysant en une fraction de seconde. Il exprima la fin de cette analyse par un léger bruit de mastication. Malgré son air d’alcoolique perdu, il y avait quelque chose de très lucide dans son regard.

    Dans un geste brusque, il leva le bras pour appeler le barman :

    - À boire pour les demoiselles !

    Je voulus décliner son offre d’un mouvement, mais il me coupa instantanément :

    - Voyons, mademoiselle, vous n’allez pas refuser l’invitation d’un si séduisant jeune homme.

    Il m’accorda un sourire. Soupirant, je ne dis rien et laissais faire. Je n’aurais qu’à ne pas toucher à ce verre qu’on allait me servir. Je ne pouvais pas décemment me fier à un chasseur de prime qui me servait à boire. Je n’étais pas assez folle pour cela. Les verres arrivèrent. Ils tintèrent dans un bruit sourd en tombant sur la table. Aucune ne but. Nous connaissions toutes les fourberies des hommes vénaux.

    - Bon, que me voulez-vous ? Elle m’a dit que vous aviez des choses intéressantes pour moi.

    Lui adressant un sourire, je fis de mon mieux pour me montrer aimable malgré la méfiance qui devait transparaitre sur mon visage. Il n’était certainement pas dupe. Je ne lui faisais pas confiance et il n’avait certainement pas non plus confiance en moi.

    - J’ai entendu dire que vous aviez des informations concernant Kaminoke. Une jolie prime, n’est-ce pas ?

    Il hocha la tête positivement plusieurs fois, d’un air entendu. Il s’agissait d’une mimique ridicule qui ne me donnait aucune indication sur ce qu’il était réellement en train de penser.

    - Oui, une jolie tête à prendre. Vous avez certainement envie de faire d’elle votre alliée. Cela ne sert à rien, je ne tarderai pas à l’attraper. Oubliez cette idée.

    Son regard se fit inquisiteur. Il avait beau avoir l’haleine qui empestait l’alcool, ses yeux en disaient tout autre chose. Eux, au moins, il ne portait pas l’odeur du brouillard, mais plutôt celle d’une certaine clairvoyance.

    - Dans ce cas, me donner vos informations ne vous coûte rien. Si vous acceptez, je vous paierai en conséquence. Une somme bien supérieure à la prime de cette femme. Cela devrait vous convenir je pense.

    Il se gratta la barbe, comme pour réfléchir. Il attrapa la boisson de Tia et la vida d’une traite sous mes yeux. Je ne montrai aucune surprise, restant de marbre face au comportement de cet homme qui avait visiblement des difficultés à contrôler son désir d’alcool.

    - Une grosse somme d’argent, hein ? Laissez-moi réfléchir un peu…

    Il ferma les yeux et leva la tête en prenant une profonde inspiration. Il garda cette position plusieurs secondes durant, nous laissant dans le doute pendant tout ce temps. Pour le moment, rien de bien anormal. Certes, cet individu avait un comportement pour le moins surprenant, mais il ne marquait aucun signe de refus et j’avais l’impression d’enfin atteindre mon but. Mais vous savez, tout comme moi, que l’histoire serait trop courte. Il fit doucement redescendre sa tête, ouvrit son regard et répondit, presque en murmurant :

    - Non.

    Demeurant l’espace de quelques secondes surprise de cette réponse, je ne sus trop quoi lui répondre. C’était un refus catégorique. Quelle que soit le nombre de pièces d’or que je pouvais lui offrir, il allait me refuser cette proposition. J’allais rétorquer qu’il pourrait vivre sans plus aucun problème à se faire pour son avenir et qu’il pouvait dire adieu à cette vie de paria. Mais j’avais bien vu dans son regard qu’il adorait cela. Qu’il adorait ce jeu du chat et de la souris et que cesser son activité le tuerait plus vite que s’il la continuait.

    - Je n’ai pas envie de partager quoi que ce soit avec vous pour de l’argent, très chère. Vous n’avez pas de meilleur argument pour me convaincre ? Moi qui pensais me frotter à une forte tête et une chef sans pitié, me voilà face à une femme qui a pour seul arme de l’argent et son arrogance. Quelle petitesse.

    Recevoir une leçon d’un chasseur de prime était plus que humiliant. Moi qui ne voyais en eux que vanité et vénalité, en voilà un qui me prouvait qu’il ne courrait pas après l’argent et qui, en plus de cela, n’avait pas hésité une seule seconde à me remettre à ma place. Toutefois, je n’allais pas me laisser faire aussi facilement, j’allais trouver un moyen de lui extorquer ce que je voulais et il risquait de regretter de ne pas avoir accepté ma première proposition.

    - C’est vous qui faites preuve de bien trop d’arrogance. Je ne viens que pour un échange de bon procédé. Evidemment que je viens avec d’autres choses à vous proposer. Je peux offrir des informations qui pourraient vous intéresser.

    Il souffla et exprima un rire léger. Se moquait-il de moi à cet instant précis ? Probablement, mais il ne fallait pas céder à l’attaque ennemi. Il ne cherchait qu’à me faire sortir de mes gonds et il risquait de réussir. Ce n’était pas pour son bien.

    - Vous n’avez rien d’intéressant à me proposer, désolée très chère, j’ai déjà tout ce qu’il me faut en face de moi. Je n’ai même plus besoin de traquer mes proies pour les trouver, elles viennent à moi d’elles-mêmes. Vous vous jetez dans la gueule du loup avec tant d’innocence et vous pensez que je suis l’arrogant ? Ouvrez les yeux sur le monde, petite, vous n’êtes pas encore prête pour lui.




    Jetant des regards autour de moi, l’atmosphère venait soudainement de changer complètement. J’avais l’impression que tous les yeux venaient soudainement de se braquer sur nous. Pourtant, rien ne se passa, le temps resta comme suspendu. Faisant légèrement bouger mon chapeau sur ma tête d’une main, je replaçais ce dernier tout en sentant de la transpiration couler le long de ma nuque. Je fus saisie d’une sueur froide. Ce fut peut-être la première fois que je réalisai que je n’étais plus une hors-la-loi de bas étage qui n’avait, en soi, rien fait de bien condamnable, qui ne méritait presque pas qu’on porte une quelconque attention sur elle.

    Un nouveau bruit de mastication et je relevai mon regard vers cet homme. Il venait de poser nonchalamment ses pieds sur la table, faisant légèrement basculer sa chaise par la même occasion.

    - Qu’allez-vous faire désormais ?

    Reprenant mon sang froid, je luis offris un sourire poli, qui devait certainement plutôt ressembler à un mépris certain qu’à un réel geste de cordialité. Tia, Akane et Yone semblaient également sur leurs gardes.

    - Vous avez tort de nous sous-estimer. Je vous laisse encore une chance de me donner vos informations.
    - Sinon quoi ?

    Plantant mon regard dans le sien, je posai doucement ma main sur ma table et commençai à y dessiner des formes avec le bout de mon index.

    - Sinon, je trouverai un moyen d’extirper ses informations par un moyen bien moins amical.

    Retirant ses pieds de la table, il prit soudainement un air bien plus sérieux que précédemment. Il fit un signe avec sa main avant d’annoncer :

    - Essayez pour voir. Mais pour l’instant, vous devriez vous préoccuper de votre propre survie.

    Glissant ma main vers mon bassin, je glissai mes doigts sur le pommeau d’Akimitsu. Je sentis un frisson parcourir mon corps à ce seul contact. Je prenais un plaisir fou à sentir l’adrénaline s’écouler et mon cœur s’emballa dans une danse excitante. Je le savais désormais. Ne pas avoir prévu de second plan risquait de me coûter cher. J’avais réalisé que juger l’homme à son seul rôle n’était pas suffisant à le corrompre. Non, l’Homme était légèrement plus complexe. Toutefois, j’avais comme l’impression que je ne touchais pas encore totalement au but, que je n’avais pas encore tout saisi.

    Fixant cet homme comme mon propre miroir, je pris conscience que les mécanismes étaient les mêmes pour tous. Cet homme avait soif d’aventure, il avait toujours voulu boire à cette source. J’avais soif d’aventure, mais je n’avais jamais voulu boire à cette source. Il s’acceptait tel qu’il était, il le revendiquait même. Je n’acceptais toujours pas ce que j’étais, pourtant je le revendiquais. Il avait son arrogance, j’avais mon arrogance. Il avait ses alliés, j’avais les miens. Il avait ses amis, j’avais les miens. Il avait sa famille, j’avais la mienne. Nous avions tous ce petit quelque chose auquel nous tenions au plus profond de nous. Il ne semblait pas se battre pas pour défendre cela, moi, si. Le monde semblait bien manichéen vu sous cet angle. Il y avait ceux qui se battaient pour eux et ceux qui se battaient pour les autres.

    - Vous ne devriez pas m’affronter sur ce terrain, vous ne parviendrez pas à m’arracher quoi que ce soit par ce moyen. Vous allez y perdre bien plus que vous l’imaginez.

    Ayant noté les différentes présences s’approchant de moi, je les savais mal attentionnées à mon égard. Je sentais alors deux mains se poser sur mon épaule, comme pour m’empêcher de faire le moindre mouvement. Pensaient-ils vraiment que j’allais me laisser attraper aussi facilement. Me levant de ma chaise en laissant cette dernière s’écrouler par terre dans un grand fracas qui contrastait soudainement avec le silence du lieu, j’attrapais d’une main mon chapeau que j’envoyai sur la table et de l’autre mon sabre que je dégainai tout en me retournant. Les mains se retirèrent immédiatement et les propriétaires de ces dernières firent plusieurs pas en arrière.

    Les trois autres femmes étaient encore assises sur leur chaise, faisant face à Akapable. J’entendis ce dernier taper dans ses mains puis tapoter doucement la table de ses doigts. La chaise grinça. Il venait de se lever à son tour.

    - Je me doutais que ce ne serait pas aussi simple que cela.

    Et ce fut probablement à cet instant précis que les choses commencèrent à dégénérer. Il fallait rapidement que je trouve une solution pour calmer le jeu et récolter les informations que je recherchai. Une idée, vite. Je n’avais pas fait tout ce chemin pour avoir à affronter mon informateur. À moins que ce soit l’unique solution…

    Soupirant, j’attrapai de mon autre bras un second sabre. Un regard en arrière me permit de remarquer que Tia et Akane étaient déjà prêtes à lancer les hostilités tandis que Yone restait assez détendue face à la scène qui se déroulait. Elle avait probablement assez confiance en moi pour croire que j’avais tout prévu. C’était le mieux à faire croire.

    - Tia, Akane, Yone, tenez-vous prêtes !

    Ces seules paroles suffirent à faire se lever les trois femmes. Yone avait probablement de quoi faire exploser l’ensemble de cet espace restreint. Mais ce n’était pas ce qui allait lui être demandé aujourd’hui. Elles avaient toutes les trois les yeux rivés sur le chasseur de prime. Mon pied esquissa un glissement sur le sol et j’engageai un demi-tour pour me mettre face à Akapable.

    Mon pied frappa alors la table dans un grand fracas et j’en profitai pour m’impulser sur cette dernière et prendre le chemin le plus rapide jusqu’à l’adversaire. Ce dernier réagit en une fraction de seconde, attrapant le bas de la table de ces deux mains, il commença un mouvement pour retourner cette dernière et m’en faire choir. Je me propulsai au même instant pour retirer tout contact avec le meuble. Il fit alors un geste qui m’impressionna plus qu’il me surprit. Il saisit la table avec plus de force que précédemment et l’envoya valser dans ma direction. Son aspect n’était donc pas si trompeur et il était certainement doté d’une force bien supérieure à la moyenne.

    Pour toute défense, je croisai mes bras devant moi et subis le coup qui me poussa quelques mètres plus loin. J’eus la chance que la table ne me retombe pas dessus, mais il me fallut tout de même quelques secondes pour reprendre mes esprits. Cela fut suffisant pour qu’Akapable se rapproche de moi dangereusement. Il n’était pas là pour s’amuser et un instant de plus d’inattention risquait de me coûter très cher.

    Il approcha son bras de moi, mais l’arrivée de mon sabre au niveau de ce dernier le dissuada rapidement. Il s’éloigna d’un pas ce qui me laissa le temps de me relever en reprenant mes esprits. Je n’allais pas me laisser démonter pour si peu. Mes bras étaient déjà écorchés et j’allais garder des traces bleuâtres de cet affrontement.

    - Je n’avais pas l’intention de vous affronter, Akapable, mais s’il faut en arriver là, je vais devoir vous forcer à me donner ces informations.

    Il leva les yeux au ciel, visiblement agacé par mon comportement. À avoir trop confiance en soi, on perdait parfois tout ce qui pouvait nous aider à gagner. Je sous-estimais clairement mon ennemi et ne prêtais que peu d’attention à ses actions. Ce fut probablement pour cela qu’il avait réussi à s’approcher de façon si improbable vers moi, son bras se dirigeant dangereusement vers mon visage. Mais, une nouvelle fois, l’approche de mes sabres fut suffisante à le repousser. Il devait certainement craindre de se faire couper un bras ou un doigt. Toutefois, je savais désormais que ce combat n’allait fonctionner qu’à l’usure. Il allait tenter de m’attaquer, j’allais essayer de le repousser et, à un moment ou un autre, l’attaque ou la défense allait flancher.

    Pourtant, ce n’était pas dans mon habitude de ne rester que sur la défensive. Pourquoi ne pas tenter de lancer l’offensive à la place ? Changer les rôles me parut alors être une idée pertinente. À peine l’impulsion offensive prise et l’ennemi était déjà à mes trousses. Décidément, il ne voulait pas me laisser mener la danse. Mais cette fois-ci, je ne tentai pas de frapper l’ennemi de mon sabre et esquissai à la place un mouvement sur la droite pour éviter le coup de poing. Il usa de son autre main pour tenter de m’attraper le visage. Me baissant au dernier moment, je décrivis un large arc de cercle vers l’abdomen de mon adversaire. Il évita in extremis la pointe de la lame. Il en profita pour tenter de saisir mes bras avec ses mains. Trop tard pour moi et je sentis quelque chose s’agripper à mes bras pour les écarter sans scrupule. Affichant une grimace de douleur, je sentais qu’on essayait de m’écraser les bras. Je ne remporterai pas ce combat de force brute. Résistant comme je pouvais, je m’efforçai de frapper la jambe de l’adversaire avec mes pieds, mais cela n’avait pas l’air de l’affecter plus que ça. J’étais faite comme un rat.

    Regardant autour de moi un moyen de m’en sortir, je n’eus qu’à tourner la tête pour apercevoir mon salut. Il s’agissait de Yone qui, voyant ma situation délicate, avait décidé de prendre les choses en main. Elle avait profité du fait que mon ennemi soit totalement concentré sur ma personne pour le frapper au visage avec une clé à molette. Cela fut suffisant à sonner l’ennemi qui relâcha sa prise l’espace d’une seconde, suffisante pour me dégager. Le regard de Yone dans ma direction en disait long sur sa pensée. Clairement, je n’étais pas à la hauteur et je devais rapidement me ressaisir si je ne voulais pas finir en petit morceau.

    Ce fut à ce moment même qu’un cri se fit entendre. Instinctivement, je tournai la tête vers l’origine de ce bruit. Je ne manquai pas de remarquer que mon adversaire fit de même. Je poussai un soupir de soulagement en constatant qu’il ne s’agissait pas d’un blessé de mon camp. Le regard de l’adversaire semblait lui aussi apaisé, mais il ne regardait pas la même personne. Mes yeux suivirent ce regard et se posèrent sur un petit bout de femme aux cheveux flamboyants. Elle combattait Tia avec une rigueur méthodique. Elle lui infligeait des coups suffisamment puissants pour la mettre en difficulté. J’y voyais peut-être une porte de sortie. Un moyen de faire parler mon ennemi. Une chance de lui extirper ce dont j’avais tant besoin.

    Emmener sur le champ de bataille ceux que nous n’étions pas prêt à perdre était certainement une erreur à ne pas commettre. Je la commettais à chaque instant, mais je m’appliquais à cacher mes sentiments, à accorder ma confiance à ceux qui ne devaient pas tomber. Il avait commis l’erreur d’offrir une ouverture béante que j’allais employer.

    Yone s’était éloigné, reprenant le combat là où elle l’avait laissé. Reposant mon regard sur l’adversaire, il n’avait pas manqué de remarquer ce que je venais de voir. Il avait probablement compris qu’elles étaient mes intentions à présent.

    - Tu n’iras pas loin, petite.

    Je n’avais pas l’intention d’aller loin, juste de parcourir quelques mètres. Le colosse me fixa d’un air sauvage, il avait la ferme intention d’en finir dans les prochaines secondes. Je ne devais pas louper mon coup. Il s’élança dans ma direction, sans surprise. Il était peut-être trop fonceur. Son poing s’approchait dangereusement de mon précieux visage.

    Au dernier moment, je profitai d’une toute nouvelle technique apprise grâce à Orphen. J’usai du Soru pour me déplacer derrière mon adversaire et entamer une course vers la femme repérée plus tôt. Tia n’allait pas apprécier mon geste. D’ailleurs, personne n’allait l’apprécier. Mais parfois, il n’y avait pas de temps à perdre. Le chasseur de primes eut tout juste le temps de pousser un cri pour me dissuader de ce que j’étais en train de faire que j’avais déjà agrippé la jolie demoiselle, profitant qu’elle soit distraite par son combat. Un coup dans les genoux, et la voilà à terre. J’en profitai pour attraper sa longue chevelure et soulever son visage pour offrir sa gorge à mon sabre. Il se contenta de chatouiller cette dernière légèrement. Le visage du chasseur de primes venait de changer. On y lisait de la colère.

    - Vous êtes de la pire espèce, vous et vos sauvages.




    Tous les combats venaient de cesser soudainement. Ils étaient tous suspendus aux paroles que venaient de prononcer Akapable et leurs yeux s’étaient rivés sur la scène.

    - De la pire espèce ? Non. Je ne vous demande qu’une chose. M’offrir les informations dont j’ai besoin. Vous avez refusé et vous n’êtes pas prêt à en payer le prix ?
    - Cela vaut-il vraiment la vie d’une innocente ?
    - Non, mais vous me forcez à cela par votre refus.

    Secouant la tête, l’ennemi n’avait pas l’air d’accord avec mon discours. Pourtant, il n’avait pas le choix. C’était la vie de cette femme ou ses informations. Je ne doutais pas du choix qu’il allait faire. Il semblait tenir à cette personne pour une raison que j’ignorais et que je n’avais pas l’intention de chercher. Après tout, cela n’avait aucune importance à cet instant.

    - Ne lui dis rien ! Profite plutôt de cette occasion pour la capturer, imbécile !

    La voix venait de tout en-dessous de moi. Elle avait du cran. La maintenant plus fermement pour qu’elle ne tente rien de suicidaire, je guettais la réaction d’Akapable. Il semblait vivre un conflit interne assez oppressant. Il jetait des regards autour de lui, cherchant un quelconque soutien auprès de ses comparses. Mais personne ne semblait vouloir lui donner la moindre aide. La décision lui appartenait. Mais la jeune femme reprit la parole :

    - Elle me tuera de toute façon, ceux ne sont que des sauvages, tu le sais très bien. Attrape-la, ne te préoccupe pas de moi. Imagine la vie que tu pourrais…

    Elle fut interrompue par le coup que je venais de lui donner dans le dos. Cela lui avait probablement coupé le souffle, mais elle était en train de tout chambouler. En train de tenter cet homme de l’abandonner alors qu’elle était mon unique échappatoire.

    - Si vous me donnez les informations dont j’ai besoin, je ne la tuerai pas, je vous le promets. Je n’aurais aucun intérêt à faire cela. Je ne tue pas pour le plaisir de tuer. Nous ne sommes pas des sauvageonnes. Et puis vous aurez encore de nombreuses occasions de me capturer, morte ou vivante.

    Je le vis serrer le poing. S’il attaquait, il fallait agir vite. Lui faire payer le prix de sa révolte avant qu’il ne puisse me faire le moindre mal. S’il attaquait, je signais ma perte. Mais il desserra le poing une dizaine de secondes plus tard, se détendant soudainement. Un piège ? Il prit la parole posément :

    - Vous avez raison, les occasions seront encore nombreuses de vous attraper.

    Puis s’adressant à la femme dont je tenais la vie entre les mains :

    - Je suis désolée, mais ma vie perd tout son sens si cette foldingue…

    Il serra les dents, étouffant la fin de ses mots. Venait-il de me traiter de foldingue ? Avais-je l’air d’avoir perdu tout bon sens ? Probablement. Il devait y avoir une part de vérité dans ses paroles. Soupirant, j’étais désormais presque assurée qu’il allait me délivrer ses informations. Il releva son regard dans ma direction. On pouvait toujours y lire toute cette colère qu’il tentait tant bien que mal de contenir.

    - Très bien, je vais vous dire tout ce que je sais.

    Et il parla. Cracha enfin le morceau. Il me donna des informations précieuses. Je ne pouvais pas m’assurer qu’elles soient véridiques pour le moment. Je ne pouvais que me fier à mon intuition. S’il mentait, il prenait le risque de tuer cette femme. S’il était prêt à prendre ce risque, il ne me laisserait pas partir aussi facilement. Il aurait ignoré mes menaces. Après tout, n’était-il pas en position de force depuis le début de notre rencontre ? Je voulais me convaincre qu’il me disait la vérité. Je préférais y croire.

    Lorsqu’il termina tout ce qu’il avait à me dire, je forçai la femme à se relever et fit signe aux Amazones présentes de quitter les lieux.

    - Merci. Je la garde avec moi jusqu’à notre départ. Ne prenez pas le risque de nous suivre.

    Leur accordant un sourire, je sortis de la bâtisse. Prenant garde à ce que la femme ne tente rien d’imprudent, nous arrivâmes sans trop d’encombres jusqu’à notre navire. Ce fut à cet endroit précis que je relâchai la belle rousse. Elle se retourna dans ma direction, les yeux rougis et bouffis, probablement par la crainte et la colère. Elle ne prononça qu’une seule parole avant de partir :

    - Ordures.

    Elle cracha dans notre direction et s’en alla, sans demander son reste. Soupirant, je me contentai de dire :

    - On s’en va.

    Pas un mot de plus et nous grimpâmes sur le bavire. Nous avions une idée de l’endroit où nous devions nous rendre désormais. Toutefois, nous n’allions peut-être pas prendre tout de suite cette direction. Faire un détour par Amazon Lily pouvait être une bonne idée avant de se lancer dans de nouvelles expéditions. Vérifier que tout s’y passait pour le mieux. Après tout, j’avais beau avoir cette certitude que la Marine ne trouverait pas de sitôt notre cachette, nous n’étions pas à l’abri d’une mauvais surprise.

    - Pourquoi avoir agi de la sorte ? Je pouvais battre cette gamine toute seule.

    Je n’eus aucun mal à reconnaitre la voix de Tia. L’interruption que j’avais causée dans ce combat ne lui avait vraiment pas plu. Me retournant vers elle, je soupirai doucement avant de répondre :

    - Je n’avais pas envie de perdre plus de temps. Et battu ou non, ce chasseur n’aurait rien dit, il fallait trouver un moyen simple de le faire parler. Elle était un moyen simple. Je n’ai pas douté de toi une seule seconde.

    Elle n’était pas convaincue par mes paroles, mais elle finirait par me pardonner cette légère mésaventure. Elle tourna les talons et s’éloigna sans un mot supplémentaire. Le navire avait déjà recommencé à voguer, nous voilà déjà reparties. N’y avait-il donc jamais de répit ? Quelques années auparavant, la fille aux rêves de vie paisible était loin d’imaginer ce qui allait lui arriver.

    M’approchant du bastingage, je m’appuyais sur ce dernier pour regarder l’île s’éloigner. Je n’avais pas fini de courir partout. De fuir comme d’affronter. Levant les bras vers le ciel, je mesurai l’étendue des dégâts causés par ce combat. Mon corps était totalement endolori. Mes bras portaient de profondes marques rougeâtres qui allaient prendre du temps à partir. Mon dos me faisait comprendre que du repos était bienvenu.

    - Tu devrais te reposer.

    Me retournant, je reconnus Yone. L’ingénieure avait l’œil pour remarquer les choses à réparer.

    - Le combat a été éprouvant pour tout le monde. Tu devrais aussi prendre du repos.

    Elle m’accorda un petit sourire, presque ironique, que je ne compris pas en premier lieu. Mais elle ne tarda pas à en donner les explications :

    - Je ne parle pas que des événements d’aujourd’hui. Cet adversaire, tu avais de quoi le battre. Pourtant, tu t’es laissé avoir. Tu l’as laissé t’avoir. Le repos nécessaire n’est pas toujours physique. Beaucoup de choses ont l’air de te torturer l’esprit. Tu devrais penser à plus te reposer sur nous.

    Des paroles des plus rassurantes. Elle voulait certainement m’aider à me sentir mieux, me décharger. Elle avait peut-être tort, peut-être raison.

    - Merci, j’y songerai.

    Baissant le regard, Yona ne semblait visiblement pas satisfaite par ma réponse. Bien au contraire, cela avait l’air de l’agacer au plus haut point.

    - Tu ne comprends pas. Continue comme ça, et tu perdras plus que ta vie. Tu nous perdras bien avant de disparaître. Tu perdras certainement tout ce que tu as essayé de construire. Que ce serait-il passé si tu t’étais fait prendre aujourd’hui ? Que ce serait-il passé si je n’avais pas été là ? Nous aurions toutes perdu. Et pour quoi ? Pour des futilités. Alors, écoute-moi. À l’avenir, ne te repose pas plus que sur toi-même. Regarde un peu autour de toi où tu ne seras plus digne de nous diriger.

    Elle ne me laissa même pas le temps de répondre et commença à s’éloigner. Elle lâcha quelques dernières paroles avant de définitivement partir :

    - Oh et pense à faire la paix avec ceux qui sont prêts à t’apporter du soutien. Cela pourrait t’aider.

    Ne répondant pas à ses paroles, je me contentai de demeurer silencieuse, réfléchissant à ses paroles. Je devais reconnaitre que j’étais peut-être restée trop individualiste. Mais à aucun instant je n’avais douté de qui que ce soit. Peut-être que compter sur la victoire individuelle de chacun n’était plus suffisant.

    Me retournant pour fixer la mer, la taille de l’île avait déjà bien diminué et nous voilà déjà loin. Dessinant des cercles sur la rambarde en soupirant longuement, je songeai aux dernières paroles de Yone. De quoi pouvait-elle bien parler ? J’avais tout ce qu’il me fallait auprès des Amazones. Je n’avais besoin de personne d’autre pour grandir, étendre mon influence et atteindre mes objectifs. Cette situation me suffisait amplement et j’allais continuer à m’en satisfaire.



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