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 [Solo] Payback

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Kari Crown
La Renarde
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MessageSujet: [Solo] Payback   Dim 3 Sep - 18:57

Payback :
Parfois les mots sont de trop
Solo
PAST, PRESENT AND FUTURE

Torches - X Ambassadors
Le bois verni était abîmé, trop frotté par les coudes d'assoiffés venus se désaltérer. La lumière traversait les carreaux des fenêtres, traçant des auréoles lumineuses dans la vaste salle, laissant certains coins tapis dans l'ombre. Les tables étaient vétustes, les chaises usées par les années et les raclements sur le sol. Une odeur amère et poussiéreuse flottait dans l'air, se mélangeant au parfum âcre et persistant du tabac froid.

Quelques sièges étaient occupés mais la pièce restait majoritairement vide. Quatre individus jouaient ensemble aux cartes, deux semblaient cuver leur alcool tranquillement, un autre lisait le journal, un homme tenait le bar et enfin, une jeune femme s'était accaparée un siège au comptoir, un verre à moitié vide et au contenu ambré devant elle. Entre elle et le récipient, trois petites boîtes étaient disposées, alignées proprement et laissant voir leur contenu.

Son avant-bras gauche encore enroulé dans un bandage en souvenir de son passage plus mouvementé qu'elle ne l'aurait voulu sur Time End, Kari Crown, pensive, jouait du bout des doigts avec les petites boîtes que lui avait confié Mewi, passant sur les arêtes, faisant tomber l'une des boîtes sur un côté, regardant le petit morceau de vivre card piégé à l'intérieur frémir avant d'indiquer de nouveau la même direction qu'avant. Avec un soupir elle abandonna son petit jeu, bien vite lassée. L'une de ses mains partit à l'assaut du verre posé non loin et le ramena jusqu'à ses lèvres, qu'elle entrouvrit pour y laisser passer une gorgée de whisky. L'alcool se faufila dans sa bouche, l'inondant de ses arômes avant de poursuivre son chemin, réchauffant le corps de l'intérieur là où il passait. Quelle impression agréable qui semblait la conduire loin de tout, l’isolant dans une bulle hors de portée de tous ses problèmes.

Elle était là, la miss aux yeux vairons camouflés sous deux prunelles vertes, à boire son whisky en réfléchissant à des choses qui la plongeaient dans une douce léthargie, moment égoïste pendant lequel elle ressassait le passé, regardait le présent couler et s'imaginait un futur incertain. Son séjour sur Time End s'était terminé, après avoir échappé au tumulte dans lequel elle avait plongé faisant par la même occasion des rencontres étonnantes, puis après ces quelques jours, ces quelques semaines même, passées seule au milieu du paysage neigeux et froid, à se recentrer et à hésiter quant à la suite de son aventure, elle avait attendu patiemment la venue d’un navire sur les côtes, le genre de vaisseau de commerce qui pourrait la mener à sa prochaine destination. Kari avait légèrement graissé la patte du capitaine, qui l’avait ensuite traitée sur son bateau comme une invitée.

La désormais rousse n'avait pas cessé ses cogitations durant la traversée jusqu’à l’archipel Shabondy, rentrée bien trop tôt à son goût là où elle avait laissé ses affaires, une tontatta et un chaton noir. Lorsqu'elle avait ouvert la porte de la chambre qu’elle louait dans un petit hôtel du grove 78, le bras gauche en écharpe enfoui sous un manteau à la manche brûlée, Hinami avait ouvert de grands yeux plein d'effroi avant de sauter sur une commode et de venir s'agripper au col de l'ex chasseuse de primes, battant des pieds et criant qu'elle n'aurait pas dû partir seule sans même savoir ce qu’il s'était passé. Posément, Kari Crown s'était alors assise sur le lit, ôtant son long manteau d'une main, laissant la tontatta glisser le long de la fermeture et atterrir sur le matelas avant de s'asseoir à son tour. Et peut-être pour la première fois de sa vie, elle avait raconté son aventure au petit brin de femme près d'elle. Lorsqu'elle avait eu fini, la petite au kimono rose n’avait pu s'empêcher de poser une question qui avait fait naître un sourire sur les lèvres de la plus grande avant de laisser un voile de mélancolie se poser sur son regard :
- Ça fait vraiment mal d'être une guerrière ?

Hinami


Kari ne put s'empêcher de repenser à son adolescence mouvementée à suivre partout l'homme qui l'avait prise sous son aile. Aile bien dure envers elle, aile qui avait pris son envol sans l'attendre et qui avait disparu. Sans elle. La jeune femme reprit une gorgée de son verre.
- Miaou !
Instinctivement le regard émeraude de la rousse descendit vers le sac à dos entreposé à ses pieds et duquel une tête poilue sortait. D'un geste doux elle leva l'animal et le posa sur le comptoir à côté des boîtes en verre. Ses yeux jaunes la fixèrent avant de se rendre compte de la présence des boîtes. Intrigué par ces trois inconnues, il avança prudemment, tapi sur le comptoir, prêt à bondir à la moindre alerte.
- Yahahahahahaha !
En trombe, Hinami sortit du sac à dos avant de sauter sur une chaise et de rejoindre le chat sur le comptoir. Folk, puisque c'était le nom du chaton, sursauta, hérissant le poil sur son dos avant de s'apercevoir qu‘il ne s’agissait que de sa partenaire de jeu qui venait d'arriver. L'humaine les regarda faire un instant, amusée. Hinami avait grimpé sur le félin comme s'il s'agissait d'une monture et l'encourageait avec de petits cris. Le chat renifla la boîte la plus proche avant de la pousser d'une patte, d’abord craintif puis certain d'avoir trouvé un nouveau jouet. Il fut encore plus intéressé lorsque le morceau de vivre card frémit à l'intérieur.

La Crown fit tourner le reste de sa boisson dans son verre d'un geste circulaire de la main avant d'y plonger son regard. Elle avait désormais deux choses à faire : chercher Aldero Crown et chercher ses nouveaux compagnons à l'aide des trois petites boîtes. Elle soupira. L'un de ces objectifs était en phase d'être résolu. Elle irait ensuite accomplir le deuxième et puis après, que ferait-elle ? Elle n'avait jamais songé à ça tant elle avait été absorbée dans sa première quête, tant cet homme avait hanté ses pensées à longueur d’années. Voguer sur les mers ? Découvrir du pays ? Elle n'aurait plus que ça à faire. Ça et ramasser un peu d'argent pour vivre. Sans argent difficile d'aller bien loin. Ou alors elle pouvait toujours voler, mais c'était beaucoup plus complexe. Avec un haussement d’épaules, elle repoussa son verre au loin. Explorer le monde lui convenait bien.

La porte de l'établissement s'ouvrit soudainement sur une dizaine d'hommes, pressés par la faim. Il était midi et ce fut le signe du départ pour la jeune femme. D'un geste rapide elle rangea les boîtes dans son sac, l'ouvrit pour que le chat et Hinami sautent dedans, jeta quelques pièces sur le comptoir pour le barman et s'en alla, sac à l'épaule.



Wanted Man

Not Gonna Break Me - Jamie N Commons
Elle s'était donnée un après-midi de plus, retardant encore l’inévitable échéance. Mais qu’étaient quelques heures dans une vie ? Un grain de sable au milieu du désert, une vague au milieu de l’océan, une jeune femme rousse noyée dans la foule : rien du tout. A la sortie du bar, Kari avait pris la direction du petit port de la zone d’hôtellerie, laissant ses pieds la guider au travers des quelques allées de bateaux. Si cela ne ressemblait pas aux embarcadères solides construits en pierre, les quais d’ici avaient la même utilité. Quelques planches assemblées pour former une allée, des poutres ancrées dans les racines pour les soutenir, ça avait l’avantage d’être aussi efficace et moins coûteux. La Crown fit une pause devant un grand navire qui s'apprêtait à lever l'ancre. Dans le nid de pie, deux hommes s'affairaient à pointer du doigt divers cordages, engagés dans une profonde conversation comme leurs gestes le laissaient penser. Quelques mouettes leur tournaient autour, criant sans vraiment oser déranger les deux humains, dansant dans le ciel une chorégraphie que seules elles connaissaient.

Ses pas ramenèrent ensuite la pirate vers les rues bordées d’hôtels et de restaurants, la conduisant dans une allée vide de passants pour déboucher sur une petite place où trônait une petite fontaine. La jeune femme s'assit sur le bord de pierre, posant son sac à ses pieds. Deux têtes en sortirent aussitôt, regardant avec curiosité l'eau s'écouler d'un coquillage tenu par un marin en pierre et atterrir dans le bassin.
L'ex chasseuse les observa. Depuis son retour elle n'avait pas cessé de penser aux paroles qu'elle avait dites à Mewi. Des compagnons. Voilà ce qui était sorti de sa bouche si facilement. Et pourquoi, hein ? Elle était si mal que ça, là ? Avait-elle vraiment besoin de quelqu’un ? Elle était restée seule si longtemps… D'un doigt elle frôla son nez, geste qui lui évoqua une horde de souvenirs datant de son adolescence. Le sévère coup de couteau qu'elle s'était mangé à cette époque avait refait surface, en même temps que la silhouette lointaine et pourtant si familière d'Aldero.

La rousse ferma les yeux et se laissa doucement pencher vers l'arrière. Puis elle tomba bruyamment à la renverse sous les yeux éberlués de sa compagne tontatta. Kari Crown afficha l'espace d'un court instant un sourire sincère sur son visage encadré de cheveux roux qui flottaient à la surface de l'eau. Où sa vie l'avait-elle menée ? Dans une fontaine. A sourire alors qu'elle était trempée, à attendre sous le regard interloqué de quelques badauds alors qu'elle avait rencontré l'un des membres de l'équipage de feu Roger, le Roi des Pirates. S'appuyant sur ses coudes, la jeune femme se releva. La sévère, tacticienne, avare et mesquine Kari Crown semblait bien loin pour l'instant. Elle enjamba le petit muret de pierre sur lequel elle s'était assise, reprit son sac et contempla ses deux compagnons en silence.

La pirate erra dans les rues, Hinami et Folk ayant retrouvé leur précieux abri dans le sac à dos, jusqu'à ce que ses vêtements soient secs. Il s'était écoulé deux heures, peut-être trois.
Elle était prête. Prête à affronter celui dont elle avait retrouvé la trace. Après toutes ces années. Celui qui l'avait laissée, abandonnée à la merci de la vie. Celui qui l'avait façonnée telle qu'elle était. Celui qui était l'épicentre de sa tourmente. Elle savait qu'il était là, quelque part à traîner sur cet archipel, dans cette zone, dans ce grove, peut-être même dans cette taverne ou encore dans cette rue. Peut-être que lui aussi se posait des questions ou peut-être pas, peut-être qu'il l'avait effacé de sa mémoire comme on déchirait une page d'un livre.
Lentement, la Crown retourna à l'auberge où elle logeait. Une fois dans sa chambre, elle déposa son sac, se rendit dans la salle de bain attenante, se dévêtit et entra dans la cabine de douche. D'un geste sec de la main elle tourna le robinet d'eau chaude, ajusta la température et ferma les yeux. La demoiselle laissa l'eau ruisseler sur son corps, descendre le long de ses cheveux, rouler jusqu'au bas de son dos, s'écouler entre ses seins, goutter sur ses genoux. Et elle attendit, laissant le liquide la laver de ses doutes, la purger de ces innombrables pensées qui assaillaient son esprit depuis quelques temps.

Le robinet fut tourné et l'eau cessa de couler. Kari prit le temps de se sécher avec une serviette, mit des vêtements propres et regagna la chambre. S'équipant de nouveau de son sac à dos, l'ex chasseuse de primes ressortit rapidement. Elle entama la tournée des bars, commençant par le grove où elle se trouvait, observant les clients et cherchant du regard cette silhouette familière. La jeune femme interrogea les barmen, décrivant rapidement l'homme recherché. Elle revint bredouille et fatiguée de sa soirée avant de recommencer sa quête les jours suivants, changeant de grove à chaque fois.

Ce ne fut que dans la soirée, après trois jours de recherche, qu'elle eut son premier indice. Effectivement, un gars aux longs cheveux bruns portant un chapeau de cow-boy et ayant souvent la clope au bec fréquentait l'établissement. Il y possédait même une chambre, à l'étage du dessus, au nom d'Aldero Crown, mais pour le moment il était sorti prendre l'air. Plutôt que de l'attendre, elle continua ses recherches.


La rousse pénétra dans un nouvel établissement et s'assit à une table, son sac à dos posé sur une chaise près d'elle et dévisagea chaque homme présent. Il était soudainement là. Assis sur une chaise, les pieds posés nonchalamment sur la table, un verre à côté et en train de feuilleter un journal.
Tant de temps... Kari ne voyait que son profil gauche. Lentement, elle se leva. Hinami l’observa faire, silencieuse. L'ex chasseuse fit quelques pas. Ses talons claquaient à chaque fois, malheureusement le bruit était noyé dans le brouhaha ambiant. Puis elle arriva, se positionnant légèrement devant lui, autant que la table pouvait le lui permettre. Il n'avait même pas pris la peine d'enlever son chapeau. Absorbé par sa lecture, l'homme ne l'avait pas vue arriver.
Doucement, la main de la demoiselle se leva dans les airs. Enfin, il releva légèrement la tête. Juste à temps. Sans une once d'hésitation, elle le gifla. Puis elle l'observa silencieusement quelques secondes, caressant la vieille cicatrice sur son nez et tourna les talons.

Aldero Crown

Aldero Crown regarda cette rousse aux yeux verts quitter la salle, emportant un sac à dos avec elle. Près de lui, quelques curieux s'étaient tournés dans sa direction. S'il avait été giflé, c'était que la femme le connaissait. Il piocha un instant dans ses souvenirs mais rien ne lui venait en tête. Alors il se remémora la scène, cette fine et gracieuse silhouette qui quittait la salle, la ceinture encombrée de petits fourreaux, lui donnant un air sauvage et guerrier. Il enleva ses pieds de la table, les posant fermement sur le sol. Il revit le geste parasite qu'elle avait fait, mouvement qu'il avait vu maintes fois il y a fort longtemps. Sauf que celle qui l'avait fait n'avait ni les cheveux roux ni une paire d'yeux vert émeraude. Elle était brune et ses yeux étaient vairons. Un nom vint sur sa langue, hésitant à passer outre la barrière de ses lèvres. Kari. Kari Crown. Aldero se leva précipitamment et sortit à son tour de l'établissement, englouti par la nuit.



Payback

Rain Down - Robin Loxley
Kari marchait à vive allure. Il était là. Elle l'avait eu devant elle. Elle aurait pu lui cracher au visage toutes les reproches qu'elle avait envie de lui faire. Mais non. Elle l'avait laissé seul, hébété, la joue rouge, dans un silence glacial, silence qui en disait bien plus que tous les mots qui avaient failli franchir ses lèvres.
Arrivant au grove 78, elle s'arrêta un instant avant de se diriger vers le port qui s’y trouvait pour, sans doute, accueillir les navires des clients des hôtels. La demoiselle termina sa promenade sur les pontons de bois. Elle se pencha au-dessus de l'eau et observa un instant la jeune femme dont elle voyait le reflet. Ses cheveux rouges s'agitaient sous les fines brises telles des langues de feu. Son regard vert était dur et coléreux, loin d’avoir son éclat habituellement intelligent et malicieux. Ses yeux clignèrent et la demoiselle se libéra de sa contemplation. Elle longea les rangées de navires jusqu'à la capitainerie. Arrivée là, elle s'assit, ou plutôt s'affala contre le mur, se laissant glisser jusqu'à ce que ses fesses touchent le sol. Puis elle attendit, observant doucement la lune et les étoiles scintillantes se refléter dans l'eau.

Aldero courait. Son temps de réaction avait été plutôt long et il cherchait du regard la silhouette si familière de cette rouquine qui lui semblait si étrangère sur l’instant. Il l’avait vue tourner à gauche avant d'être avalée par l'ombre d'un bâtiment. Ses pas pressés le menèrent au bord de l'eau. Il tourna la tête, un instant perturbé par le bruit doux et régulier des clapotis des quelques vagues qui venaient s’écraser contre les racines des mangroves. Rien. Il n'y avait rien. Disparue. Envolée. Il s'apprêtait à faire demi-tour lorsqu'il vit le reflet dans l'eau. Levant la tête, le chasseur de primes observa la lune en silence. Puis il passa une main là où elle avait posé la sienne et prit le chemin du retour, perdu dans ses pensées.

- ...ri !
Le soleil caressait doucement sa peau et la réchauffait. Ses jambes étaient malgré tout froides, supportées par une surface rugueuse.
- Kari !
L'interpellée ouvrit les yeux. La lumière l'éblouit, elle les referma derechef.
- Quoi ? grogna la rousse.
Sa main chercha à tâtons le bord du lit pour qu'elle puisse se lever, mais elle ne trouva qu'un sol froid et rugueux. Cette fois, l'ancienne chasseuse de primes fit un effort pour s'habituer à la luminosité. Ses yeux se posèrent sur le sol, puis sur l'horizon au loin, et enfin sur les mouettes qui piaillaient. Se rendant compte du lieu où elle se trouvait, Kari Crown se redressa en hâte, manquant de faire tomber la petite tontatta juchée sur sa tête. L'humaine passa une main sur sa nuque, l'esprit encore embrumé et les muscles ankylosés. Elle se retourna et, avisant le panneau au-dessus de la porte marqué du mot "capitainerie", demanda :
- Hinami, je me suis vraiment endormie sur les quais ?
La petite aux cheveux violets descendit d'un cran en sautant sur l'épaule droite de sa compagne qui la fixa de ses yeux verts. La tontatta hocha la tête en silence. La pirate rousse se pinça l'arête du nez avant de s'étirer, d'attraper son sac à dos et de se dégourdir les jambes.

Elle marcha non pas jusqu'à la chambre qu'elle avait louée, mais jusqu'à l'auberge où logeait Aldero Crown. Arrivée devant le bâtiment, elle s'arrêta et contempla la façade. C'était simple, rectangulaire, les fenêtres légèrement bancales, un enduit blanc datant de plusieurs années, des volets en bois usés par le soleil et le vent salé venu de l'océan. En somme, un endroit peu glorieux où l'on ne restait que quelques nuits et où l'on ne payait pas très cher. Presque ironique quand on voyait les deux hôtels de luxe qui prenaient la petite bâtisse en sandwich.
La demoiselle resta un instant à se demander si elle avait vraiment raison de venir ici. Le souvenir de la soirée de la veille restait gravé dans sa mémoire et menait un farouche combat contre le souvenir de toutes ces années de solitude. Pour elle, c'était presque l'équivalent d'une quête, son mentor étant le Saint Graal promis. Alors pourquoi ? Pourquoi avait-elle mis autant de temps à le retrouver, pourquoi avait-elle à la fois envie de le trucider et envie d'en apprendre plus sur lui et ce qu’il avait fait ? C'est vrai, qu'avait-il fait pendant qu'elle le coursait à travers le monde, pendant qu'elle s'était alliée à des chasseurs de primes, pendant qu'elle avait rencontré Hinami, pendant qu'elle avait échangé quelques palabres avec un Capitaine Corsaire ? Chassant ses multiples questions d'un revers de main, la jeune femme entra dans l'établissement. Et aujourd'hui hein ? Elle allait encore le gifler sans rien dire et tourner les talons ?

Kari prit place à une table et commanda de quoi se restaurer. Un petit plateau rempli de viennoiseries ne tarda pas à arriver, mettant des étoiles plein les yeux de la petite tontatta. Pendant que cette dernière grignotait avidement une tranche de brioche, la plus grande fixait tour à tour la porte d'entrée et l'escalier du fond donnant accès aux chambres. Puis, elle se leva, laissant Hinami déjeuner tranquillement, et alla trouver le patron de l'établissement derrière le comptoir de l'accueil.
- Le numéro de la chambre d'Aldero Crown s'il vous plaît, demanda-t-elle.
Son vis-à-vis la toisa un instant, son regard auscultant la moindre parcelle de son visage. Hier, tard dans la nuit, l'un de ses clients lui avait décrit une rousse aux yeux verts avec une vieille et vilaine cicatrice sur le nez, rousse qu’il avait déjà croisé la veille mais sais trop s’en rappeler. Il lui avait ensuite donné la consigne de répondre aux questions qu'elle poserait, et si jamais elle demandait le numéro de sa chambre, il devait lui donner.
- Chambre 201. Deuxième étage à gauche, madame.
- Merci.
Kari grimpa donc les deux étages et stoppa sa marche devant la porte close qui portait le numéro 201. Encore une fois, elle hésita. Devait-elle réellement frapper ? Qu'allait-elle lui dire ? Que voulait-elle lui dire ?
Elle avait envie de lui crier dessus, de lui demander des explications. Elle avait envie de revoir ce visage avec qui elle avait grandi pendant près de vingt ans. La rousse posa sa tête contre le battant. Aucun son ne lui parvenait. Alors elle glissa la main sur la poignée et la tourna. Son mentor n'avait pas fermé sa chambre à clé. Elle entra, refermant la porte derrière elle, et embrassa la pièce du regard.
Bien qu'ayant la simplicité et la monotonie des chambres à louer, elle venait de pénétrer dans l'intimité d'Aldero. La Crown observa le long manteau poussiéreux suspendu à une patère de porte-manteau. Il ne manquait plus que le chapeau de cow-boy, posé soigneusement sur une chaise, le grand sac à dos beige et plein de poches, le fusil de chasse qu’elle ne voyait pas ici et elle obtenait la panoplie d'Aldero, la même que celle dont elle se souvenait.

Aldero Crown entra dans l'auberge en silence, avalant rapidement une gorgée de son café chaud qu'il était allé chercher en face. Parce qu'ici, leur café c'était de la pisse de chat. Il remarqua la table occupée par une toute petite personne et qui dévorait goulument un repas, assise près d'un sac à dos plus grand qu'elle. Le chasseur de primes escalada les marches. Ce sac à dos, c'était toujours le même. Il le connaissait bien en plus, c'était lui qui lui avait acheté et c'était le même que le sien. Il ouvrit la porte de la chambre et trouva une visiteuse, chose à laquelle il s'attendait.

Kari releva la tête. Elle s'était accaparée la chaise, ayant déplacé le précieux chapeau sur ses genoux. Elle dévisagea le nouvel arrivant en silence. Ses longs cheveux bruns étaient comme dans ses souvenirs, les mèches toujours aussi rebelles peu importe le nombre de coups de peigne qu'on leur mettait. Le visage avait légèrement vieilli mais restait globalement le même. Le regard gris acier... avait changé, plus terne, plus lassé, et surtout il n'émanait que d'un seul œil. Un cache-œil recouvrait le droit, chose qu'elle n'avait pas remarquée la veille. Ainsi, ces années ne l'avaient pas épargné non plus. Ils continuèrent de s'observer en silence tels deux lions s'apprêtant à se disputer un morceau de territoire.
- Qu'est-ce que tu me veux ?
Il se foutait bien d'elle en demandant ça. Bien sûr qu'il savait exactement ce qu'elle voulait en venant ici. Il s'approcha de la fenêtre, observa l'extérieur, finit son café d'une traite et posa le gobelet sur le rebord. Les yeux de la jeune femme suivirent chacun de ses mouvements. Elle savait qu'il savait, ça sautait aux yeux, ou il fallait vraiment être naïf pour ne pas le voir.

La demoiselle se leva et s'approcha lentement de lui. Il se tourna pour lui faire face. Elle planta son regard dans le sien sans sourciller devant ce cache-œil noir qui semblait vouloir à tout prix attirer ses yeux. Il décela un éclat de rancœur chez son vis-à-vis. Rancœur qui avait bel et bien sa place ici et maintenant.
- Ce que je te veux ?
L'ex chasseuse ricana. Elle ne savait l'expliquer avec des mots, ce tourbillon de colère et de solitude, ce mur de fureur qu'elle avait érigé contre lui. Soudain, elle trouva une brèche à son mur et s'y engouffra. Brèche, qui même si elle ne s'en était pas aperçue, ne datait pas d'hier, non. Ça remontait à cette chasse sur Longring Longland pendant laquelle elle s'était rendu compte de sa faiblesse par rapport à ces supernovas.
- Tu m'as laissée, dit-elle en appuyant ses mots en donnant un coup de poing rageur dans le mur à quelques centimètres de la joue de l'homme qui ne bougea pas d’un pouce. Tu m'as abandonnée. Trahie. J'étais seule.
Et elle ponctua ses interventions de coups, s'écrasant un peu plus les phalanges à chaque fois contre le béton.
- Complètement seule.
Sa main s'abaissa lentement. Kari posa la tête contre l'épaule du chasseur qui n'avait pas esquissé le moindre geste. Elle respira son odeur qu'elle n'avait pas oubliée, mélange de tabac froid, d'après-rasage et de sueur. Puis elle s'en alla. Sans qu'on la retienne ou qu'on lui dise quoi que ce soit. Pas de "attends" ou de "désolé". Pas d'excuse, pas de remords, pas de regrets.

Elle descendit les escaliers tristement, attrapa son sac et fit grimper Hinami sur son épaule. L'humaine sortit de l'auberge. Là, dans la rue, son mur s'écroula. Ce même mur qui la séparait du monde, celui qui la rendait distante et imperméable aux chocs de la vie, celui qui agissait comme une carapace pour la protéger de la cruauté des hommes.
La chute du mur fut remarquée par la tontatta, alors que la plus grande prenait le chemin pour rentrer à leur chambre. Elle avait vu la mine sombre, le regard flou, les cheveux roux qui essayaient de cacher piteusement le délabrement de son visage, mais surtout, ces billes translucides qui roulaient sur ses joues. Alors, la petite au kimono rose demanda d'une voix douce :
- Dis Kari, pourquoi tu pleures ?




Enjoy the Silence

Run On For A Long Time - Blues Saraceno
La pirate s'était brusquement arrêtée en entendant la question de la petite. Près de ses pieds, une bulle fit lentement son apparition avant de monter dans le ciel. Mais ça, l’ex chasseuse de primes n’y accorda pas la moindre attention. Cela faisait bien longtemps que Kari Crown n'avait pas laissé transparaître une telle faiblesse et un tel mal-être, protégée par son solide mur. A croire que les retrouvailles avec son mentor avaient été plus rudes qu'elle ne le pensait. Elle aurait presque aimé qu'ils s'expliquent ensemble, que leurs regards soient durs et leurs voix glaciales. Elle n'aimait pas ce qu'elle avait fait, ce soudain sentiment qui l'avait submergé. Elle aurait presque préféré se battre contre lui et extérioriser sa rage plutôt que de laisser brûler cette flamme dans son cœur qui ne cessait de la tourmenter.

Aldero Crown observa la rousse sortir de son auberge. Pourquoi son corps n'avait-il pas bougé ? Pourquoi les mots étaient restés terrés au fond de sa gorge ? Il avait cavalé seul à travers le monde jusqu'au jour où cette petite fille aux yeux vairons avait déboulé dans sa vie. Et il l'avait laissée. Dans la boue. Seule contre tous ces types. Le Crown remarqua le brusque arrêt fait par Kari. C'était l'occasion ou jamais. Il attrapa son manteau et son chapeau et fila dehors.

La jeune femme n'entendit même pas les pas derrière elle résonner si tôt dans la matinée. Une main ferme lui agrippa l'avant-bras droit. Elle se retourna, passant rapidement une manche sur son visage pour essuyer ses larmes. Son regard tomba d'abord sur le chapeau avant de glisser dessous et de s'accrocher à l'œil gris. La demoiselle ne dit rien. Toute la véhémence dont elle aurait voulu faire preuve plus tôt avait disparue, avalée par le chagrin.

L'homme l'observa un bref instant avant de dévisager Hinami puis de revenir fixer Kari.
- Viens.
Il appuya son ordre d'un geste du poignet, entraînant le bras de la jeune femme. Les bottes restèrent ancrées dans le sol mousseux avant de suivre le mouvement. Le chasseur l'emmena loin de l'auberge. Au bout d'un moment, il la lâcha et continua de marcher. La rousse suivait sans broncher. Aucun mot ne fut prononcé jusqu'à destination. Il l'avait traînée en dehors du quartier, en dehors de toute civilisation, là où les racines des mangroves s’enfonçaient dans l’océan sans qu’aucune habitation ne décore les environs.
- Je m'attendais à plus de colère, annonça Aldero Crown, brisant le silence qui les enveloppait depuis le début de leur promenade.
- Moi aussi.
Hinami les regarda tous les deux sans comprendre. Et d'abord c'était qui ce type qui avait fait pleurer sa guerrière ? Néanmoins, elle eut l'intelligence de les écouter en silence.
- Je me doutais que tu me chercherais. Et que tu finirais par me rattraper un jour.
- Et moi, à chaque indice qui me rapprochait un peu plus de toi, j'avais encore plus envie de te frapper.
- Ce que tu as fait hier, fit remarquer le plus vieux en posant une main sur sa joue.
- Non, ça, ce n'était que le premier coup.
La voix de la demoiselle aux yeux d'émeraude avait retrouvé son ton normal.
- Tu m'en veux, hein ?
Kari acquiesça, repensant à la scène dans la chambre. Tout ce qu'elle avait sur le cœur. Elle le lui avait crié. Comme un appel au secours peut-être, appel qu'elle avait involontairement lancé à Mewi également, lors de son passage sur Time End.
- T'as peut-être raison, lui dit-il en mettant une cigarette à sa bouche et en l'allumant.
- Pourquoi tu es parti, Aldero ? Pourquoi tu m'as abandonnée ?
Le brun prit le temps de recracher la fumée, l'observant se tordre dans l'air et monter dans le ciel.
- Tu te souviens encore de ce que je te disais ?
Silence. Elle hésitait, hésitation qu'il perçut dans sa voix lorsqu'elle parla :
- Oui... Ne faire confiance à personne… Jamais.
- Voilà. Tu l'as, ta réponse.
Nouveau silence, pendant lequel l'ex chasseuse plongea son regard dans le sien. De nouveau, elle avait envie de le gifler. L'ancienne brune se laissa tomber au sol, ses fesses heurtant durement le sol et elle commença à arracher des plaques de mousse recouvrant les immenses racines sur lesquelles ils se tenaient, les enlevant de leur habitat pour les jeter devant elle.
Elle avait envie de lui crier de partir, de lui hurler de rester, elle avait envie de fondre en larmes et de rire nerveusement en même temps. Kari s'enfonçait dans ses contradictions tout en arrachant sa mousse d'un geste rageur.
Elle sentit la tontatta descendre de son épaule. Voir cette si grande et maligne femme contrariée lui fendait le cœur, même si elle n'avait pas toutes les clés de l'histoire en main. Hinami regardait le grand homme brun avec insistance. Il darda un regard acier sur elle.
- T'es méchant ! Tu as fait du mal à mon mentor ! s'exclama la petite.
Le dernier mot afficha un rictus sur les lèvres du chasseur de primes. Ainsi, la boucle était bouclée. Il laissa son chapeau de cow-boy tomber sur ses épaules et passa une main dans sa crinière brune.
- J'ai fait du tort à pas mal de monde, répondit-il.
A commencer par lui-même, mais ça il se garda bien de le dire. Il remit en place son chapeau et s'assit à côté de la rousse avec un soupir.
- Tu connais sûrement le genre de phrase abrutie qui dit "c'était pour ton bien" ? Ben ça l'était. Enfin, jusqu'à maintenant.
Aldero s'accorda une pause, le temps d'observer la petite fille dont il s'était occupé. Elle avait bien grandi, Kari. C'était déjà une jeune femme redoutable à son départ. Aussi rusée que lui, aussi fourbe et aussi hantée par la solitude.
- On apprend à vivre par soi-même. Tu sais bien que les autres ne seront que des obstacles supplémentaires, des gens seulement là pour donner les informations dont tu as besoin.
- Alors je ne suis qu'un obstacle pour toi ? C'est pour ça que tu m'as élevée pendant près de vingt ans ? Pour que je te file des infos pour tes chasses à l'homme ?
La main s'était suspendue dans l'air, quelques morceaux de plante bryacée collés aux doigts, menaçante.
- Non. Toi c'est parce qu'on m'a demandé de le faire. L'une de mes connaissances, en quelque sorte.
Le bras s'abaissa, disparaissant de la vue du brun.
- Tu sais, j'ai rencontré des gens il n'y a pas si longtemps, expliqua la rousse. Des gens qui n'ont pas hésité à me faire confiance. L'un d'eux s'est même interposé pour m'éviter de prendre une flèche dans le dos. Son nom doit te dire quelque chose si tu suis toujours les avis de recherche. Il s'appelait Mori Ranmaru.
Son interlocuteur l'observa, s'étant à présent muré dans le silence.
- C'était la première fois que quelqu'un le faisait, la première fois que quelqu'un jugeait que je méritais assez de considération pour être épargnée. Quelqu'un qui n'était pas comme toi.
Aldero aurait pu être blessé par ces mots, mais non, il se contenta de fumer sa cigarette. Enfin, il se décida à sortir de son mutisme passager.
- Tu peux me traiter d'abruti, de connard ou de toute autre insulte que tu veux. Parce que c'est la vérité. Je suis un con, un menteur, un manipulateur. Alors maintenant, cessons de tourner autour du pot. Prends tes couteaux, poignarde-moi si tu veux et pars vivre ta vie, Kari.
Son regard était tranchant et glacial. Ils s'observèrent jusqu'à ce que la jeune femme attrape Hinami, la glisse d'un geste brusque dans son sac à dos et se lève. Ensuite, elle s'éloigna, reprenant le chemin qui la mènerait au port du grove 78.



MY HEART IS THE WORST KIND OF WEAPON

My Heart Is The Worst Kind Of Weapon - Fall Out Boy
Il l'avait jetée, une fois de plus. Le regard perçant observant l'horizon, Aldero Crown se leva, jeta son mégot à la mer, resta un instant à contempler les vagues qui se brisaient sur les racines plus bas et s'en alla.
Qu'avait-il fait ? Qu'avait-il fait en ramenant cette gamine, en l'élevant selon ses principes, en la voyant devenir chasseuse de primes ? Elle était devenue comme lui. Dure à cerner, fuyante. Aldero Crown bis. Cette pensée le fit sourire. Et seule. Comme lui. Son sourire se fana brusquement. Toutes ces années, il avait pensé à elle. Toutes ces années, il s'était imaginé à la revoir. Il savait que leurs retrouvailles allaient être mauvaises, et tant mieux. Elle devait s'éloigner de ce mal qui le guettait lui, de ces vieux démons qui l'avaient retrouvé... Et qui lui avaient enlevé son précieux œil. Son chapeau sauta dans son dos. Il défit son cache-œil, passa la main sur cette blessure qu'il ne pouvait distinguer que dans un miroir. Les contours étaient bosselés, la paupière réagissait encore mais dessous l'œil était brûlé. L'homme soupira, cachant à nouveau le mal sous le bandeau de cuir noir. Il ne voulait pas le dire mais Kari lui avait manqué.

Elle avançait les mains dans les poches, la tontatta assise silencieusement sur le sommet de son crâne semblant dompter cette chevelure flamboyante qui ne cessait de bouger au vent. Son pied shoota rageusement dans un caillou. Sa fureur était revenue, réanimant le brasier qui étreignait son âme. A elle aussi, un être manquait, être qu'elle venait d'abandonner bon gré mal gré dans un coin de l’archipel Shabondy.
Et dire que c'était ce même homme qui la mettait dans tous ses états. Elle aurait ri de sa situation il y a encore quelques mois. Vraiment absurde. Absurde et... tellement humain. Faisant un crochet par sa chambre, elle y déposa Hinami et ses affaires. Présentement, elle avait besoin d'être seule. Encore, comme si ça ne lui avait pas suffi. La rousse se retrouva sur les quais, à observer le ballet des navires et de leurs matelots qui chargeaient et déchargeaient quelques cargaisons de vivres.
Une fois de plus, il l'abandonnait. Finalement, dans sa contemplation de la vie qui grouillait au port, elle avait trouvé ce qui lui était passé par la tête, avait trouvé des mots expliquant son comportement. Elle l'avait juste sermonné, l'accusant de sa cruelle absence. Absence qui avait été remplacée par cette idée fixe de le retrouver, coûte que coûte, pour lui faire payer. Cercle extrêmement vicieux dans lequel elle s'était engagée et qui allait recommencer. Lui pardonnerait-elle un jour ? Arriverait-t-elle à briser ce cercle qui les liait et les détruisait ? Peut-être, s'il y mettait aussi du sien.

Il errait dans les rues, bifurquant brusquement de temps à autre à un carrefour. Foutue solitude qui le tenait en laisse depuis si longtemps. Foutue vie qui l'empêchait d'être lui-même. Foutu Aldero Crown. Aldero Crown. Foutu. Ses élucubrations entraînèrent un sourire amer sur le bord de ses lèvres.
Son regard virevoltait à droite et à gauche, se fixant sur les visages des passants, à la recherche d'une chevelure de feu appartenant à sa guerrière aux yeux d'émeraude. Sur le chemin, le chasseur avait réfléchi. Ce n'était pas à lui de choisir si oui ou non Kari avait besoin de lui. C'était à elle, elle qui avait bravé océans et climats sauvages pour le retrouver. Finalement, son dicton préféré était sa plus grosse erreur. Ne jamais faire confiance aux gens. Et alors qu'il l'avait répété des dizaines de fois à la petite Kari, lui-même ne l'avait pas mis en application, du moins pas avec elle. Quelle belle erreur dont il ne se rendait compte que maintenant !
Voilà pourquoi il explosa de rire dans la rue, attirant quelques regards sur lui. Le brun avait été stupide, stupide de croire qu'on pouvait vivre seul sans personne, stupide de s'être attaché à cette petite fille, stupide de l'avoir élevée pendant vingt ans en pensant qu'elle ne serait rien à ses yeux. Un voile de nostalgie passa sur son œil. C'était désormais à lui de venir vers elle.

Kari attendait. Quoi, elle ne savait pas trop. Qu'on la kidnappe et qu'on l'emmène loin d'ici ? Qu'une explosion survienne, plongeant l’archipel dans le chaos ? Ou peut-être que quelque chose la sorte de ses pensées, la libérant de son fardeau ?
Son vœu fut exaucé lorsqu'un homme l'interpella. Elle ne releva même pas le fait qu'il l'avait appelée par son nom. Ce type, elle le connaissait et s’étonna quelque peu de sa présence. Le patron de l'auberge où logeait son mentor. Comment diable avait-il pu savoir où elle se trouvait ? Se tournant vers lui, elle lui lança un regard inquisiteur.
- J'ai ceci pour vous, lui annonça-t-il en lui tendant une feuille de papier pliée. De la part de monsieur Crown.
L'aubergiste regarda la jeune femme s'emparer du papier. Satisfait, il s'en alla. Parce que son client lui avait laissé une jolie enveloppe sur le comptoir en échange de cette course. Même s’il avait perdu un peu de temps à interroger les passants pour trouver cette femme à la chevelure rouge, la récompense en valait le coup.

Kari déplia le papier. Rien. Vierge. Elle le tourna dans tous les sens, le plaça entre la lumière du soleil et elle. Toujours rien. Un soupir franchit la barrière de ses lèvres. C'était bien lui ça. À côté d'elle, un homme s'adossa au mur, profitant de la légère ombre du bâtiment de la capitainerie.
- Mon message ne te plaît pas ?

Aldero observait sa jeune protégée, les bras croisés, près d'elle, le dos collé au mur de pierres dans une position nonchalante. Kari tourna le regard vers lui.
- Il n'y a pas de message, lui dit-elle calmement.


Une nouvelle fois, la rage brûlante s'était calmée à l'apparition de cette silhouette familière.
- Justement.
Il était revenu. Était-ce encore un de ses tours pour lui faire plus de mal, encore l’une de ses fameuses leçons sur la confiance ? Voulait-il la briser pour de bon, la tuer en détruisant son esprit tourmenté ?
- Quoi, je ne peux même plus faire dans le mysticisme ?
Le visage de la jeune femme s'adoucit quelque peu.
- Je croyais que je devais partir vivre ma vie.
- C'est exact. Mais j'ai une question pour toi, avant.
- Je t'écoute.
- Dois-je rester ou partir ?
Son interlocutrice le dévisagea, une lueur de surprise dans le regard. Elle s'approcha doucement de lui, fit basculer le chapeau de cow-boy en arrière et observa le moindre contour de son visage. Visage qu'elle n'avait jamais oublié malgré le temps passé. Son œil valide disparut brièvement sous la paupière. La prunelle grise réapparut, dardant sur elle un regard bienveillant.
- Reste.
Il passa une main dans les cheveux roux, rabattant une mèche derrière son oreille. Puis sa main continua, suivant un instant les contours du crâne avant de plaquer soudainement cette tête rousse contre son torse.

Kari Crown ne protesta pas contre cette soudaine étreinte, marque d'affection qu'elle avait tant recherché dans son enfance et qu'elle n'avait que rarement eue. L'un contre l'autre, l'un comme l'autre ne se sentait pas le besoin d'évoquer tout haut ce que tous deux ressentaient sur le moment. Après tout, le silence était le plus parlant des messages.


Kari marchait, Aldero à ses côtés, observant sa fine et gracile silhouette.
- Alors, que fait-on maintenant ? demanda-t-il.
- On se balade, je règle deux-trois affaires et on se trouve un navire pour quitter l’archipel.
- Une destination en tête ?
- On s'en fiche de ça pour l'instant.
Ses trois petites boîtes en verre effleurèrent son esprit.
- Tu veux une destination ?
Elle pointa du doigt le ciel.
- On a quelques surprises qui nous attendent là-haut. On y montera, un de ces quatre, c'est dans mes projets.
- Parce que tu as des projets ?
L'ancienne chasseuse de primes tourna la tête et lui offrit un sourire.
- Tu verras bien. En tout cas, je ne chasse plus personne. Donc toi non plus, à partir de maintenant.
Le chasseur lui offrit un coup d'œil mi-intéressé mi-amusé.
- C'est nouveau ça.
- Comme la couleur de cheveux.
- Et les yeux.
- Et les yeux, oui, répéta la demoiselle.
Et ensemble, ils franchirent le pas de la porte de la chambre occupée par le chasseur, ou plutôt ex chasseur. Et ensemble, de nouvelles aventures les attendaient.
© Codé par Kari Crown


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