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 [FB] Le miroir des souvenirs [SOLO]

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Tenshi Taya
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MessageSujet: [FB] Le miroir des souvenirs [SOLO]   Dim 12 Juin - 20:50




Le miroir des souvenirs


    Cela faisait maintenant quelques temps que je comptais chaque seconde, que j’attendais que le temps passe au plus vite avec une impatience non dissimulée qui m’empêchait de réfléchir de façon logique. La raison de tout ceci était assez simple et inconsciente. J’avais un mois pour réfléchir à bien des choses et j’en étais incapable car la curiosité me rongeait la tête. Il fallait que je réussisse à contenir mes émotions où les semaines à venir risquaient de me faire souffrir au plus haut point.

    Assise au sol, les jambes en tailleur, les yeux clos, je tentais de concentrer mon esprit sur autre chose. J’essayais de visualiser différents lieux, objets ou personnes qui pourraient m’aider à m’apaiser. Alors que me voilà plongé dans des pensées, que je n’avais même plus l’impression de toucher le sol, je sentis une main se poser sur ma tête. J’ouvris instantanément les yeux pour les lever vers cette main qui appartenait à Akimitsu. Il m’accorda un léger sourire avant de prendre la parole de façon calme :

    - Pas d’abus de drogue aujourd’hui ? Partons nous entrainer, je crois que c’est le mieux qu’on puisse faire aujourd’hui, j’ai pas mal de choses à te faire découvrir.

    Il avait éveillé ma curiosité. Me relevant, je le suivis en silence vers un lieu qui semblait assez éloigné de toute population pour pouvoir procéder à cet entrainement en tranquillité. Une fois ceci fait, mon arme se retourna vers moi et m’adressa un simple sourire avant de dire :

    - Pas besoin d’arme aujourd’hui, pas besoin de combattre, ça va se passer là-dedans.

    Il prononça ses mots tout en pointant ma tête. Pourtant, j’avais l’impression qu’entrainer mon corps était plus important que d’entrainer mon esprit, mais il devait bien savoir ce qu’il faisait. Du moins, c’était ce que je supposais. M’invitant à m’asseoir, ce fut donc ce que je fis, sans rechigner avant de l’écouter exposer son idée qui était assez simple : utiliser mes sens pour favoriser mes aptitudes au combat. Après tout, j’étais déjà capable d’accroitre certains d’entre eux et de diminuer la sensibilité d’autre, mais les choses étaient bien plus complexes cette fois-ci. L’objectif était donc d’améliorer tout ceci. Les choses avaient l’air simple en apparence, mais, comme à chaque fois, cela nécessitait plus de concentration à chaque fois. Il ne fallait pas se détourner de l’objectif et rester centrée sur celui-ci de façon réfléchie.

    La première étape fut donc de clore les yeux pour concentrer mon sens sur l’ouïe. Percevoir le moindre bruit aux alentours était assez déroutants et permettait d’entendre ce qu’on ne pouvait voir. Mais il ne s’agissait pas de cette simple perception du monde environnement, mais plutôt d’un environnement bien plus intérieur. Mon intérêt se porta alors sur l’ensemble de mon corps. Le bruit d’un cœur qui battait se fit soudainement entendre, résonnant de façon claire et distincte, se mêlant à celui du sang qui circulait et, rapidement, le bruit devint plus oppressant, plus gênant me faisant ouvrir les yeux dans un sursaut.

    Pourtant, cela ne m’arrêta pas. Et les jours passèrent soudainement bien plus rapidement. Akimitsu avait trouvé un moyen d’occuper mon esprit, de me concentrer sur un nouvel objectif pour que le temps passe un peu plus rapidement. Cela eut un effet bénéfique sur ma personne, mais ne me détourna pas du tout de mon objectif final qui était d’atteindre ce mois sans changer d’avis, avec la conviction que je faisais la bonne chose.

    Ainsi, lorsque le temps fut écoulé, après avoir eut l’occasion de rencontrer de nouveaux adversaires, tels que Makui ou quelques membres du Gouvernement. Les choses avaient été quelque peu éprouvantes, néanmoins, je n’avais pas loupé ce fameux jour. Je m’étais même levée de bon matin avant d’attraper mes armes comme chaque jour pour m’éloigner de la civilisation, pour que personne ne puisse ni voir, ni entendre. Le soleil commençait à peine à se lever et il réchauffait ma peau doucement, la caressant de son rayonnement. Le vent s’attaquait à mon visage, faisant virevolter quelques mèches de cheveux autour de mes yeux. L’odeur de la fraiche matinée s’en prenait à mes narines à qui, cette seule odeur, suffisait à me faire frémir. Le silence de l’instant, l’impression que tout était endormi donnait à cette scène un air figé, comme si le temps venait de s’arrêter, qu’il avait décidé de suspendre son vol le temps d’une matinée. Je me sentais soudainement plus libre que je ne l’avais jamais été, je me sentais capable de bien plus, de bien mieux. Pourtant, cette sensation serait de courte durée car je demeurais esclave et attachée à une chose dont je ne pourrais pas me défaire avant longtemps, dont j’avais à peine conscience.

    Depuis que j’avais retrouvé une part de ma mémoire, mes cauchemars se faisaient plus fréquents, plus virulents. Ils me hantaient jours et nuits, le fait de fermer les yeux m’y ramenait irrémédiablement, j’avais l’impression que faire demi-tour était impensable. J’avais la sensation que ces visions étaient une action de cet autre moi qui voulait toujours et encore me dissuader de ce que je m’apprêtais à faire, me poussant à ne pas vouloir retrouver la totalité de mes souvenirs. Pourtant, cela n’y parvint pas.

    Une fois assez éloignée de la population, je m’asseyais sur un petit morceau de caillou avant de mettre une main dans ma poche, en extirpant une simple barre de céréales que je dévorais en l’espace de quelques instants, histoire de tenir face à l’épreuve qui risquait de m’attendre. Akimitsu fit alors une soudaine apparition et s’installa face à moi, ne pipant mot. Ce fut à moi de prendre la parole :

    - Le moment est arrivé, je me sens prête.

    Soulevant son bras vers moi, mon arme se ravisa rapidement et laissa retomber celle-ci l’instant d’après tout en soupirant. Il me fixa dans un regard que je n’avais jamais vu sur son visage. On y voyait clairement une certaine crainte et une résignation désespérée. Cela provoqua en moi comme un électrochoc. Pourquoi un tel visage ?

    - Je crains le résultat de cette expérience.

    Surprise, je pris soudainement conscience que ce sentiment était partagée, que j’avais terriblement peur de ce que serait le résultat final. Hochant la tête, je tentai de lui faire un sourire rassurant tout en répondant :

    - Moi aussi, mais je dois le faire.

    Glissant alors à nouveau ma main dans ma poche, j’en extirpais les fameuses pilules magiques. M’apprêtant à en porter une à ma bouche, mon katana stoppa mon geste en posant sa main sur mon bras avant de prononcer quelques mots :

    - Tu me promets que rien n’aura changé ?

    Je ne pouvais pas promettre une telle chose, je le savais pertinemment. Je ne savais pas bien ce qui m’attendait et j’avais déjà été mise en garde maintes et maintes fois.

    - Je ferais de mon mieux.

    Ce fut sur ces belles paroles que j’avalais la drogue magique, en espérant que, cette fois-ci, je sortirai avec toutes les réponses à mes questions. C’était encore loin d’être gagné et j’en avais conscience. La douleur commença à se répandre dans mon corps, s’insinuant dans chaque muscle, s’écoulant en moi comme si mon sang me brûlait de l’intérieur, ne me laissant aucun répit durant de longues minutes. C’était à chaque fois le même procédé, mais je ne parvenais toujours pas à m’y habituer, j’avais l’impression que la douleur était à chaque fois plus importante, plus lancinante et plus virulente. Comme si tout en moi voulait me dissuader et me faire reculer.

    Ouvrant à nouveau mes yeux, le décor était totalement différent. Mon double, face à moi, me fixait avec un grand sourire malsain sur les lèvres. J’étais assise sur une chaise et, en voulant me lever, je me sentis comme collée, scotchée, impossible d’esquisser le moindre geste et la voilà qui se rapprochait de moi d’un pas lent, son sourire s’élargissant de plus en plus. Une fois assez proche, alors que nous n’avions pas échangé un seul mot, elle s’accroupit devant moi et approcha sa main de mon visage pour laisser couler ses doigts entre quelques mèches de mes cheveux.

    - La curiosité est un défaut. Tu vas en payer le prix, je ne te laisserai plus partir.

    Je ressentais comme une soudaine envie de partir et de fuir cet endroit immatériel. Néanmoins, je me sentais comme pétrifiée. De la peur ? De l’effroi ? Non, ce n’était pas cela malgré la nécessité de fuite. La présence de cette personne me clouait sur place, comme si sa puissance m’écrasait, comme si tout son être projetait une force que je n’étais même pas en capacité de comprendre. Je n’arrivais même plus à prononcer le moindre mot, la moindre parole. Respirer devenait de plus en plus compliqué et ce fut à cet instant que la peur commença à couler dans mes veines. Une panique qui ne disait pas son nom. Il fallait partir et vite.

    - N’essaie pas de te débattre, cela demeure inutile. Tu veux retrouver tes souvenirs, non ? Je t’ai demandé de bien y réfléchir, ce que tu n’as visiblement pas fait. Pourtant, j’ai tout fait pour t’envoyer des signaux, pour t’en dissuader.

    La voix se mit soudainement à rire doucement. Un rire malsain, que je sentais fourbe et qui s’insinuait dans mes oreilles sournoisement.

    - C’est ce que tu pensais, non ? Que j’essayais de t’en dissuader. L’interdit t’attire, c’est plus fort que toi, tout ça n’a fait que renforcer ton désir. Tu ne pouvais même pas résister. Pauvre chose… Tu as eu tort de me laisser faire. Toutefois…

    Se relevant alors, l’individu fit quelques pas en arrière tout en gardant son regard rivé sur moi, un grand sourire sur les lèvres, fière de cette victoire si facile. Il devait y avoir un moyen de partir, je ne l’avais juste pas encore trouvé, mais j’allais le trouver, mais elle stoppa mes réflexions en quelques paroles :

    - Je conçois à t’offrir le reste de tes souvenirs, je vais tenir ma parole.

    Soudainement, il n’y avait plus que ça qui m’intéressait, qui m’obnubilait et la curiosité devait avoir éveillé quelque chose dans mon regard comme en témoignait le sourire élargissant de mon double qui reprit immédiatement la parole :

    - Tu n’as vraiment qu’une seule obsession, c’est assez amusant. Tu risques de le regretter, mais, cela ne m’importe plus désormais. Amuse-toi bien !

    Voilà que le film reprenait. Les séquences allaient de nouveau s’enchainer, donnant une idée approximative de la vie qui avait précédé celle que j’avais actuellement et celle dans laquelle j’étais tombée sans bien comprendre ni savoir pourquoi. Mon attention était toute portée sur ce film qui allait défiler devant mes yeux et dans lequel je ne pourrais plus agir, ni rien changer, malgré une envie pressante et omniprésente. Le passé ne changerait pas, le découvrir n’était qu’une façon de mieux comprendre ce que j’étais en train de vivre et pourquoi j’étais ainsi.

    J’avais déjà compris bien des choses. Enrôlée dans les forces de la Marine, cela m’avait sauvé la vie. Voilà comment tout pouvait se résumer en une seule phrase. Nul besoin d’aller trop loin, de chercher dans le moindre détail, l’important était là, tout comme chaque histoire pouvait se résumer dans la plus grande simplicité et que tous les détails qu’on nous offrait ne semblait que futilités.

    Il ne restait plus que quelques mystères. Que s’était-il passé pour que je perde la mémoire ? Et quelle était l’origine de ces atrocités qui hantaient mes cauchemars ? J’allais avoir la réponse, sans aucun doute.

    Ainsi, la première scène défila. Déambulant dans les rues d’une ville qui m’était totalement inconnue, j’étais au côté d’un adulte vêtu comme un membre de la Marine, me parlant et partant dans diverses explications sur son rôle et mon rôle en particulier. Veiller sur la population, la protéger et surveiller. Des buts en soi plutôt nobles. Chercher à aider devait être l’objectif principal de ces individus qui ne cherchaient qu’à obtenir un monde meilleur, comme bien des hommes. Néanmoins, de bonnes intentions menaient parfois à de mauvaises actions et chacun avait une vision différente des choses. Pour certains, la tyrannie était le meilleur moyen de faire régner la paix et la tranquillité sur un pays, tandis que pour d’autre, une totale liberté serait plus bénéfique. Il était donc assez difficile de définir, de façon universelle et incontestable, le meilleur moyen de faire tourner le monde.

    J’écoutais donc d’une oreille discrète les explications de l’homme, me vantant les mérites du Gouvernement, tentant de me convaincre qu’il s’agissait du meilleur organisme existant dans ce monde, de la solution à tous nos problèmes. Il devait y croire lui-même et il tentait de m’en convaincre. À cet âge, on faisait difficilement preuve de discernement et j’étais certainement convaincue par ce genre de discours. Ce n’était plus vraiment le cas actuellement.

    La scène se mit alors à changer, brutalement, comme lorsqu’on ouvre les yeux après un rêve qui n’avait que trop duré. Une sensation me saisit alors jusqu’aux entrailles. Celle de l’adrénaline et d’une impatience non dissimulée, tout ceci se mêlant à une crainte certaine en un mélange subtil. Et me voilà en train de revivre ce qui devait être l’une de mes premières missions, l’une de mes premières expéditions. L’une des premières fois où j’avais eu l’impression d’accomplir quelque chose de grand, de me sentir un peu plus importante. C’était une sensation agréable et la faire réapparaitre impliquait de s’adonner à des entreprise toujours plus dangereuses et trépidantes. Cette mission avait l’air plutôt simple, et je n’étais d’ailleurs pas seule, accompagnée de deux des autres enfants. Des visages que je ne risquais pas d’oublier. Il s’agissait donc d’une simple patrouille, rien qui ne semblait dangereux. C’était sans compter sur mon caractère qui se voulut intrépide sur le moment.

    Mes yeux, analysant la situation avec rapidité, me poussèrent à me diriger vers des individus louches que je semblais avoir reconnu, leur ordonnant de se rendre sur le champ. Qui irait écouter une petite fille ? Personne. Ils ne m’écoutèrent pas et il risquait de la payer cher.

    Le décor se transforma et je me retrouvai face à un grand bonhomme effrayant dont les premiers mots furent simples et directs :

    - On ne fait pas ça ! Ce n’est pas la bonne solution ! On ne tabasse pas les gens sur de simples suppositions, ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent.

    Gardant le silence, je me contentai de me tenir droite comme un piquet, écoutant les remarques sans broncher. Soupirant, il me fixa d’un air dans lequel on pouvait lire une certaine tristesse. Il me fit alors un simple signe qui m’indiqua qu’il était temps de partir. Néanmoins, ce fut à ce moment-là que je me décidai à répondre, d’une voix qui me paraissait dure :

    - Je n’ai fait que ce qui semblait être le plus juste, Monsieur.

    Il me détailla de haut en bas, d’un air étonné et quelque peu inquiet. Pourtant, il ne dit rien de tout ce qu’il semblait penser, il se contenta de me répondre :

    - Ce n’était pas le plus juste, il ne faut pas l’oublier, maintenant, hors de ma vue.

    J’hésitai l’espace de quelques instant, ma bouche s’ouvrit, mais aucun son ne sortit lorsque je croisai le regard de mon supérieur et je me contentai de faire demi-tour sans piper le moindre mot supplémentaire. Et les bêtises ne faisaient que commencer.

    Les scènes continuèrent à défiler, entre scènes de la vie de tous les jours et événements particuliers. Mais ce n’était pas encore ce que je cherchais. Cela me permettait de découvrir certains détails sur la vie que je menais avant tout ça. J’avais l’air d’une fille bien trop téméraire, bien trop sûre d’elle-même qui n’hésitait pas à s’opposer pour faire entendre sa voix. Une vraie teigneuse qui n’avait peur de rien. Du moins, c’était peut-être l’air que je voulais me donner, sans que ça ne soit la vérité. Je me sentais pousser des ailes, pourquoi tant d’assurance ? Difficile à comprendre. J’étais orgueilleuse, c’était une certitude. Bien différent de ce que je ressentais au jour d’aujourd’hui. Cet égocentrisme devait être le résultat d’une ardeur que j’avais mis dans la progression de ma force au combat, me transformant en adversaire redoutable avec qui certains individus, pourtant entrainés depuis de longues années, ne pouvait rivaliser. Cela me donnait certainement confiance en moi et je pensais avoir tous les droits pour cette simple et mauvaise raison.

    J’y trouvais un plaisir certain et ceci n’avait pas encore changé. Néanmoins, une chose était foncièrement différente. Je ne prenais pas simplement plaisir à combattre et face à l’émotion de la bataille, j’aimais également, et plus que tout, la victoire, savoir que le sort de l’adversaire était entre mes mains et que je pouvais disposer de ce dernier à ma guise. Avoir conscience que j’avais droit de mort ou de vie sur cet individu me procurait une joie immense, un plaisir indépassable. La sensation d’une certaine toute-puissance malsaine. Cela avait provoqué de nombreuses remontrances à mon égard. Personne ne semblait apprécier ce genre d’attitude. Mais je n’allais pas changer pour autant. Non, je le sentais, j’avais des ambitions bien plus grandes que celles de ne plaire qu’aux autres et ne plaire qu’à moi-même. J’avais des désirs bien plus violents, des pulsions bien plus ancrées. Je visais un idéal que je ne pensais atteindre que par la violence et la force. Une vision bien triste des choses et qui, pourtant, semblait être une vérité pour un bon nombre d’individu qui préférait plonger dans la haine pour changer les choses plutôt que l’amour. Cela m’effrayait presque. À quel moment étais-je devenu d’une telle insensibilité ? Quel instant avait réussi à transformer un enfant en un tel monstre de sang ?

    Ces questions se bousculaient dans ma tête et j’avais une difficulté terrible à en trouver la réponse. Pourtant, ces interrogations ne tombèrent pas dans l’oreille d’une sourde et je revins brutalement face à mon double qui semblait vouloir m’apporter les réponses à mes questions.

    - Les choses n’ont pas été faites de façon instantanée. Dès ta naissance, tu t’es interrogé sur cette inégalité dans laquelle tu vivais. Après tout, pourquoi étais-tu née malade et aux portes de la mort ? Pourquoi toi ? Une grande injustice, non ? Maintenant, on t’offrait l’occasion de survivre, on t’avait correctement conditionné pour que ton seul objectif soit de protéger la veuve et l’orphelin. Pourtant, un enfant, ça a tendance à interpréter les choses comme il le souhaite, non ? Et parfois, les choses sont mal comprises. L’injustice avec laquelle tu étais arrivée au monde te rendait haineuse envers tout autre individu ayant eu un peu plus de chance, cela te semblait normal que chacun soit à égalité dès la naissance. Protéger la veuve et l’orphelin est rapidement devenu détruire l’injustice, et comment faire si ce n’est en faisant souffrir ce qui avait été chanceux ou ceux qui faisaient du mal ? C’était une jolie solution. Il fallait ajouter à cela que tu mettais une certaine hargne à la tâche, que tu es rapidement devenue puissante et incontrôlable. Voir même trop dangereuse. Te détruire n’était pas envisageable. Te laisser courir dans la nature non plus. Tu vois où je veux en venir, non ? Tu étais tout de même très utile, surtout pour les tâches ingrates.

    Les paroles cessèrent l’espace d’un instant. Ces deux yeux me fixaient, me transperçaient. Je me voyais comme je me détestais. Je voyais tout ce que je détestais. Un amas de colère, de grimaces et de tortures de l’âme. Cela me faisait frissonner d’effroi. Et pourtant, c’était mon chef-d’œuvre, ma petite création personnelle. C’était terrible.

    - Pourquoi ce regard ahuri ? Tu hais ce que tu vois ? Tu te hais, n’est-ce pas ? C’est vraiment amusant, divertissant. Tu n’es qu’une imbécile.

    Elle commençait à tenir des propos incohérents, comme si la colère lui faisait perdre le fil de sa pensée. Pourtant, qu’avais-je fait pour la mettre dans un tel état. Ouvrant la bouche pour prendre la parole, je prononçais de simples paroles :

    - Il n’est pas nécessaire de s’énerver. Après tout, nous sommes la même personne, non ?

    Secouant la tête de façon négative, le reflet s’approcha de moi tout en parlant :

    - Tu te trompes grossièrement. Nous n’avons rien en commun. Tu es une idiote endormie et je suis une force insoupçonnée. Mais, arrêtons les bavardages, cela ne changera rien à ta condition actuelle et venons-en aux choses intéressantes. Voyons ce qu’il te reste à découvrir. Le grand final.

    Un léger sourire me fut adressé. Il n’avait rien d’agréable, mais, après tout, cet individu n’avait rien d’agréable. Néanmoins, le plus intéressant allait bientôt venir et je n’allais pas l’interrompre pour arrêter ce moment. J’attendais donc patiemment que la fin me soit dévoilée, que le voile du mystère soit enfin levé.

    Les scènes défilèrent, assez nombreuses et diverses pour me perdre dans d’innombrables détails que je n’allais certainement pas retenir dans leur entièreté. L’essentiel des choses à retenir était assez simple et direct. J’avais quelque peu grandi, j’avais réussi à calmer quelque peu mes ardeurs meurtrières et ceci pour une dernière mission. Mon dernier objectif était de mettre fin aux agissements de certains truands dans un quartier malfamé. Une mission simple qui, comme j’avais calmé mes pulsions, semblait s’annoncer d’une simplicité étonnante.

    Empoignant mon arme fétiche qui se trouvait en la personne d’Akimitsu, tous les autres enfants avaient été engagés avec moi dans cette mêlée qui s’annonçait palpitante. Les informations racontaient que les ennemis étaient bien plus nombreux que ce qu’on pouvait imaginer. Voilà peut-être la raison pour laquelle nous étions aussi nombreux sur la quête. Pourtant, comme à mon habitude, j’allais n’en faire qu’à ma tête. Alors que nous nous dirigions vers les lieux, je m’arrêtais soudainement, regardant fixement le visage de mes camarades. Ils avaient l’air effrayé et tous n’allaient pas en sortir vivant, c’était une certitude. Fermant les yeux, je prononçais des paroles dignes de la vaniteuse que j’étais :

    - Vous êtes tous effrayés, je le vois bien ! Laissez-moi faire, je m’occupe de cette mission seule, je suis bien plus forte que vous tous réunis, vous n’allez que me gêner.

    Une question me tarauda. Avais-je dit ça par simple orgueil ? Ou bien était-ce un désir de protéger ces enfants, ces amis que j’appréciais sans vraiment pouvoir le dire ? Néanmoins, je partis seule dans cette mission et je savais que rien ne pourrait m’arrêter. M’approchant des lieux, j’entrai en zone ennemi, toute de blanche et bleue vêtue, on ne pouvait pas me manquer. Faisant sonner le son de mon katana en le sortant de son fourreau, plusieurs regards se tournèrent dans ma direction. Des sourires commencèrent à se montrer sur des visages affreux. Rapidement, ces sourires se figèrent. Ils venaient de sourire à la mort, béatement. Les coups avaient été donnés avec rapidité, sans une once d’hésitation. Le massacre ne faisait que commencer, le plaisir allait encore augmenter, bien plus. Toujours plus.

    Un. Deux. Trois. Ces corps que je voyais sous mes pieds, grimaçant, me provoquait un grand soulagement et déjà, en voilà deux autres qui arrivaient. Quatre. Cinq. S’ils ne venaient que par deux, les choses risquaient d’être bien trop faciles. Il fallait en attirer bien plus. Frappant du pied dans les corps morts d’un air dédaigneux, je leur marchais dessus pour traverser la rue. Un nouveau groupe était là. La surprise se lisait dans leur regard. Ils n’eurent même pas le temps de sortir leurs armes que déjà… Six. Sept. Les autres tentèrent de rappliquer, mais leurs gestes étaient imprécis, pas assez rapide et ils sentaient fort l’alcool. Huit. Neuf. Dix. Il fallait garder le compte, il fallait tenir le cap et ne pas en laisser un seul. Un ivrogne titubait dans la rue. Onze. Il me mena jusqu’à une taverne. Le meilleur instant pour frapper. Certains étaient endormis. Vingt. D’autres tenaient à peine sur leurs jambes. Trente. L’horreur me frappa, je me sentais mordue par celle-ci. Je me sentais comme apeurée face à cette scène qui ne voulait pas cesser. J’avais lâché le compte. Cela ne servait plus à rien. Je déchiquetais tout ce qui bougeait sans me soucier de l’histoire de ces gens, sans même me rendre compte que certains d’entre eux étaient d’une innocence bien plus grande que la mienne. Une centaine. Des milliers. Des millions. Je n’aurais su dire quelle quantité d’âme j’avais volé. Combien j’en avais saisi au vol. Et une fois que tout semblant de vie fut éliminé dans ces quartiers mauvais, je n’en avais pas finis de mon dessein.

    Attrapant de nombreux corps, les trainant tous vers une place, je les entassais là. Je semblais inépuisable, personne ne pouvait m’arrêter et personne n’oserait le faire. J’étais bien trop dangereuse dans cet état et j’aurais pu tuer un nouveau-né sans une once de pitié, juste parce que cela me plaisait. Mettant feu à ces corps, je m’éloignais de quelque pas, admirant ce spectacle, n’en détournant pas le regard. L’odeur qui se dégageait était affreuse, me donnait la nausée et l’envie de vomir. Tout ici m’horripilait et je fus bien heureuse lorsque le spectacle cessa, encore sous le choc de ce qui venait de se produire. Mais ce n’était pas encore fini.

    Me retrouvant face à l’homme qui m’avait déjà fait des remontrances à propos de mes excès de violence, celui-ci me fixait d’un air triste et apitoyé. Il ne me fallut qu’une seconde pour remarquer les bracelets à mes bras qui entravaient mes mouvements. Mes armes étaient bien loin de moi, inaccessibles. Les mots qu’ils prononcèrent furent calmes, presque apaisants :

    - Je suis désolée. Nous n’avons pas le choix, c’est la seule solution. Tu comprends, n’est-ce pas ? Tu peux encore servir, mais pas dans cet état. Ce n’est plus possible. Ils ont tous peur pour leur vie, ils ont peur de ce que tu pourrais faire. De ce qu’ils pourraient faire en sachant ce que nous avons fait de toi.

    Bien droite sur mes pieds, je fixai cet homme d’un air que je savais méprisant et hautain. Le ton que je pris à cet instant transparaissait parfaitement de cet état :

    - Il ne sert à rien de vous justifier, de toute façon, vous ferez ce que vous avez envie de faire, je pourrais bien dire ce que je veux. Après tout, vous ne me considérez que comme un objet dont vous pouvez disposer à votre guise. Vous me craignez, je ne suis pas humaine à vos yeux. Vous n’avez pas tout à fait tort après tout.

    Riant doucement, cette situation semblait m’amuser à un point inimaginable. L’homme en face ne voulait montrer aucun signe de faiblesse, pourtant, il en avait beaucoup trop. Le rire cessa pour laisser naitre quelques menaces :

    - Vous pouvez bien faire de moi ce que vous voulez, vous ne parviendrait pas à me vaincre et, tôt ou tard, ce sera votre tour. Tôt ou tard, ce sera votre tour à tous. Je n’épargnerai personne et je n’arrêterai jamais. Vous faites une grosse erreur en me laissant en vie.

    Avais-je totalement tort à ce moment-là ? Non, pas vraiment. Après tout, j’avais l’air d’une dangereuse psychopathe qui ne semait rien de bon sur son chemin. Je ne revis jamais cet individu. Le reste de l’histoire n’était pas bien belle et vous la connaissez déjà. Le meilleur moyen qu’ils avaient trouvé pour me calmer avait donc été d’effacer le moindre de mes souvenirs et de faire de même avec tous les autres enfants. Ils avaient probablement peur que la folie les prenne à leur tour. Les choses avaient été efficaces un long temps. Cela n’avait pas été vain, mais le résultat ne risquait pas de les satisfaire. Après tout, je ne leur étais plus d’aucune utilité, j’étais même plutôt leur ennemie.

    Beaucoup de détails manquaient encore à ce récit. Les grandes lignes étaient là, le pire était là. Néanmoins, j’en avais manqué beaucoup, c’était certain. Et me revoilà face à mon double qui était en train de tapoter du pied le sol avec impatience.

    - Maintenant, parlons de ce qui va arriver. Tu es coincée ici et je suis bien tentée de faire un carnage sans nom histoire de m’amuser un peu… Est-ce que ça te tente ? Non, je ne pense pas, tu n’as pas l’air d’accord. Oh mais… J’oubliais.

    Elle me fixa d’un air heureux, joyeux, quasiment euphorique.

    - Je n’ai pas besoin de ton avis ! J’adore cette sensation de pouvoir. Je pourrais te faire tuer tout ce qui t’est cher et te forcer à regarder ce spectacle. Mais cela n’a pas vraiment d’intérêt, vraiment. Non, nous allons jouer à un jeu bien plus amusant, qu’en dis-tu ?

    Qu’entendait-elle par là ? Que me voulait-elle au juste ? Je craignais déjà ce qui risquait de se passer.

    - Je vais te laisser faire ce que tu veux. Tu vas pouvoir continuer à mener ta vie tranquillement, néanmoins, le jeu est le suivant. À tout moment, je risquerai de me décider à faire ce que je veux, juste par plaisir, par une envie passagère. Si tu ne me surveilles pas assez, qui sait ce qui pourrait arriver. Oh, ne parle de ça à personne s’il te plait, de toute façon, je saurais t’en empêcher. Je te souhaite bien du courage en tout cas.

    Il devait y avoir un autre moyen, un moyen de s’échapper ou d’éviter cela. Peut-être que quelques belles paroles sauront la convaincre :

    - Tu n’as pas besoin de faire ça, nous sommes la même personne et nous avons une vie plutôt agréable, non ? Pourquoi vouloir tout gâcher ? Les choses ne sont-elles pas bien meilleures qu’avant ?

    Me souriant avec pitié, compassion, elle secoua la tête et fit un léger mouvement de la main comme pour chasser mes paroles d’un geste.

    - Tu racontes n’importe quoi. Les choses sont pires qu’avant. Elles n’ont plus aucun intérêt. Fais des choses qui me plaisent et je te laisserai tranquille, autrement, gare à toi. Tu connais mieux que quiconque mes désirs, non ? Nous en avons certains en commun après tout, mais pas tous. Offre-moi ce que je souhaite et je t’offrirai ce que tu veux. Autrement, la sanction sera brutale et sans transaction. À plus tard.

    Visiblement, elle était tout aussi bornée que moi, et je ne saurais la faire changer d’avis. Néanmoins, vivre dans une crainte continuelle n’était pas une solution viable. Avais-je le choix ? Non, pas vraiment. J’étais encore plongée dans mes pensées lorsque je revins à moi dans le monde réel, ayant encore du mal à me remettre de ce qui venait de se produire. Les révélations avaient été plutôt nombreuses et j’avais désormais la confirmation que mes mains étaient couvertes du sang de nombreux innocents. Que j’avais fait bien plus de mal que ce que j’avais imaginé et que je resterai toujours un danger, autant pour moi que pour les autres.

    Fixant mes mains d’un air perdu, je sentis Akimitsu s’approcher de moi. Me rappelant ma dernière altercation avec cette folle dans ma tête, je me levai pour reculer de plusieurs pas et m’éloigner de lui d’un air effrayé. Je devais avoir l’air d’un animal apeuré et mon arme n’avait pas l’air de comprendre ma réaction. Je ne pouvais pas en parler, n’était-ce pas ce qu’elle avait dit ? De toute façon, si elle voulait lui faire du mal, elle le ferait. Plus rien ne pouvait l’en empêcher désormais.

    Mon rythme cardiaque s’accéléra, mes yeux partirent à la recherche d’un objet tranchant quelconque, de quelque chose pour m’arrêter avant qu’on me force encore à faire du mal à quelqu’un. Mes yeux se portèrent immédiatement sur un de mes katanas au sol. Me jetant vers celui-ci, je l’attrapais rapidement avant de tourner le côté tranchant vers mon cœur, n’ayant plus qu’une envie : le transpercer. Pourtant, malgré toute ma volonté, mon geste fut stoppé. J’étais immobile, bloquée. Lâchant l’arme, je tombai à genoux sur la terre. Jetant un coup d’œil vers Akimitsu, je le fixai avec désespoir avant de lui murmurer quelques mots :

    - Tue-moi, je t’en supplie…

    Sentant l’incompréhension dans son regard, je savais déjà qu’il n’accèderait jamais à ma demande. Et que, s’il tentait, il n’y arriverait pas. Personne n’y arrivera. Malheureusement, je devais accepter les choses comme elles étaient et je n’avais jamais ressenti une peur aussi profonde. Je sentais tout mon être trembler d’effroi. Une douleur si bien ancrée, invisible et pourtant si intense. Le désespoir était tout aussi important. Je n’étais plus maître de moi-même, tout pouvait déraper, à n’importe quel instant, et je ne pourrais rien faire. Devais-je pour autant tout laisser tomber ? J’allais trouver un moyen de m’arrêter, de combattre cette chose. Du moins, c’était ce dont je tentais de me convaincre tant bien que mal.

    Reportant alors à nouveau mon attention sur Akimitsu, l’air d’incompréhension avait disparu de son regard. À la place, il affichait un air plein d’affection et il me tendait une main d’un air confiant :

    - Nous trouverons une autre solution. Il ne faut pas se laisser abattre.

    Baissant le regard vers le sol, je ne pris pas immédiatement cette main qu’on m’offrait. Les prochains temps risquaient d’être compliqués.



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