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 [FB] L'enfant de la haine [Solo]

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Tenshi Taya
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MessageSujet: [FB] L'enfant de la haine [Solo]   Dim 6 Mar - 14:51




L'enfant de la haine


    Il faut courir. Courir toujours plus vite, pour aller plus loin. Mais pour aller où ? Un endroit meilleur, quelque part sur cette terre, dans ce monde fou, barbare et triste. M’élançant dans la forêt, je sentais mes pieds nus fouler la terre au rythme de ma respiration qui s’accélérait à chaque foulée supplémentaire. L’air qui pénétrait dans mes poumons me brûlait presque, provoquant une douleur insupportable. Pourtant, rien ne semblait pouvoir me détourner de ma course, pas même les épines et les ronces me lacérant les pieds et m’écorchant les chevilles.

    Et, soudainement, sans prévenir, ce fut la chute. Tout mon corps s’étala sur le sol avec l’impossibilité de se relever, comme si une force inconnue me forçait à rester au sol, m’empêchait de faire le moindre geste. Résistant tant bien que mal, mon corps ne parvenait pas à se relever. Ce fut une main, qui, me saisissant par les cheveux pour faire se soulever mon visage, m’extirpa de cet état de congélation. Le visage de la personne détentrice de cette main ne m’était pas inconnu. Il affichait d’ailleurs un sourire joyeux et effrayant.

    Sursautant, je me réveillais soudainement de mon rêve, transpirante, comme si j’avais réellement réalisé cette course effrénée dans les bois. Glissant doucement hors du lit, je pris une grande inspiration pour me calmer tout en marchant. Je rêvais parfois de pouvoir passer une nuit paisible, sans être réveillé par un quelconque mauvais cauchemar. Pourtant, ce souhait semblait impossible à réaliser pour le moment. Il fallait déjà que je sois en capacité d’en comprendre l’origine avant de pouvoir les chasser. Je me demandais même s’il existait réellement un remède à tout ça.

    Debout, je sentis une main se poser doucement sur le haut de ma tête, comme on le ferait avec un petit enfant. Je n’avais même pas besoin de me retourner pour savoir qu’il s’agissait d’Akimitsu. Sa main demeurait froide malgré la part d’humanité qui coulait en lui et la seule personne présente ici n’était autre que lui. Soupirant, je glissai à mon tour ma main vers le haut de ma tête pour attraper celle de mon arme et la retirer doucement tout en prononçant quelques paroles :

    - Il faut que je le fasse et j’ai besoin de ton aide… Je ne peux pas le faire sans toi.

    Le souffle que je sentis passer sur mon visage la seconde d’après semblait témoigner d’un soupir très prononcé venant de la personne dans mon dos. La voix de mon arme brisa alors la froideur du silence ambiant :

    - Je n’ai pas trop le choix, on dirait. Si je ne t’aide pas, tu te débrouilleras pour le faire toute seule, je me trompe ?

    Donnant à ma tête un mouvement négatif, il avait probablement raison, néanmoins, je ne préférais pas envisager la chose ainsi pour le moment. J’avais l’impression que je pouvais compter sur lui, comme à chaque fois, pour me tenir compagnie dans les moments les plus difficiles. Et je ne m’étais pas trompée, une fois de plus. Ses derniers mots semblaient d’ailleurs en témoigner. Il le savait, il n’y avait pas d’autres possibilités. Ou bien, les autres n’étaient pas trop envisageables.

    - Pour le moment, retourne te coucher, on verra ça demain matin.

    Me retournant, il avait déjà disparu. Avais-je halluciné ? Non, ce n’était pas possible, pas à ce point-là. Secouant ma tête, je retournai donc dans le lit, m’y glissant sans réelle envie. Je n’aimais pas dormir, mais je savais pertinemment que cela m’était nécessaire. Je n’avais donc pas d’autre choix, si je voulais tenir le choc. Il me fallait mes heures de sommeil. Fermant les yeux, j’espérais simplement que cette fin de nuit serait paisible.

    Réveillée par les rayons de soleil, je m’extirpais de mon sommeil avec douceur. Un mal de tête terrible accompagné désormais le moindre de mes mouvements. J’étais bien consciente que l’origine de ces maux de tête venait de mon Haki récemment éveillé. Quelle idée stupide. Pourtant, je m’apprêtais à revivre une expérience bien plus douloureuse que celle-ci, et rien ne pouvait me détourner de cet objectif pour le moment. Rien, ni personne. J’étais plus que déterminée. Ce fut pour cette raison que je me levais en hâte et, attrapant d’un geste mes katanas, je m’engouffrais à l’extérieur. Il me fallait certainement trouver un endroit suffisamment isolé, loin de tout. Un endroit où on ne pourrait ni me trouver, ni m’entendre.

    Une fois arrivée su place, je posai Akimitsu sur le sol, attendant qu’il se révèle sous sa forme humaine. Après tout, sous forme de katana il ne pourrait pas grand-chose pour moi. Je n’avais pas simplement besoin de lui pour me surveiller, mais surtout et avant tout pour me contenir. M’installant par terre, dans la poussière, je glissais une main dans ma poche pour y saisir une petite fiole. Mon katana apparut alors devant mes yeux, cachant le soleil :

    - Ce n’est vraiment pas une bonne idée…

    Laissant échapper un grommellement de ma bouche, j’allais n’en faire qu’à ma tête, comme d’habitude. Attrapant le petit flacon, je l’ouvris pour glisser une pilule de son contenu dans ma main. Le refermant ensuite, je lui dis simplement :

    - D’accord ou pas d’accord, je le fais !

    Il s’approcha alors de moi, comme prêt à arrêter mon geste, mais il était déjà trop tard et j’avais déjà avalé le médicament. Le regard empli de colère qu’il me lança me fit comprendre qu’il n’appréciait pas vraiment ma façon de me comporter. Je lui fis alors un grand sourire avant de dire :

    - J’ai ga…

    Ce fut à cet instant qu’une douleur lancinante m’attaqua à la gorge puis transperça mon corps en entier, s’épanchant de mes gémissements de douleur, qui devinrent rapidement des cris, pour s’accentuer chaque seconde un peu plus. Gardant les yeux ouverts pour demeurer consciente, je pouvais remarquer le regard apeuré de mon katana qui s’approchait avec méfiance. J’avais l’impression que mon corps brûlait entièrement, que je n’allais bientôt être qu’un tas de cendres. J’avais l’impression d’effleurer la mort, de presque jouer avec elle et je l’avais cherché. Le souffle coupé, l’air refusait de rentrer dans mes poumons pour m’aider à respirer. Je tentais tant bien que mal d’y faire entrer de l’oxygène, de lutter contre l’étouffement, mais rien n’y fit, et bientôt, le paysage autour de moi ne fut qu’une obscure lumière noire.

    Sentant une main me tapoter la joue et une voix exigeant de moi de me réveiller, j’ouvrais les yeux avec méfiance. Des visages inconnus m’entouraient. Du moins, des visages qu’il me fallut une seconde pour reconnaitre. Mes parents qui me fixaient d’un œil inquiet et rassuré à la fois. Et leurs voix chuchotant parvenaient à mes oreilles, comme une berceuse qu’on chantait :

    - Elle va finir par y passer…
    - Mais qu’est-ce qu’on peut faire ?
    - Je ne sais pas…
    - Même les médecins semblent impuissants désormais !
    - On va trouver une solution.

    Un rire se fit alors entendre. Un rire que j’aurais pu reconnaitre entre mille. Je ne fus donc pas surprise de me retrouver face à mon propre double qui avait l’air d’avoir entendu une blague assez amusante. Je n’eus pas besoin de lui demander pour qu’il me réponde le plus simplement du monde :

    - Une solution ? Ils en ont trouvé une, oui. Tu parles d’une solution… Ils t’ont vendu, ils ont fait de toi l’esclave de tes propres pulsions, ils m’ont crée. Pour toi, pour ta survie. Quelle chance inouïe, n’est ce pas ?

    Fronçant les sourcils, je n’arrivais toujours pas à déterminer si cette chose était mon allié ou mon pire ennemi. Si elle avait l’intention de me détruire de l’intérieur ou de m’aider à me construire à nouveau. J’avais comme l’impression que tenter de m’en débarrasser serait vain et inutile. Me décidant à ne pas rester silencieuse et à tenter ma chance, je dis :

    - Tu as l’air d’en savoir beaucoup, pourquoi ne pas m’en parler ?

    Me souriant, l’individu me répondit le plus simplement du monde :

    - Bien essayé, mais ce serait bien trop facile. Je n’ai pas envie de te faciliter les choses. Toutefois…

    Elle me fixa, d’un drôle d’air que je ne savais pas exactement comment interpréter. Levant la main, je guettai le moindre de ses gestes, à l’affut de l’indice le plus minime qui soit. Claquant de doigts, je devins aveugle l’espace d’un instant avant de me retrouver à nouveau plongée dans le tumulte de mes souvenirs. Les mêmes images que la dernière fois passèrent alors devant mes yeux, sourde, je demeurai totalement passive face aux événements et, une nouvelle fois, je me sentis totalement démunie face au spectacle d’un lieu à feu et à sang.

    - Tu sais que c’est toi qui as fait ça, non ?

    De retour avec mon homonyme, je me contentai de hocher la tête de haut en bas. Même si je n’en avais pas la certitude, j’en avais comme l’intuition et j’avais l’habitude de me fier à cette intuition des choses qui m’avait sauvé la vie à bien des reprises. La prochaine question fusa alors :

    - Et sais-tu pourquoi ? Non, bien sûr que non. Tu n’en as pas la moindre idée d’ailleurs. Tu as fait cela pour une raison qui n’a aucune signification pour toi à l’heure actuelle. Tu as bien changé. Tu étais mieux avant.

    Arquant un sourcil, inquisitrice, j’avais envie d’en savoir plus et les étoiles dans mes yeux devaient en dire long sur ce souhait. Soupirant, je n’eus pas besoin de dire le moindre mot pour que mon double comprenne et reprenne la parole :

    - Quelle curiosité. Tu étais plus solide, plus forte, même si bien plus jeune. Tu n’avais pas peur de te mêler au combat et au sang. Tu ne craignais même pas d’ôter la vie à ceux qui ne la méritait pas. Tu as retrouvé une partie de ta force précédente, néanmoins, tu n’as pas encore tout récupéré… C’est bien dommage.

    Souriant doucement, je répondis simplement :

    - Je la retrouverai peut-être en me remémorant de mon passé, tu ne penses pas ?
    - Bonne idée, mais non, je ne pense pas. Ce ne sont que des souvenirs. Akimitsu n’a pas encore voulu te pousser au bout de tes capacités, il a dû en éveiller un petit quart pour le moment. Un gros potentiel sommeille en toi et ce n’est pas en affrontant des adversaires de bas niveau que tu vas pouvoir le développer.

    Réfléchissant quelques instants, je pointai le doigt vers mon clone tout en disant :

    - Tu peux m’aider à devenir plus forte, non ? Alors, aide-moi, fais de moi ce tu souhaites que je sois. Mais promets-moi de me laisser atteindre mon passé, promets-moi de me mener là où je veux, promets-moi de m’aider à atteindre mes objectifs.

    S’approchant de moi, ne laissant que quelques centimètres entre nous, mon autre moi me fixa d’un air réjoui avant de me dire :

    - Marijoa, n’est-ce pas ? Tu es loin de pouvoir y aller, et, même, tu ne pourras jamais y aller seule. Il te faut des alliés…
    - J’en ai !

    Rigolant doucement, mon double me tourna le dos pour s’éloigner de moi avant de reprendre :

    - Non, tu as des amis que tu ne serais pas prête à sacrifier. Pourtant, il y aura des sacrifices et tu ne peux rien faire contre ça. Serais-tu prête à voir des gens mourir pour un seul individu ? Bien sûr que non… Pourtant, c’est de ça qu’il s’agit. Tu le sais tout aussi bien que moi.

    Baissant les yeux, je savais bien que j’agissais comme une égoïste en pensant d’une telle façon. Pourtant, j’avais l’intuition que beaucoup d’inégalités sévissaient encore et que Marijoa en était peut-être le centre. Il ne s’agissait donc probablement pas que d’un seul homme isolé. Il s’agissait de toute une population, il s’agissait de centaines d’individus, voire de milliers. Il s’agissait même de toute une institution, tout un monde.

    - Tu mesures mal les conséquences de tes actes.

    Secouant la tête de droite à gauche, je ne pouvais me résoudre à abandonner cette idée. Pourtant, je savais qu’elle avait raison.

    - Peu importe…
    - Cela importe.

    Ce fut à cet instant précis que je rouvrais les yeux, me retrouvant à nouveau dans le monde réel. Akimitsu était assis à côté de moi et me regardait comme si j’avais fait une grosse bêtise. C’était probablement le cas au vu des blessures que celui-ci avait sur le corps. Je n’eus même pas besoin de poser la question qu’il répondit déjà :

    - Tu es incontrôlable…

    Baissant les yeux, je me redressai pour m’asseoir à mon tour, je cherchai des yeux autour de moi le récipient qui contenait les autres pilules. Ne le trouvant pas, je jetai un regard accusateur sur Akimitsu qui me répondit :

    - Je ne te les rendrais pas, inutile de me regarder comme ça.

    Croisant les bras en faisant la moue, je savais bien que cela ne servirait pas à grand-chose. Il avait son idée, il ne changerait pas d’avis, néanmoins, j’allais tenter de récupérer l’objet et son précieux contenu par n’importe quel moyen. Il l’avait visiblement glissé dans l’une des poches avant de son pantalon. La question était donc de trouver un moyen de le récupérer. La seule idée qui me vint fut de me jeter sur lui pour le câliner et de profiter de la surprise pour glisser ma main dans la dite poche. L’effet de surprise fut en tout cas une réussite puisqu’il me fixa avec de gros yeux et, soudainement, son visage tourna au rouge vermeil alors que ma main cherchait la poche du pantalon en question pour s’y glisser et récupérer le récipient. Il me repoussa violemment avant de me dire :

    - Je n’ai pas besoin de toi pour ça ! Garde ça pour ton Kyoshiro !

    Ne comprenant pas vraiment ce qu’il voulait dire je fronçais les sourcils, les mains en l’air avant de réaliser que ma main s’était peut-être baladée au mauvais endroit. Rougissant à mon tour, je pris la parole en bégayant :

    - Ce n’était pas…

    Le regard empli de colère qu’il jeta sur main me fit rapidement comprendre que celle-ci tenait les pilules bien en évidence. Je mis rapidement ma main dans mon dos, comme s’il n’avait rien vu en souriant angéliquement. Ce n’était pas suffisant et il se leva rapidement, prêt à se jeter sur moi. Sursautant, je me levai à mon tour en courant dans la direction opposée. Néanmoins, il était plus rapide et il ne tarda pas à me rattraper pour me faire chuter au sol, me plaquant contre celui-ci, il avait bien plus de force que moi et ne tarda pas à récupérer la fiole avec triomphe, me l’arrachant de la main malgré ma résistance. Il se releva alors en me relâchant et je le suivis dans mon mouvement :

    - Rend-la moi !

    Il n’avait pas l’air d’accord. Faisant alors semblant de m’écrouler sur le sol, il vint me retenir avant que je ne chute. Et me voilà déjà en train de récupérer le récipient et de fuir au plus vite. Ce jeu du chat et de la souris dura encore bien longtemps et ne cessa que lorsque tous deux, nous nous écroulâmes au sol, exténués.

    Et, bien évidemment, je n’avais pas gagné. Akimitsu avait en sa possession le précieux. Soupirant, je me roulai jusqu’à lui et tendis le bras pour un geste long avant de le laisser tomber dans un soupir de lassitude. Je n’aurais qu’à tenter ma chance une prochaine fois. Nous n’avions même pas remarqué que la nuit était déjà presque tombée. Prenant la parole, je lui dis :

    - Nous ferions mieux de rester dormir ici…

    Il acquiesça. En vérité, nous n’étions surtout pas en état de refaire le chemin du retour, il était certain que nous ne pouvions pas tenir ne serait-ce que cent mètres. Ce n’était sûrement pas l’endroit idéal pour dormir, mais peu importe, nous n’avions pas le choix pour le moment. Restant donc allongée sur le sol, ce ne fut pas la position inconfortable qui m’empêcha de dormir et le marchand de sable ne tarda pas à passer. Néanmoins, et comme d’habitude, la nuit fut agitée et je fus rapidement réveillée par quelques mauvais songes. C’était l’occasion ou jamais pour moi de riposter. Akimitsu semblait profondément endormi. M’approchant discrètement, il avait l’air d’avoir bien caché le récipient cette fois-ci. Réfléchissant quelques instants, je commençai par tâtonner ses habits, à la recherche du Graal. Puis, glissant mes mains en dessous de lui, je cherchai à voir s’il ne l’avait pas mis là, mais, ce n’était pas le meilleur moyen pour être discrète et, il se réveilla, me plaquant au sol tout en posant une lame sur ma gorge, menaçant. Me reconnaissant, il se détendit avant de dire :

    - Tu m’as fait peur, imbécile… Tu ne vas donc jamais arrêter ta recherche ? Très bien, tu as gagné.

    Il m’offrit alors l’objet tant recherché que je brandissais, plus que victorieuse. Il soupira, visiblement très peu satisfait de ce qui était en train de se produire à cet instant. Pourtant, il le savait tout aussi bien que moi, je ne laisserai pas tomber de si tôt. Il me dit alors :

    - Tu devrais sûrement attendre un peu avant de recommencer, tu es bien trop fatiguée pour…

    Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que, sourde à tous ses mots, j’avais déjà ouvert le récipient, prête à réitérer l’expérience une nouvelle fois. Il le savait tout aussi bien que moi, j’étais une vraie tête de mule et, n’ayant pas eu ce que je souhaitais immédiatement, je n’allais pas attendre une seule seconde de plus, prenant le risque qu’il change d’avis. Ce fut pour cette raison que j’avais déjà avalé une de ces drogues magiques lorsqu’il dit :

    - … ça.

    Cette fois-ci, c’était la bonne, j’allais enfin pouvoir découvrir plus de choses, j’en étais convaincue.

    La première scène qui m’apparut fut celle d’un simple repas de famille durant lequel je pouvais apercevoir les regards que s’échangeaient mes parents. Ils avaient quelque chose à dire qu’aucun d’entre eux n’avait le courage d’annoncer pour le moment. Pourtant, le silence ne demeura pas longtemps et le père prit la parole d’un air décidé :

    - Nous avons trouvé la solution à nos problèmes…

    La figure maternelle hocha alors la tête de façon négative avant de dire :

    - Ce n’est pas une solution.
    - Nous n’avons pas le choix ! Regarde-la, elle va mourir !
    - Ils vont la tuer de toute façon, elle ne tiendra pas, elle va se faire tuer.
    - Il n’y a plus rien à perdre.
    - Je n’ai pas envie qu’ils fassent d’elle un monstre… Ils vont faire d’elle un monstre, je ne suis pas d’accord, je refuse. Empêche-les, je t’en supplie, fais quelque chose.

    Le poing de mon père frappant la table la fit sursauter et, soudainement, ce fut un flot de larmes qui se déversa sur ses joues et il la fixa d’un air rempli d’incompréhension, il murmura quelques excuses, mais rien n’y fit. Il attrapa doucement ses mains, comme pour tenter de la rassurer et cela eut pour effet de la calmer quelque peu. Il reprit alors la parole d’une voix calme et apaisante :

    - Laissons-la choisir.
    - Ce n’est qu’une enfant, elle ne peut pas comprendre quelles seront les conséquences.
    - Nous lui expliquerons, elle comprendra, j’en suis certain.

    Ils se tournèrent alors tous deux vers moi. Surprise, je ne savais pas trop comment réagir. Et ce fut à ce moment que le décor changea, se transformant. J’étais alors installée sur un espèce de lit d’hôpital où un médecin était en train de me fixer avant de me demander comment j’allais. Il n’attendit même pas ma réponse pour me dire :

    - Tout s’est bien passé, vous êtes guérie.

    Guérie ? Les choses me paraissaient bien plus claires. L’impression de frôler la mort que j’avais ressenti à plusieurs reprises pendant mes souvenirs. Cette vision que j’avais eue de moi les mains pleines de sang. L’inquiétude de mes parents. Mais quelle était donc cette maladie dont j’étais atteinte ? Cela importait peu, mais guérir de façon aussi miraculeuse pouvait paraitre plutôt étrange. Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? C’était probablement la solution dont j’avais entendu parler. Quelle était-elle réellement ? Les choses n’étaient pas encore très claires, mais j’avais l’impression que cela allait changer sous peu. Mais, pour le moment, ce fut le paysage qui changea, me transportant dans une grande clairière.

    Je me retrouvai alors entourée d’enfants de différents types, de différents âges que je reconnus immédiatement. Les mêmes que ceux qui étaient avec moi à l’instant où je m’étais éveillée sans mes souvenirs. Ils étaient tous là, il ne manquait que les plus jeunes. Au vu de leurs âges respectifs, je devais avoir la petite dizaine. Je me tenais, droite comme un piquet, regardant droit devant moi, j’exécutais le moindre ordre qui parvenait à mes oreilles, obéissant tel un robot qui n’avait pas d’autre choix, suivant la voix comme si ma vie en dépendait. J’avais d’ailleurs l’impression que ne pas suivre les instructions risquait de me coûter très cher.

    Glissant ma main vers ma taille, je dégainai alors l’arme qui s’y trouvait. Je n’eus aucun mal à reconnaitre Akimitsu qui semblait m’accompagner depuis bien plus longtemps que je pouvais le soupçonner. Ainsi, cette arme était en ma possession depuis une dizaine d’année minimum et ne m’avait probablement jamais quitté depuis. Fendant alors la foule pour m’avancer, je ne faisais que suivre de banals ordres qui m’ordonnaient de venir. Je fus rapidement rejointe par un autre enfant. Nous plaçant face à face, ce fut à cet instant que commença un combat. Probablement un simple entrainement, même si les coups portés avaient l’air d’avoir pour intention de tuer l’adversaire. Le combat dura une bonne dizaine de minutes avant de me voir prendre peu à peu le dessus jusqu’à ce que ma lame se porte sous la gorge de l’enfant. Je relâchais alors la pression avant de m’éloigner de quelques pas, reprenant mon souffle. Visiblement, je n’en étais pas à mon premier combat et je m’étonnais d’avoir une telle maitrise de cette arme dangereuse. J’avais probablement un niveau à peine inférieur à celui que j’avais actuellement, ce qui était plutôt étonnant pour une fillette d’à peine dix ans.

    La prochaine image me rappela une de celles que j’avais aperçue lors d’une réminiscence précédente. Je me revoyais à nouveau, face à un miroir, les mains en sang. Cette fois-ci, la blessure était bien présente et je pouvais voir qu’une de mes mains avaient été écorché assez profondément. Un simple bandage aurait été suffisant. Mais ce ne fut pas ça qui attira mon regard, mais plutôt la tenue que je portais. Un uniforme que je n’eus aucun mal à reconnaitre. Un haut blanc et un nœud bleu autour du cou et me voilà donc au service du Gouvernement. Si j’avais pu, j’aurais probablement esquissé une grimace écœurée, pourtant, et à ma grande surprise, cet uniforme ne m’allait pas si mal, j’avais presque l’impression qu’il avait été fait pour moi, comme si je n’avais été crée que pour ça. C’était pourtant bien le contraire, ma situation actuelle en témoignait. Je n’avais rien d’une amie du Gouvernement, je devais plutôt être à leurs yeux un insecte gênant, mais pas bien dangereux. L’idée m’amusa toutefois. J’avais bien changé, en effet. Obéir à des ordres n’était pas mon fort, et je savais qu’à l’heure actuelle, je n’aurais pas tenu une seule semaine. Pourtant, il semblait que cette intégration dans les forces de l’ordre m’avait permise de survivre. D’une certaine manière, je me devais de leur être reconnaissant. Néanmoins, si je pouvais vivre, même si je leur devais une fière chandelle, ce n’était pas pour autant que je devais me soumettre à eux. Sinon, à quoi bon vivre si je ne pouvais pas être libre ? Je ne devais probablement pas penser de cette façon à une époque si éloignée et, peut-être que si j’avais gardé mes souvenirs en mémoire, je serais restée ainsi. Néanmoins, il restait beaucoup de mystères à élucider. En effet, je ne savais toujours pas pour quelle raison on m’avait volé mes souvenirs et ce qu’on avait bien pu en faire.

    Alors que je m’attendais à ce que les images continuent à défiler, ce fut mon double qui stoppa cette machinerie et qui se posta en face de moi d’un air sévère. Levant les yeux au ciel, comme exaspérée, elle m’adressa quelques paroles :

    - Et le meilleur reste à venir, comme tu t’en doutes. Mais j’ai l’impression que tu commences à comprendre certaines choses. Le plus important demeure pourtant secret. Toute cette douleur pour si peu, quel gâchis, tu ne trouves pas ? Je t’ai laissé voir le plus beau, le plus agréable. Pourtant, c’est loin d’être toute la vérité. Faire de toi un monstre ? Elle n’avait pas tort. Sais-tu ce qui arrive aux enfants enrôlés dès leur plus tendre enfance ? Ils deviennent incapable de réfléchir proprement par eux-mêmes, ils ne savent même plus vraiment ce qu’ils font là se contenant de suivre les ordres. Défendre, combattre, tirer, frapper, marcher, manger, sauter, respirer, tuer, seulement à leurs ordres, toujours à leurs ordres. Pourquoi ? Aucune idée.

    Interrompant immédiatement mon clone, je dis :

    - Je ne suis pas là qu’on me raconte des évidences. Je veux en savoir plus, laisse-moi en voir plus.
    - Tant d’impatience, me répondit-elle. Reviens me voir dans quelques temps, si tu es toujours décidée à vouloir voir la vérité, alors, je te la montrerai. Mais je te laisse le temps d’y réfléchir car tu risque bien de ne pas beaucoup l’apprécier et ce serait vraiment dommage de tout gâcher, si près du but. Un mois, dans un mois, reviens me voir et je verrais ce que je peux faire pour toi. Je te laisse un mois pour changer d’avis et échapper.

    Me réveillant en sursaut, le jour semblait s’être levé depuis bien longtemps et la première chose que j’aperçus fut Akimitsu qui était assis à côté de moi et qui me demanda :

    - Alors, satisfaite, c’est bon ?

    Secouant la tête, je me remettais à peine de mes émotions et je finis par parvenir à articuler un :

    - Non, pas encore. Je… Je vais attendre pour recommencer. Je vais plutôt en profiter pour te poser des questions !

    Son visage se décomposa soudainement, comme si je venais de lui proposer de le tuer. Pourquoi tant de crainte ? De toute façon, comme d’habitude, il n’allait pas répondre à mes questions. À moins que sa peur ne soit pas à propos des questions, mais à propos de ce que j’avais vu. Il me cachait donc bien quelque chose. Quelque chose de bien plus lourd que ce que j’aurais pu imaginer. Je commençai donc par dire :

    - Depuis quand me connais-tu ? J’ai l’impression que tu en sais beaucoup sur moi et que tu suis mes pas depuis bien longtemps.

    Il hocha la tête de façon affirmative. Il avait l’air rassuré par cette question qui n’était pas très compliquée. Il répondit donc par la vérité, probablement :

    - Je te connais depuis ta naissance. Je te connais donc assez bien, mais tu es très différente de ce que tu étais avant… tout ça. Tu étais plus… Virulente et déterminée. Peu de choses te faisaient réellement peur. Tu exaspérais les gens qui t’entouraient, pourtant, la solitude ne te pesait pas plus que cela. En fait, je crois que tu n’avais d’humain que le nom et l’apparence, désensibiliser à tout ce qui t’entourait tu ne vivais que pour la guerre, une fille de la haine.

    Entendant ses paroles, je me demandais comment j’en étais venu à devenir ainsi. J’avais l’impression d’être tout le contraire actuellement, comme si j’avais été transformé par quelque chose, finalement, cette perte de mémoire était peut-être plus une bénédiction qu’autre chose. Je craignais de redevenir ainsi, je ne voulais pas que cela arrive. De toute façon, j’étais tout le contraire actuellement. Était-ce de ça dont me parlait mon double ? Est-ce que retrouver l’entièreté de mes souvenirs risquait de me ramener à cet état de demi-machine ? Non, j’en doutais, ce n’était pas possible. Je n’allais pas retrouver mon ancien état, mais mes souvenirs. De plus, j’avais l’impression que cette partie de moi était bien enfouie, loin, et qu’elle ne ressortirait jamais. Du moins, c’était ce que je tentais de me convaincre. Soupirant, je posai une nouvelle question :

    - Pourquoi suis-je devenue comme ça ?

    Il haussa les épaules, ne répondant pas à la question. De quoi avait-il peur exactement ? Depuis le début, il voulait garder le silence pour une raison que je n’arrivais toujours pas à comprendre. Qu’était-il exactement ? Il me surveillait. Il me protégeait. J’avais l’impression d’être la seule personne comptant à ses yeux, la seule qu’il pourrait suivre et, pourtant, je savais qu’il me cachait quelque chose. Qu’il devait y avoir quelqu’un d’autre, autre chose. Mais quoi ? N’était-ce pas moi qu’il suivait depuis une petite vingtaine d’années ? Je repris donc la parole :

    - Pourquoi refuser de me répondre ? Je n’aurais pas à faire tout ça si tu voulais bien m’expliquer les choses. Tu n’en fais qu’à ta tête depuis le début. Je ne te comprends vraiment pas… Pourquoi tant de secrets ? Je suis capable de l’entendre, de le comprendre. Je sais me contrôler.
    - Non, tu ne sais pas. Tu ne sais rien.

    Il m’attrapa par le bras pour me soulever ce que je fis sans opposer la moindre résistance. Il me détailla de haut en bas, commençant à tourner autour de moi. Il prit la parole tout en faisant ses tours sans que je puisse piper mot, ne comprenant pas exactement ce qu’il était en train de faire. Il demanda alors :

    - Me fais-tu confiance ?

    Souriant doucement, la question pouvait être délicate. Pourtant, pour moi, la réponse était évidente. Il n’était pas question de ne pas mettre toute ma confiance en lui. Il m’avait sauvé, aidé. Il avait toujours été là pour moi. Je ne pouvais que croire en lui et, malgré tout ça, il avait prouvé à plusieurs reprises qu’il me mentait, qu’il se cachait derrière un masque et que sa véritable identité ne m’était toujours pas visible. Je répondis alors :

    - Oui.

    Malgré tout, la réponse était claire et précise, ne souffrait d’aucune hésitation. Certaine de moi, je le savais. Il s’arrêta alors devant moi et posa ses mains sur mes épaules d’un air sérieux et fermé. Il me dit alors :

    - Puisque c’est ainsi, prouve moi que tu me fais confiance. Je te promets que le jour où je te jugerai capable d’entendre la vérité, je te la raconterai, je te dirai tout. En échange, montre-moi que le lien qui nous unit est plus fort que de simples questions et réponses. Je ne suis pas ton père. Je ne suis pas ton frère. Je ne suis pas ton copain. Je ne suis pas ton allié. Je ne suis pas un inconnu. Je ne suis pas ta propriété et tu n’es pas la mienne. Je suis la personne sur qui tu pourras toujours compter, qui ne te laisserait jamais tomber. Considère-moi comme ton ami le plus précieux.

    Surprise par ses paroles, je le regardai avec des yeux ronds, ce qu’il remarqua sans peine. Il fit un grand sourire amusé, mais semblait attendre ma réponse. Je ne savais toujours pas quoi lui dire et aucun son ne sortit de ma bouche pendant deux bonnes minutes, le fixant simplement d’un air incrédule. Pensait-il réellement ce qu’il venait de m’annoncer ? J’avais du mal à y croire, pourtant, d’un autre côté, il avait l’air d’une sincérité sans faille. Tendant ma main, vers lui, je dis alors, une fois l’étonnement surmonté :

    - Faisons comme ça. Dis-moi ce que je dois faire pour te prouver que je mérite la vérité.

    Il attrapa ma main pour la serrer d’une poigne à la fois déterminée et douce. Il me lâcha la main et me dit alors :

    - Je veux te voir t’affirmer dans ce monde. Je veux que chacun de tes actes fasse trembler la terre, que tu laisses ton empreinte. Tu es désormais capable de le faire sans te mettre démesurément en danger.

    Hochant la tête de manière affirmative, Akimitsu commençait tout doucement à changer de visage. Me préservant de tous dangers quelques temps auparavant, il m’encourageait désormais à me jeter dans la mêlée. Il me jugeait certainement déjà capable de faire de grandes choses. Il avait certainement acquis une confiance plus grande en moi.

    Désormais, la conquête était double. Il me fallait conquérir mes souvenirs. Il me fallait conquérir le monde. Les choses avaient l’air simple ainsi racontées, et, pourtant, cela impliquait de nombreux changements qui risquaient de demander encore beaucoup de temps et de patience. Pourtant, j’en avais désormais l’impression, j’étais vivante pour une raison bien plus grande que pour simplement survivre.



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>> Dans la vie, il ne s'agit pas nécessairement d'avoir un beau jeu, mais de bien jouer de mauvaises cartes. <<


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